MINUIT
qui vient de voir, au Chàtelet, la Lanterne magique de M. Clairville, en pense autant des revues. La foule qui vient de voir, au Cirque- Napoléon, l'Américain Batty, en pense autant des dompteurs de bètes féroces.
Et ainsi des autres foules qui ont honoré de leur présence les autres théâtres de Paris, — le Palais-Royal et les Variétés exceptés. C'est si difficile de passionner un public comme le nôtre, — et si facile de l'amuser !
Les boulevards sont tumultueux comme des écluses. Mais le bouillonnement de leurs flots humains va bientôt diminuer d'intensité, puis cesser tout à fait sur les points éloignés du centre, Bastille et .Madeleine, place du Chàtelet et gare de Strasbourg. Le silence, cette seconde nuit, va descendre sur les extrémités de la grande ville; seul, le cœur de Paris va continuer à battre, — des pulsations exagérées, extravagantes, le pouls de la fièvre.
Le cœur de Paris — et son cerveau aussi — c'est la partie du boulevard comprise entre le faubourd Montmartre et la Chausséed'Antin, ce que les chroniqueurs appellent le tout Paris des premières représentations, le Paris artiste, le Paris littéraire, le Paris galant, notre Landerneau enfin. Landerneau aime et boit, cause et rit, brille et braille, quand Paris dort et ronfle, plongé dans l'obscurité.
Le boulevard Montmartre, quartier général des habitants de Landerneau, étincelle de lumière et de bruit : son asphalte est un Longchamp pittoresque, où Ton rencontre les robes de la plus belle soie et les habits du plus beau râpé, — des Diogènes des deux sexes à la recherche, celle-ci de l'homme philosophai, ceux-là du dîner philosophique.
\ A minuit, on ne voit pas les choses et les gens de la même façon ni du même œil qu'à midi; la morale change les verres de ses lunettes : les femmes paraissent plus désira-
I blés et les bohèmes moins méprisables. Un