‹ Les heures sérieuses d'un jeune homme [microforme]Chapitre 14 sur 43 · DIXIÈME HEURE · texte numérisé non relu

DIXIÈME HEURE

Avez-vous jamais approfondi le sens le ce mot : confesseur ? avez-vous écouté quelquefois tout ce que ce mot dit ? Avezvous admiré la puissance de l'esprit chrétion sur les formes du langage, et la manière merveilleuse dont il les assouplit et les élargit dés qu’il y est entré ? Avez-vous étudié la signification de ce magnifique solécisme : se confesser ? Ceux qui parlaient la langue latine au temps de Cicéron auraient-ils pu penser que du verbe confiteri on ferait un jour un verbe exprimant une action réfléchie, et qu’on s’avouerait comme on avoue une chose ? Auraiïent-ils pu penser qu'on trouverait dans leur langue un mot pour désigner la profession d’un homme chargé d’écouter les aveux de ses frères ? |

Se confesser, c’est s’avouer ; et confesser, c’est rendre un homme tout aveu.

Pour faire dire tant de choses à la langue païenne que parlaient les Romains, il a fallu en briser en quelque sorte les formes, et en assouplir l’étroite raideur. Mais le christianisme n’a-t-il pas produit dans le langage les mêmes miracles que dans la société ? N'a-t-1l pas été là comme ici un levain puissant qui a fait fermenter et lever la masse ? Et y a-t-il sur la terre une langue qui porte plus profondément l’empreinte sacrée de l'esprit chrétien que la langue française, si catholique dans la for-

matior. de ses mots, dans la contexture de |

ses phrases et dans l'esprit de sa grammaire ? Il n’y a, au reste, rien qui doive étonner en cela. Voilà huit siècles que la foi, la science et la piété chrétienne passent par cette langue, et se versent dans ses mots.

Le confesseur estun ami, mais un ami divin, ou plutôt c’est Jésus-Christ qui devient dans sa personne le confident et l’ami de tous les chrétiens. La confession, c’est l’amitié élevée à l’état de sacrement, et

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LE CONFESSEUR. 105 rapprochée si près du ciel qu’on ne saurait rien concevoir dans l'échelle des affections humaines qui en soit plus proche. Admirable puissance de la religion ! dans chaque temple chrétien est un confessionnal, où le prêtre se tient assis, attendant que les pecheurs viennent lui accuser leurs fautes, et en chercher le pardon. Des hommes, des femmes de toute condition, de tout âge y entrent, se mettent à genoux, s'accusent, etsortent de là souvent justifiés, toujours consolés. Là, entre le pénitent et le confesseur, il se dit des choses qu’on ne voudrait pas dire à son père, ni à sa mère, qu'on cacherait à son frère ou à son ami, qu’on voudrait se cacher à soi-même si on le pouvait.

Qu’est-ce donc que cet homme à qui l’on ouvre ainsi son cœur, et devant qui l'on déploie le livre de sa vie? Est-ce un ami qu’on connaît et qu'on aime depuis longtemps, de la discrétion de qui l’on s’est assuré, qu’on a cherché longtemps avant de le trouver, comme on cherche une chose

rare et précieuse ? ou bien est-ce du moins un homme remarquable par sa science, et dont les lumières jettent de longs rayons autour de lui? Cet homme, bien souvent on le connaît-à peine ; quelquefois son caractère déplait, ses manières choquent, sa vertu trop austère épouvante. Quelquefois c’est un humble prêtre qui n’a de science que sa foi, et qui puise toutes ses lumières dans la prière et la charité. Cependant on a plus de confiance en lui que dans l'ami le plus intime ; et on est plus sûr de sa discrétion qu’on ne l’est de celle d’un père ou d'un frère. Un aveu fait à cet homme, fûüt-il étranger pour vous, soulagera plus votre àme et vous fera plus de bien qu'un aveu fait à une mère ou à un ami.

Vous ne connaissez pas cet homme :

mais à peine êtes-vous à ses pieds que vous sentez votre cœur s'épanouir sous sa charité, s’abandonner à la confiance et à tous les sentiments qui élèvent l'âme. Il vous regarde, et vous croyez à lui ; il vous parle, et déjà vous. êtes son fils. Chacune de .ses

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LE CUNFESSEUR. 107 paroles est comme une goutte de pluie qui tombe sur une terre desséchée. Il lève la main pour vous absoudre ; et voilà que l'innocente, le calme, la paix et la joie refleurissent en votre âme. Il vous dit : Allez en paix, et vous vous levez innocent, justifié, heureux, avec le regret du mal et le désir du bien, le cœur plein de douleur rour le passé èt d'espérance pour l'avenir.

En vérité, ne faut-il pas avoir perdu le sens pour calomnier uné institution aussi admirable ? L’établissément de la confession n’est-il pas à lui tout seul une preuve suffisante de la divinité du christianisme ?

Une telle invention pouvait-elle venir d’un autre que ae Dieu ?

Ne négligez pas, jeune homme, le pré-

cieux trésor que l'Eglise met à votre dis-

position. Vous allez chercher bien loin ce que vous avez tout près de vous. Vous vous plaignez de la difficulté de trouver in ami, et Dieu vous en offre plusieurs lans éhaëéun des temples où habite s& slüirè ; car ne croyez pas que le prétrè

qui vous confesse reste étranger à votre cœur, et que l'obligation qui lui est imposée de vous aimer et de se dévouer à votre bien ôte quelque chose à la valeur des soins qu'il vous donne. Il ne tient qu’à vous de vous faire un ami de votre confesseur ; si vous vous adressez à lui avec confiance, il est difficile qu’il vous refuse son amitié. Comment voulez-vous qu’un commerce aussi intime s’établisse entre deux âmes sans qu’il en résulte une union étroite ? Le prêtre, pour akmer son pénitent, n’a pas même besoin des motifs que la foi lui suggère ; sa nature et son cœur lui suffisent.

Mais si vous lui restez étranger vousmême : si vous n'allez le trouver que par une sorte d'habitude, pour satisfaire à la | coutume, ou par quelque motif plus mau.

vais encore, ne trouvez pas étonnant qu'il ne ressente point pour vous cette tendresse qu'un père éprouve pour son fils ou un ami pour son ami.Il ne fait que rester dans les limites que vous lui tracez vous-même. À

Otez cutte barrière que votre indifférence

votre Impo- met devant son cœur, et vous verrez bienvotre tôt son zèle et sa charité se précipiter sur r des votre âme, et l’envelopper de grâces et de | qu'à bénédictions. Vous trouverez toujours un onfes D confesseur qui vous convienne si vous le | avec demandez à Dieu avec instance, si vous le refuse cherchez de bonre foi, et si, très l'avoir qu’un trouvé, vous abandonnez votre âme à sa

entre charité, votre esprit à ses lumières et votre union M vie à ses conseils. Votre confesseur sera a péni- |} presque toujours pour vous ce que vous ifs que R voudrez qu'il soit, et vous donnera tout ce \ cœur que vous lui demanderez.

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