QUATORZIÈME HEURE
Pour les peuples, de même que pour les hommes qui se sont égarés dans les voies de l’erreur, le retour à la vérité commence d’une manière presque insensible.
Ce sont d’abord quelques hommes que le génie de leur cœur, plus encore que celui de l'intelligence, élève au-dessus des autres, et qui des hauteurs où ils sont placés aperçoivent dans le lointain ce qui est encore pour les autres enveloppé d’obscurité et comme caché derrière un nuage. Dans ces hommes, qui marchent à la tête de leur époque, et dont l’âme aspire les espérances de l'avenir, se personnifie l’instinct de ce qui doit arriver ; et la lumière qui doit plus tard illuminer le monde jette sur eux ses premiers reflets, et colore en quelque sorte leurs pensées des teintes de l'avenir.
Lorsque ces voyants apparaissent, le monde
s'étonne ; il ne les comprend pas, parce r qu'il ne voit que ce qui s'en va, et qu’eux d voient ce qui arrive ; mais pourtant il les rl admire, parce qu’il pressent en eux les
premières lueurs d'un nouveau jour, et si qu'un instinct dont il n’a pas la conscience, si l’avertit qu’ils portent en leur âme comme cc les formes d'une ère nouvelle. m
A mesure que le jour approche les ombres de la nuit qu’il va remplacer diminuent, et laissent apparaître quelque objet que leurs ténèbres enveloppaient.Les âmes que le sommeil avaient inclinées vers la terre, comme ces plantes qui s’affaissent et se penchent pour dormir, se redressent peu à peu, etse tournent amoureusement vers la lumière qui se lève. Les belles .espérances et les saints désirs reluisent en elles, comme on voit les gouttes de rosée reluire au fond du calice des fleurs sous les premiers rayons du soleil. Une tempé- : rature plus chaude succède au froid de la nuit. On sent déjà les douces influences de la charité. Tout semble se préparer à
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renaître et à vivre, et Dieu lui-même se dispose à épancher sur le monde sa miséricorde et son amour.
Ceux qui sont entrés dans la vie avecce siècle ont pu apercevoir les premiers signes de la rénovation qui se prépare encore aujourd'hui. Les voyants n’ont pas manqué. À leur tête a brillé cet illustre prophète, qui jouait avec les questions les plus profondes comme un enfant joue avec des fleurs, qui causait dans ses écrits comme on cause avec ses amis, et qui nous a laissé, sous la forme de simples conversations et sous le titre de Soirées, un des livres les plus admirables qu’ait produits le génie inspiré par la foi. Et après tous les autres est venu cet homme si ardent dans sa foi, si impétueux dans ses espérances, si lumineux et si puissant par sa parole; qui a tenu pendant quinze ans tous les cœurs catholiques en ébullition sous les ardeurs de son génie ; qui » prophétisé pendant tout ce temps la rénovation chrétienne qu’on attendait, mais qui