‹ Les heures sérieuses d'un jeune homme [microforme]Chapitre 25 sur 43 · SE Y PE · texte numérisé non relu

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Si l’homme ne pouvait ni produire aucune bonne action, ni mériter par elles le bonheur des éius, il n'aurait plus hesvin que l’action du Christ, que son sacrifice et sa rédemption se renouvelassen! perpétuellerment ; mais il lui suflirait qu: cette rédemption eût été une fois accotaplie.

Les protestants ont done nié ie sacrifice de l'autel ; et dans l’Eucharistie, qui en est le résultat, ils n'ont vu qu'un souvenir ineficace de la Passion du Rédempteur. Le sacrifice une fois aboli, il n'était plus besoin d’avtels ; ils les ont renversés. Les autels détruits, il ne fallait plus de sacerdoce; ils l'ont nié. Le sacerdoce anéanti et les autels renversés, le culte devenait inutile et impossible à la fois ; ils l’ont condamné.

De plus, l’homme étant vis-à-vis de Dieu moins dans l’état d’une personne que dans celui d’une chose, puisqu'on lui refusait la liberté, l’action du Christ devait s’exercer sur lui comme on conçoit qu'elle s’exercerait sur une chose qui ne peut agir, ni par conséquent opposer aucune résistance,

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Aûssi les protestants ont-ils enseigné que les mérites du Christ sont appliqués à l’homme par dehors en quelque sorte. Ils le couvrent, mais ils ne le remplissent pas ; ils l'enveloppent comme un vêtement, mais ils ne l’animent pas comme un principe de vie ; ils cachent ses péchés, mais ils ne les effacent pas réellement. La passion du Rédempteur est un fait accompli, passé, qui ne se reproduit plus, mais dont l’homme peut retirer les fruits en se le rappelant par un souvenir attentif.

Voyez comme ici tout est mort, vide et stérile : toute la religion chrétienne est réduite à quelque chose de passé, qui a été autrefois, mais qui n’est plus aujourd’hui ; et tout le culte est ramené au souvenir. On se souvient du Christ comme on se souviendrait de Moïse ou des prophètes, et comme il y a entre le souvenir d'un fait et son application un abime iafranchissable, pour le faire disparaître, les protestanitsont imaginé comme moyen de justification un tour de force de l'esprit qui dépasse de

beaucoup tout ce que l'erreur a jamais inventé dans ce genre. D’après leur doctrine, il suffit que l’homme se croie justifié pour qu'il le soit en effet ; ilsuffit qu’il se rende bien présente dans la mémoire la rédemption du Christ pour que les mérites lui en soient à l'instant même appliqués. (Cette persuasion factice, ils l’ont nommée foi justifiante, appelant ainsi ce qui n’est qu’un fantôme et une illusion de l'imagination du nom qui exprime la croyance la plus ferme et la olus assurée.

Faut-il s'étonner après cela que la piété protestante ainsi basée sur l'illusion ait sitôt dégénéré dans un mysticisme obscur et ténébreux, et ait donné lieu à des rêveries sans nombre et à d’incroyables écarts d'imagination ? Faut-ils’étonner des formes excentriques et souvent grotesques sous lesquelles se produit la piété de ces innombrables sectes que l'esprit d’orgueil propage perpétuellement dans le protestantisme, et qui déjà le réduisent à un monde d’'atômes sans cohésion, qui se fuient les

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uns les autres comme entrainés par un mouvement fatal!

Faut-il s'étonner du nombre infini de ces sectes? Tout protestant ne porte-t-il pas en soi ce qui est nécessaire pour fonder une doctrine et une Eglise? n'est-il pas son propre pape? L'infaillibilité qu’on a contestée à l’Eglise ne la lui a-t-on pas attribuée, en lui enseigaant que l'Esprit Saint l'assiste et le dirige dans l'interprétation du texte de lEcriture, et qu'il ne peut se tromper sur le véritable sens des paroles qu’elle contient ?

On ne peut considérer l’influence désastreuse que le protestantisme a exercée sur l’histoire et sur la société sans être pénétré d'une profonde douleur. Il à fait reculer l’histoire aux temps du paganisme, dont il a renouvelé la politique tyrannique et im.

pie, et il a rendu la société presque impossible, en en altérant le principe et en en brisant le lien. Comment, en effet, seraitil possible de constituer un état fort et vigoureux sans une pensée commune qui cn

dirige tous les membres, et sans un amour commun qui en fasse converger toutes les actions vers un seul but ! Or trouverez-vous une pensée commune ailleurs que dans la foi et cet amour commun ailleurs que dans la charité? Après avoir détruit la société religieuse, qui est par sa nature la base, le type et le principe de toutes les autres, peut-on penser sérieusementencore à constituer solidement un état?

Ne reronnaissez-vous pas les effets du protestaatisme dans ce doute qui plane aujourd’hui sur la vie tout entière, et qui rend toutes les relations incertaines? La foi s’en est allée de partout; et comment croire à l’homme, en effet, quand on ne veut plus croire à Dieu, n1 à l'Eglise, mais seulement à soi-même? La confiance a quitté toutes les âmes. Une défiance universelle met les hommes en garde les uns contre les autres. Le fils ne croit plus à son père, ni le frère à son frère, ni l'époux à sa femme, ni l'ami à sun ami. Les peuples ne croient plus aux rois, et les rois ne

croient plus aux peuples. L'égoïsme ra:

vage la société, et menace de la ruiner jusqu’à sa base. Chacun n'aime plus que soi, que son bien-être et tout ce qui peut le procurer ou l’augmenter. La soif insatiable de l’or dévore toutes les âmes, et tarit jusqu’à la source des plus nobles sentiments et des affections les plus pures:

voilà où nous a menés le protestantisme appliqué à la société et à l’histoire! On a commencé par protester contre l'Eglise ; aujourd'hui on proteste contre tout, excepté contre soi-même ! On a commencé par renverser la société religieuse; aujourd'hui la hache frappe déjà la société de la famille, dont on essaie d’anéantir la constitution par le divorce ou par une communauté qui assimilerait l’homme à la brute.

Si vous jetez les yeux sur la doctrine de l'Eglise catholique, au lieu du vide et de la mort qui font du protestantisme comme un vaste désert inhabitable pour l'intelligence et pour le cœur, vous trouverez une admirable plénitude de sens et de

vie, et une suite si parfaite qu'elle ne se dément pas un seul instant. Le trait caractéristique du protestantisme, c’est l’absence du Christ. Pour les protestants le Christ n’est pas ressuscité ; 1l est toujours dans son tombeau, et ils se souviennent de lui comme on se souvient d'une personne chère. Il est absent des sacrements et des temples, absent de l'Eglise dont ils ont nié l’infaillibilité ; absent du cœur de l’homme dans les opérations de la grâce, puisque les mérites du Christ lui sont appliqués par le dehors, et l'enveloppent comme un suaire.

Le caractère distinctif de la doctrine catholique, au contraire, c’est la présence réelle du Christ ; il est réellement présent dans nos temples par l’Eucharistie, dans l'Eglise par l'assistance perpétuelle de son esprit, dans la voionté humaine par sa grâce, qui est com'ne un commencement de sa substance et qui eët répandue dans nos cœurs. Il est présent dans les Saints, qui sont les membres les plus nobles de

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son corps mystique ; il est présent dans la nature elle-même par les bénédictions de l'Eglise, qui la purifient et en font un instrument et comme un véhicule de la grâce.

Pour nous le Christ est vraiment ressuscité : il est vivant au milieu de nous ; nous l’avons tout entier. Nous avons son

corps et son esprit : son corps sur l'autel,

son esprit dans sa doctrine, tandis que les protestants n’ont de lui qu’une image confuse et un stérile souvenir.

Vous entendrez souvent des esprits ignorants ou superficiels vanter devant vous la doctrine des protestants, et prétendre sérieusement que dans elle sont le salut du monde et la gloire de la France, car l'erreur de Luther cherche à raviver sa flamme prête à s’éteindre, et à projeter quelques lueurs dans les ténèbres qui se sont épaissies autour d'elle. Rappelezvous alors tous les maux qu'elle à faits au monde, et tous ceux qu'elle n'aurait pas manqué de faire à la nation française si Dieu ne l'avait préservée, en rani-

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