‹ Les heures sérieuses d'un jeune homme [microforme]Chapitre 27 sur 43 · SEIZIÈME HEURE · texte numérisé non relu

SEIZIÈME HEURE

Le travail est nécessaire à l’homme pour que son corps vive ; il est peut-être plus nécessaire encore à son âme pour qu'elle ne périsse pas d’inanition et de misère ; mais il n’est jamais plus nécessaire pour l’un ni pour l’autre qu’à l'âge où l’on peut acquérir par lui les forces et les trésors qu'on n'aura plus dans la suite qu’à conserver et augmenter. Dans la jeunesse le travail crée et produit ; dans l’âge mûr il développe ce qu'il a produit auparavant ; mais il est inutile à ceux qui n'ont rien acquis dans un âge plus tendre, de même que les chaleurs brülantes de l'été tombent inutilement sur le sol qui n’a point été ensemencé lorsque les pluies de l’automne l'avaient amolli : car le travail a une destination propre à chaque âge, et qui change à mesure que l’homme avance

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dans la vie. Si l’homme ne lui fait pas produire ce qu'il est dans sa nature de produire à l’époque de la vie où il est arrivé, 1l le lui demandera inutilement plus tard. Jeune houme, si vous voulez avoir quelque chose à conserver dans un âge plus avancé, produisez maintenant, et ne laissez point passer sans profit pour vous un temps dont la perte est irréparable. Si vous voulez ne pas être vide lorsqu'il vous faudra communiquer aux autres ce que vous aurez acquis, et le partager avec eux, remplissez maintenant votre intelligence et votre cœur, en les ouvrant dans toute leur largeur sous les flots qui jaillissent perpétuellement de la source du vrai et du bien.

Le travail du corps fortitie et assouplit les membres ; le travail de lesprit élève l'intelligence et corrobore la volonté. L’oisiveté épuise le corps plus encore peut-être qu'un travail immodéré ; elle énerve l'âme, Ôte au caractère sa vigueur, à l'esprit sa pénétration et au cœur sa fraîcheur primitive. Elle donne au corps et à l’âme une

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vieillesse prématurée, et les réduit l’un et l’autre à une complète impuissance. Mais l’homme, étant éminemment actif par sa nature, ne peut rester longtemps inoccupé ; et loisiveté.diffère du travail en ce que l’homme oisif s'occupe des choses frivoles et inutiles, tandis que l’homme laborieux agit sérieusement et utilement. Il ya dans le monde une multitude infinie de petits riens et de petites misères sur lesquelles l'esprit des hommes oisifs se jette avec un déplorable empressement, et qui servent de pâture à leur cœur ; leur âme s’emplit facilement de cet aliment léger et sans consistance, parce qu'elle est étroite, et ne peut contenir à cause de cela que peu de chose ; et ils attachent souvent plus d’importance à ces niaiseries que les hommes intelligents n'en attachent aux choses grandes et sérieuses qui les occupent : ce sont des enfants qui ne se développent jamais, et à qui il faut tous les jours de nouveaux hochets pour les amuser. S’amuser, c'est pour eux s'occuper et travailler.

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