‹ Les heures sérieuses d'un jeune homme [microforme]Chapitre 29 sur 43 · AN 4 À H 4 U · texte numérisé non relu

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mousse, la pensée se décolore, l'imaginalion devient terne, le cœur se flétrit, la volonté s'affaisse, le caractère s’amollit; les sens s’exaltent outre mesure, l’homme spiritüel s’amoindrit, et la vie semble se réfugier tout entière dans le corps, dont le soin devient la seule occupation et le seul travail de la journée.

Les hommes de bien se plaignent sans cesse aujourd'hui des progrès du mal; les hommes d'ordre s’elfraient de voir l’anarchie croître chaque jour, et menacer perpétue/lement la société de nouveaux bouleversements et de nouvelles calamités ; mais quand ils veulent énumérer les causes du malaise qui la travaille et des dangers qui troublent sa sécurité, il ne leur vient point à l'esprit de compter parmi elles leur indolence et leur incurie. Ils reprochent aux méchants leur activité 1mmodérée, et ne se reprochent point à eux-mêmes leur paresse ct leur négligence. Ils ne comprennent pas que s'ils étaient plus vi-

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seraient moins, et que si Les bons n’essaient pas de s’opposer comme une digue au torrent du mal, ils ne doivent pas être surpris que ses flots s'élèvent outre mesure et menacent d’engloutir la société.

Où faut-il aller pour trouver ces jeunes sens que leur position ou celle de leur famille attache comme néce: airement à l’ordre, et qui se plaignent le plus amèrement de la pente où se précipitent les événements ? Faut-il aller les chercher dans les temples du Seigneur? les trouve-t-on à genoux.au pied des autels implorant sa miséricorde et détournant par leurs supplications les coups de sa colère? les trouve-t-on sur la brèche, armés de courage et de persévérance, défendant ce qui est attaqué, combattant jour les choses qui leur sont les plus chère ;et pour les droits auxquels ils tiennent le plus ? Ils ne savent que se plaindre, et réclamer avec amertame contre l'injustice ou la haine qui es poursuit ; et pendant que les autres agissent, se concertent, travaillent de toutes

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leurs forces à l’accomplissement de leurs projets, eux, tranquilles et insouciants sur l'avenir, s'appuient nonchalamment sur le passé qui leur échappe, et se laissent bercer par des souvenirs qui les trompent et par des illusions qui les séduisent.

Pendant que des privations nécessaires et l'habitude du sacrifice aguerrissent la volonté des autres, et les disposent à la lutte, eux languissent dans la mollesse et l'oisiveté, courant à la recherche des plaisirs, dispersant leur vie sans profit sur une multitude de bagateiles et de misères, et perdamt le goût des choses utiles et sérleuses.

Ain ceux qui n'ont rien s'efforcent de supplamter ceux qui possèdent ; et ceux-ci né faisant aweun effort pour conserver ce qu'ils ont, la société est perpétuellement menacée de nouveaux bouleversements.

Les grands et les riches, m'ayant point les vertus qui rehaussent ou font pardonner la grandeur et les richesses, semblent n'être point à leur place : le peuple se persuade

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facilement qu'ils n’ont point droit à garder "ne vosition dont ils ne savent pas tirer profit, ou qu’ils tournent contre la société pour l'avantage de qui elle leur à été donnée, et que c'est faire rentrer les choses dans l'ordre que d’arracher aux riches oisifs les biens qu'ils rendent inutiles, ou dont ils abusent, pour les partager entre ceux qui travaillent et les rendent productifs.

La pensée de déposséder les riches ne viendrait assurément point aux pauvres, si les premiers faisaient de leurs richesses l’'usag” qu'ils en doivent faire, et s’ils ne se considéraient que comme les aumôniers de Dieu et les dispensateurs de ses bienfaits. Les révolutions qui bouleversent ou menacent à chaque instant la société ne seraient ni aussi nombreuses, ni aussi inquiétantes, si ceux qui ont le temps et les moyens de faire du bien ne dépensaient inutilement leur vie dans une coupable oisivité. Si les bons étaient aussi ardents dans leurs efforts que les méchants, s'ils étaient aussi constants dans leur action,

aussi hardis dans leurs entreprises, aussi audacieux dans leurs espérances, nous n’aurions point à deplorer ou à craindre ces malheurs qui nous consternent quand nous les attendons, et qui nous accablent quand nous les souffrons.

C'est surtout aux jeunes gens que le travail convient, puisque c’est à leur âge qu’il est le plus utile et le plus fécond en résultats : leur oisivité met un obstacle de plus au progrès du bien dans l'avenir, et étouffe dans leur germe les espérances les plus belles et plus assurées. Tout serait gagné si la Jeunesse intelligente et pieuse comprenait sa puissance, et si, au lieu de se reposer dans le présent par la jouissance et le plaisir, elle avait sans cesse les

yeux et les bras tendus vers l’avenir qui

l'appelle et l’attire : car les actions et la vie de la génération nouvelle préparent les événements qui doivent surgir plus tard, et dans chaque poitrine de jeune homme il ya tout un monde d’espérances ou de malheurs.

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