‹ Les heures sérieuses d'un jeune homme [microforme]Chapitre 30 sur 43 · DIX-SEPTIÈME HEURE · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME HEURE

La récréation est utile à l’homme ; son esprit ne pourrait résister à une application trop soutenue, ni à un travail trop long :

il faut que sa pensée se pose de temps en temps, ponr se délasser, sur quelque image gracieuse ou sur quelque objet agréable, sans quoi elle ne tarderait pas à défaillir, épuisée par un travail immodéré. Mais trop souvent l’homme, par un étrange renversement des choses, fait du plaisir la principale affaire et comme l'unique occupation de sa vie; et il ne cherche dans le travail qu'une diversion à la triste uniformité de ses Jours. Ne pourrait-on pas croire, en. effet, à voir la vie de la plupart des jeunes gens, qu'aucun but sérieux n'a été posé devant les désirs et les espérances de l’homme, et que, pour atteindre sa fin, il n’a qu’à jouir du présent, sans s'inquiéter de l'avenir.

Jeune homme, prenez chacune de vos journées, et considérez attentivement l’emploi que vous en avez fait, vous verrez que vous en avez dépensé inutilement la plus grande partie, et qu'il est bien peu d'instants dont vous puissiez justifier en tout point l'usage, je ne dis pas aux yeux de la conscience et de la foi, mais devant la raison et le simple bon sens. Où avezvous été chercher des distractions pour votre esprit et du repos pour votre cœur ?

Les plaisirs ne vous ont-ils pas bien plus sérieusement occupé que le travail? N’êtesvous pas sorti des lieux où vous allez vous amuser plus lassé que vous ne létiez en sortant de l'étude? N’avez-vous pas rapporté plus d’ennuis, de fatigues et d’angoisses des théâtres, des maisons de jeu ou de plaisir que vous n’en rapportâtes jamais des bibliothèques ou des églises? Et s'il fallait nombrer et classer les causes des maladies qui ont abrégé ou tourmenté votre vie, les plaisirs dont vous l'avez surchargée n’y auraient-ils pas contribué our

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une part bien plus grande que les sacrifices que le devoir a parfois exigés de vous ?

Regardez autour de vous, et dites si le plaisir n’a pas fait, et ne fait pas encore tous les jours plus de victimes que le travail, et si l’homme peut impunément se soustraire à la loi de sa nature et à l'ordre de Dieu, qui veut qu'il travaille aussi bien pour être heureux que pour être bon.

Prenez chacun des plaisirs auxquels vous avez donné successivement entrée dans votre âme, et pesez-les à la balance de la raison et de la foi; vous les trouverez dans l’une et dans l’autre également légers et vides, peut-être même également coupables et honteux. Que faites-vous lorsque vous alléz voir au théâtre quelque pièce mauvaise ou dangereuse, et qui ne peut avoir d'attrait que pour cette partie inférieure de l’âme qui se plaît dans les basses régions de la vie, et ne comprend que ce qui est trivial et gross'er. Que peuvent gagner le gout et la morale dans ces spectacles où le vice est toujours représenté comme sédui-

sant ou aimable, tandis que la vertu y est peinte sous des traits qui la rendent odieuse ou ridicule ? La probité, la fidélité conjugale, la soumission des enfants envers leurs parents, toutes les vertus qui garantissent la sécurité des états et le repos des familles sont-elles si communes et si solidement ébablies parmi nous qu’on puisse sans danger faire rire à leurs dépens la multitude, et le ridicule qu'on jette ainsi sur elles ne suffit-il pas pour anéantir dans le cœur de ceux qui les estiment encore les derniers restes de respect qu'ils ont conservés pour elles ?

Ceux qui crient le plus fort contre l’esprit d’insubordination et d’orgueilleuse indocilité, qui rendent tous les rapports si difficiles aujourd'hui, sont souvent ceux qui prennent le plus de plaisir à voir représenter sur la scène des actions qu’ils condamnent avec une inflexible rigueur, Le père mènera son fils au théâtre pour qu'il y rie aux dépens d’un père habilement trompé par son fils; et pour qu'il y

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