‹ Les heures sérieuses d'un jeune homme [microforme]Chapitre 31 sur 43 · OU · texte numérisé non relu

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apprenne lui-même à échapper par la ruse à une vigilance trop active. Le mari y conduira sa femme pour qu’elle s’y amuse, en y voyant représenter sous les couleurs les plus séduisantes l’adultère et les iutrigues qui l'ont préparé. C'est ainsi que nous allons, tous tant que nous sommes, rire à nos propres dépens des choses que nous redoutons le plus et auxquelles nous ne devrions jamais penser que sérieusement.

Dans un temps où personne n'est content de la place qn'il occupe, où l’orgueil et l'ambition attirent perpétuellement hors de leurs sphères tous les hommes, où ceux qui ne peuvent atteindre pendant leur vie la gloire qu'ils ont rêvée cherchent au moins à l’obtenir par le genre extraordinaire de leur mort, est-il sans danger de nourrir son esprit et ses yeux du spectacle d’un monde tout factice, où toutes les choses apparaissent autrement qu’elles ne sont dans la réahté, où l'amour est embaumé d'un parfum de poésie qu'on ne retrouve nulle part ailleurs, et où le suicide est représenté

comme l'acte héroïque d’un homme qui aime mieux quitter volontairement la terre que de ne pas y occuper la place qu'il croit y mériter ?

C'ést là ce qui rend si dangeréuse pour les jeunes gens, et plus encore pour les jeunes personnes, la lecture de ces romans, dont le but est d’exalter outre mesure la sensibilité, d'en détourner le cours en la dirigeant sur des objets sans réalité, et d'en épuiser prématurément la source en la prodiguant sans règle pour des choses de nulle valeur. La littérature est tout à la fois cause et effet, principe et signe dés mœurs et des habitudes d’une nation ; elle reproduit comme effets les biens ou les maux qui l'ont produite elle-même, réagissant sur ses causes pour en tirer tout ce qu'elles renferment ; etil n’est pas doutéux que la littérature des thétâres et des romans ne soit pour beaucoup dans létat factice des relations qui constituent la famille ou la société, et dans les maux dont nous nous pla'gnons tous les jours.

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Il n'est pas besoin de longs raisonnements pour vous démontrer de quels dangers peut être pour vous la source de ces bals publics où les intrigues les plus criminelles trouvent un voile propice qui les cache, et où les femmes élles-mêmes, abjurant la timidité et la modestie naturélle à leur sexe, peuvent, à la faveur des travestissements qui les déguisent, exhaler sans crainte toute la corruption que recèle leur cœur. Jamais sans doute vous n’osériez essayer de justifier à vos propres veux ces orgies scandaleuses où Ics yeux se repaissent de la vue dés objets les plus dégoùtants, des gestes les plus grossiers et des danses les plus licencienses. C’est de là que les jeunes gens les micux élevés rapportent ces manières communes, ces formes grossières, ces goûts vulgaires et ces basses inclinations qui dénotent une mauvaise éducation quand elles sont acquises. Tout ce que le cœur d’un jeune homme renferme encore de grâce ct de candeur se dissipe en ces lieux, où bien souvent il apprenc ce

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184 LES TLAISIRS.

que le vice a de plus grossier avant d’avoir passé par ces fautes qui échappent à la fragilité, et qui ne tarissent pas dans l'âme la source du repentir ni le principe du bieus.

Vous trouverez des dangers non moins nombreux, quoique d'un autre genre, dans ces maisons de jeu où le hasard habite et règne, et où des insensés jouent sur une carte leur avenir, leur réputation, leur honneur et le bonheur d’une famille tout entière. Rien n'émousse et ne stupéfie autant l'esprit, rien ne dessèche et n’endurcit autant le cœur que la passion du jeu. De toutes les passions, c'est sans contredit celle qui occupe et absorbe le plus toutes les facultés de l’homme, celle qui crée les habitudes les plus profondes, les besoins les plus impérieux et les plus terribles nécessités. En tenant perpétuellement appliquéesau même objet toutes les pensées et toutes les espérances, elle produit en celui qu'elle domine une sorte d’aliénation mentale et comme une incessante obsession.

l'avoir Que si vous cherchez plus bas encore hab ! les objets de vos jouissances, et si vous Fâme demandez à vos sens le bonheur et le repos pe du que votre cœur seul peut vous donner, vous recueillerez une abondante moisson moins | de soucis, d’amertumes, de remords et e, dans d'angoisses ; et vous paierez presque inévibite et ! tablement dans votre corps par de longues tune maladies ou d’atroces douleurs les courts 1, leur moments de plaisir que tous aurez cherchés le tout dans la satisfaction de vos appétits grossiers. tupéfie Qui pourrait calculer de combien la vie de t n’en- l’homme à été abrégée par ces maladies ion du que le libertinage multiplie tous les jours ns con- parmi nous, et pour quelle part immense e plus la dépravation des mœurs a contribué à lle qui À cet alanguissement des forces, à cet amoines, les | drissement de la constitution, à cette délis terri- catesse féminine des . tempéraments et lement des caractères, qui est telle que, si le mal rensées continue longtemps encore, il n°y aura plus uit en d'hommes jeunes et vigoureux, mais seulenation & ment de faibles enfants et des vieillards

ession, K débiles; car le mal est d'autant plus grand

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qu'il ne s'arrête pas à celui qu’il punit:

mais, comme il attaque les sources mêmes de la vie, il passe avec elle du père au fils, de la mère à la filie, infectant ainsi des générations tout entières.

Voilà pourtant où vous mènent les plaisirs que vous recherchez avec tant d’avidité, el au milieu desquels vous oubliez si faciles ment vos devoirs, votre dignité d'homme et de chrétien, et votre avenir. C’est ainsi que vous laissez impruaemment se former en vous des habitudes qui feront plus tard peser sur vous un joug intolérable, et qui

condamneront votre vie à des luttes perpé:

tuelles ou à de nerpétuels regrets.

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ae. DIX-HUITIÈME HEURE.

si des LA MÉLANCOLIE. jé à s plai- Il y a une tristesse grave et sérieuse qui de k vidité, occupe le cœur sans le fatiguer ni l’en- Lu facile- nuyer, qui prend sa source dans une dou- Ji omme leur profonde ou dans une immense affec- HT t ainsi tion. Cette tristesse est calme, douce et 214 1 former consolante ; elle est intelligente ; elle sait 248) us tard d’où elle vient et où elle va ; elle connaît L'ART et qui sa cause et son but, et ne disperse point M perpé: inutilement l'esprit ou le cœur sur des ‘44 à pensées vagues ou sur des objets sans con- SA 1 sistance. Mais il en est une autre frivole et Fi Al légère, sans cause ni but, inintelligente, Li vague et obscure, mobile et insaisissable La | dans ses formes, qui absorbe l'esprit sans sr) l’occuper, qui épuise le cœur sans le fixer, UÉ qui engourdit toutes les facultés de l’âme, “ et les plonge dans une langueur et comme ‘1 à dans un marasme inexplicable. Cette tris- 14 j tesse. on lui a donné le nom de mélancolie, |

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