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et elle est tellement devenue sous ce nom la maladie de notre siècle qu’on aurait honte en quelque sorte d'en paraître exempt, et qué la plupart des hommes tiennent à persuader aux autres et à euxmêmes qu'il leur manque quelque chose, qu'ils sont mal à l'aise sur cette terre, et qu'ils ont placé trop haut leurs espérances pour qu'ils puissent jamais les atteindre.
Le bonheur semble être devenu de mauvaise compagnie ; on le regarde comme l'indice d’une âme commune qui ne se trouve heureuse daus le désert de cette vie que parce qu'elle se contente de peu, et qui s’emplit de peu, parce qu’elle est trop étroite pour contenir beaucoup de choses.
C’est presque toujours, en effet, dans l’orgueil que la mélancolie prend sa source ; et c'est peut-être ce qu'il y a de plus clair dans la nature de ce mal si obscur et si indéfinissakle d’ailleurs. On se plaint de n'être pas compris : c’est une manière plus adroite et plus modestie de faire entendre qu’on est trop supérieur à la foule pour
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être compris par elle, et qu’on est isolé, parce qu'on à le malheur d’être placé trop haut. On voudrait être jugé par les autres tel qu'on se juge soi-même, et faire autant de bruit dans le monde qu’on en fait dans son propre cœur.
La tristesse qui vient de l’orgueil sépare des hommes et indispose contre eux. Celui qui est attaqué de cette maladie ne peut pardonner aux autres le peu d'attention qu'ils font à lui, et pour se venger d'eux il les prend en haine ou en pitié, et soulage ainsi son orgueil humiké ou sa vanité blessée. Le monde est plein aujourd’hui de ces esprits superbes qui, s’exagérant leur mérite et leurs forces, aspirent trop haut, et portent trop loin leurs désirs ou leurs espérances. Trompés dans leurs projets ambitieux, et ne pouvant réussir à occuper les autres du bruit de leur gloire, ils aiment mieux accuser la société d’injustice que de convenir qu'ils sesont trompés eux-mêmes.
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se sont fait illusion en s’estimant plus qu’ils ne sont en effet.
Quelquefois la mélancolie vient ce ces déceptions prématurées qui souvent initient un jeune homme aux mystères les plus douloureux de la vie, avant que l’expérience ait fortifié son caractère et corroboïé son jugement. Celui qui de bonne heure s’est
vu lâchement abandonné par un ami faible
et inconstant, ou trahi plus lächement en- te core par un homme faux et dissimulé, a le peine quelquefois à se relever de l’abatte- ne ment où d'aussi cruelles déceptions doi- .
vent nécessairement plonger son âme. Ap- h; pliquant aux autres hommes qu'il ne con- KE }, nait point encore la mesure qu'il est forcé KE d'appliquer à ceux qui l'ont trompé, il EE }:; enveloppe la société tout entière dans une à commune aversion. Son jugement sur les hommes se forme sous l'impression qu'a E > produite en lui l'injustice dont il a été vic- qu time, et, pour ne pias être trompé, i e croit qu'il ne lui reste plus d'autre moyen E Le
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hommes ou un souverain mépris pour eux.
: Souvent la mélancolie n’est qu’une forme plus dissimulée du remords. Il est difficile que la joie illumine une conscience obscurcie par le péché, et la tristesse qu’il laisse dans le cœur n’est alors que la sensation du vide qu’il a fait. Ce n’est ni le repentir qui console, ni le remords qui déchire ; mais | c'est un ennui profond qui enveloppe l’âme 1 tout entière, c’est une prostration de toutes
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