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les forces dela volonté, c’est un décourage- 1 | ment du cœur qui ne sait plus où se tour- 14 ‘) ner pour trouver le repos, et qui ne peut PE | habiter chez soi, parce qu'il fait trop som- 14 | bre pour qu’il puisse rien y voir ; ou bien es
encore le doute, en jetant l'intelligence dans à | l'incertitude sur ce qu’il lui importe le plus 4 de connaître, y dépose un germe de tris- j ; |
tesse que le temps ne fait que mürir. Il n’est pas de source plus abondante de joie que la foi, parce qu’elle établit l'âme dans cette quiétude et cette assurance qui sont les deux premières conditions du bonheur.
Il n’est pas, au contraire, de principe plus 5
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fécond de tristesse que le doute ou l'incrédulité. Comment, en effet, le cœur pourrait-il se repose: dans la joie lorsqu'il est condamné à une fluctuation perpétuelle et à des hésitations incessantes ?
Le doute, voilà l’origine de cette tristesse profonde qui tient abattues etconsternées tant d’intelligences, qui affaiblit et énerve les volontés, qui flétrit et dessèche les cœurs, et qui laisse à peine dans l'âme une place pour ces joies courtes et légères qui ne font que la traverser rapidement, comme si elles craignaient d'y séjourner. Dès que la foi est chassée du cœur, elle en emporte avec elle toutesles espérances qui pourraient encore le réjouir et le consoler, et n’y laisse que les tourments du doute et les angoisses de l’incertitude. L’hômme qui ne croit plus cesse bientôt d'aimer, car l'amour repose sur la foi comme la fleur sur sa tige.
La lumière que Dieu avait amassée dans son cœur, pour qu'il en éclairât et en ré- Chauffât les autres, ne trouvant point d’issue pour se répandre et se communiquer,
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LA MÉLANCOLIH. 193
se concentre et se tourne contre Uni. Ce n’est plus une lamière bienfaisante qui luit et échauffe, c'est un feu qui consume et dévore. L'amour, qui ne vit et nese con:
serve que par sa diffusion, se corrompt en séjournant dans les profondeurs de l’âme ; il y tourne en égoïsme ; et dans son affreuse solitude le cœur £e souille et s’étouffe en quelque sorte, en s'embrassant soi-même dans les transports d’un amour-propre effré:
né. ‘ Depuis que la toi s’est retirée du cœur de la plupart des hommes, la vie semble avoir perdu tout ce qui pouvait répandre sur elle quelque charme ou quelque dou- “eur. Les rapports sont devenus moins étroits, les affections moins profondes. Une défiance insurmontable s’est emparée de toutes les âmes. Comment, en effet, pourrait-on croire aux hommes lorsqu'on ne croit pas à Dieu ? De quelle valeur peut être la parole humaine lorsque la parole divine est sans autorité et sans frein à nos yeux ? Quelle garantie peuvent nous don-
ner les promesses et les engagements de ceux avee qui nous vivons lorsque leur conscience n'est point enchainée à Dieu par les lens du devoir et de la religion ?
Faut-il s'étonner des dissensions qui divisent les familles, de l'instabilité des affections les plus saintes, du peu de sécurité des relations les plus naturelles, des discordes qui menacent perpétuellement le repos de la société, lorsqu'on pense que Dieu est absent de l’espritet du cœur des hommes ?
La foi est le principe de l'amour. Il faut croire à celui qu'on aime ; et du moment qu’on ne croit plus aux hommes on cesse de les aimer. Aussi l’incrédulité a desséché tous les cœurs et refroidi toutes les âmes. Chacun ne croyant plus qu’à soi, n’aime plus que soi. Toutes les pensées, tous les désirs et toutes les espérances sont tournées vers le bien-être et les jouissances maiérielles de la vie. L'argent devient de plus en plus le but de toute l’activité humaine ; sa mobilité est précisément
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ce qui le rend plus précieux et plus désirable. On dédaigne d’asseoir sa fortune sur le sol, ou de l’augmenter par des sacrifices dont l'avenir seul peut voir les résultats, parce qu'on veut bien plus jouir du présent qu'assurer l'avenir, et qu'on veut vivre non pour les autres, mais pour soi.
Chacun se retirant en soi-même et s'y renfermant comme dans une forterc:se, il ne peut y avoir ni union ni confiance entre les hommes. La société devient de plus en plus impossible, puisqu'elle n'est que le mouvement des cœurs les uns vers les autres et leur union dans une mème pensée et dans un commun amour.
Un malaise indéfinissable travaille les intelligences. Presque personne n’est ou ne veut rester à sa place : l’orgueil, l’ambition et la vanité jettent perpétuellement hors de leur sphère la plupart des hommes.
La vie s'écoule dans des efforts fatigants et superflus ; et celui qui est assez heureux pour atteindre le but de ses espérances l’est rarement assez pour conserver
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longtemps ce qu’il a une fois acquis. A peine est-il parvenu au faîte de la grandeur ou de la fortune qu’un coup dusort le renverse ; et, après être monté plus haut qu’il ne devait prétendre, il descend plus bas qu'il ne devait craindre, se trouvant ainsi au dessus ou au dessous de sa position naturelle, et ne pouvant à cause de cela jouir du repos ou du bonheur vers lequel il aspirait. Ce déplacement continuel est encore une source féconde de tristesse et de regrets, car tout, dans l’état actuel des choses, semble conspirer contre l’homme et le condamner à de vains efforts et à un labeur inutile. La joie est dans le calme et le repos d’une bonne conscience, et celui qui la cherche ailleurs ne trouvera que mensonge et déception.
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