‹ Les heures sérieuses d'un jeune homme [microforme]Chapitre 35 sur 43 · VINGTIÈME HEURE · texte numérisé non relu

VINGTIÈME HEURE

Il y a des hommes qui s’imaginent que la prière ne consiste qu’à prononcer certaines paroles dans lesquelles nous exposons à Dieu nos besoins, et lui demandons ses grâces. Il semble, à lesentendre, que l’homme a besoin d’aider l’intelligence de Dieu, et qu'il ne comprendra point ce que nous voulons dire si nous ne prenons la peine de le lui expliquer en détail. A la vérité ils sont fort embarrassés pour concilier avec l'idée qu’ils se sont faite de la prière la recommandation que le Christ nons a faite à plusieurs reprises de prier sans cesse ; car, ne pouvant se dissimuler qu’il y a dans la vie du chrétien des devoirs qui appellent et concentrent toute l’attention de son esprit sur un objet, et rendent par conséquent la prière impossible dans le moment où on les accomplit, ils sont obligés d’avoir

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recours à des subterfuges pour interpréter le texte de l'Évangile où il est parlé de la prière continuelle, et d'entendre cette continuité dans un sens moral dont ils ne sauraient déterminer la latitude, et qui doit être pour eux une source d'illusions ou de scrupules. Je crains bien que parmi eux il n’y en ait beaucoup qui cherchent plutôt à formuler une supplique éloquente, qu’à sonder leur indigence pour exposer à Dieu les désirs de leur cœur, et que la prière ne soit pour eux bien souvent qu’une sorte de toilette de l'âme dont la coquetterie se complaît dans l’abondance et l’arrangement des mots, et qui se regarde avec amour dans ses propres pensées comme dans un miroir.

La recommandation de prier continuellement me paraît trop précise et trop claire pour que nous puissions la limiter et la restreindre en l’interprétant dans un autre sens que le sens naturel des paroles qui l’expriment. La prière continuelle n’a rien d’impossible, ni même de difficile; il

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s’agit seulement de bien s'entendre sur sa nature. Elle est tout à la fois une élévation et une direction de l’esprit et du cœur vers Dieu ; elle se compose de deux mouvements, dont l’untire l’âme des régions inférieures, et dont l’autre la pousse en haut vers son vrai but, qui est Dieu. Toutes les fois donc que notre pensée, notre volonté ou notre action mouie vers Dieu ou se repose en lui, nous prions. Nous prions quand nous pensons aux moyens de glorifier Dieu par notre vie,ou que nous méditons avec piété sur les grandes vérités du christianisme; nous prions lorsque notre volonté s'arme de résolutions courageuses pour faire le bien ou éviter le mal ; nous prions lorsque nous agissons en Dieu et pour lui ou lorsque notre action, en vertu de l’intention qui la produit ou la dirige, va comme d'elle-même trouver le but que nous nous sommes proposé avant de la commencer.

De ces trois formes, ou plutôt de ces trois degrés de la prière, le dernier est le plus parfait, puisqu'il est le complément et le

but dés deux autres qui seraient sans fruit pour nous s'ils ne nous poussaient à l’action.

Il n’est pas un seul instant de notre vie où nous ne soyons occupés à penser, ou à vouloir, ou à agir. Or, que nous pensions, que nous voulions ou que nous agissions, nous devons tendre vers Dieu, comme vers le but suprême de notre vie.

Remarquez ici que nos actes ont le plus souvent un double but : ils en ont un immédiat, placé tout près d’eux, et vers lequel ils ceurent comme instinctivement ; ils en ont un second placé plus haut, vers lequel ils peuvent monter, mais au dessous duquel ils peuvent rester, en s’arrétant et se reposant dans le premier. Le but immédiat correspond à la nature animale de l’homme ; le but supérieur correspond à sa nature spirituelle. Le premier nous est commun avec la brute, le second nous en distingue. Lorsque nous mangeons ou que nous buvons, nous avons pour but de satisfaire un besoin de notre nature. Lors-

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que l'animal mange ou boit, il a le même but que nous ; mais ce qui nous distingue de lui, c’est que la nécessité le cloue à ce but, et l'empêche de le dépasser, tandis

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vons voler plus haut, et atteindre Dieu, par notre intention. C’est à cause de cela que saimt Paul nous dit : Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, faites tout pour la gloir dee Peu.

L'animal a des instincts, l’homme a une volonté. Le premier produit des actes, le second des actions ou des œuvres; car il y a cette différence entre un acte et une œuvre,que dans l'acte le but est si près qu’il suffit de se pencher un peu pour l’atteindre, tandis que le but des œuvres est si élevé qu'il n’y a qu’un effort de notre volonté qui puisse nous y conduire. Le but de l’acte animal est dans l’acte même ; le but de l’acte humain est hors de lui. Le premier acte est simple. Dans l’œuvre humaine il y a deux moments : l’un où l’homme pose l'acte, l’autre où il se repose

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