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dans le but où sa volonté l’a porté; d’où vous pouvez conclure que ce qui fait la différence entre l’homme et l’animal c’est la prière, ou l'élévation de l’esprit et du cœur vers Dieu dans les actions. L’animal vit, l’homme prie; et s'il ne prie pas, il renouce à la plus belle prérogative de sa nature. «
Si vous alliez inférer de mes paroles que je condamne, ou même que je regarde comme inutile la prière orale, vous vous méprendriez étrangement sur le sens de ma pensée. Dans tout mouvement il faut une première impulsion : celle-ci une fois donnée, le corps continue de se mouvoir en vertu d’elle. La force du premier mouvement continue dans ceux qui viennent après lui, et celui qui voit le corps se mouvoir, sans avoir vu la main qui l’a lancé, serait tenté de croire qu’il court par un mouvement qui lui est propre, tandis que sa marche est déterminée par la première impulsion qu’il a reçue. Sa vitesse diminue, à la vérité, à mesure qu'il
s'éloigne davantage de son point de départ, et il finirait par s'arrêter tout à fait si le premier moteur n’en éperonnait en quelque sorte de temps en temps la course ; mais il est toujours vrai de dire qu’il y a dans le mobile comme une certaine docilité qui lui fait recevoir avec obéissance la force qu’on lui communique. Voyez la montre qui vous distribue le temps en vous marquant les heures; vous la montez le matin, et le ressort qui la fait mouvoir mis en jeu, elle continuera d'aller jusqu'à ce qu'elle ait dépensé la somme de mouvement pour laquelle le ressort a été calculé. Ainsi de la prière ; c'est un mouvement d’ascension vers Dieu qu'il faut activer souvent, parce que le cœur qu'elle emporte ou qu'elle traine se ralentit vite ou s'arrête facilement. Quand la passion le pousse, il peut courir bien plus longtemps sans avoir besoin qu'on l'excite, parce que ses mouvements sont favorisés par la pente du chemin sur lequel il glisse.
Descendre est toujours plus aisé ; mais
pour monter il en coûte des efforts d’autant plus grands que la montagne est plus escarpée. La prière est comme une horloge que vous montez de temps à autre jusqu'à ce que son ressort soit épuisé.
Jl y a donc dans la prière un premier mouvement qui monte l'horloge et fait aller le ressort, et des mouvements subséquents qui ne sont que !a continuation du premnier. En d’autres termes, il y a une prière actuelle et une prière habituelle !
La première est la cause et le moteur de la seconde, qui, si elle n’était souvent renouvelée et rafraichie par elle, s’arrêterait bientôt comme une montre qu’on a négligé de monter. La prière actuelle doit être d'autant plus fréquente que l'intention, cé ressort de la volonté humaine qu’elle a mis en mouvement, se lasse plus vite.
Bien des causes peuvent contribuer à la fatiguer. Plus la pente que nous avons à monter est dure etrapide, plus notre volonté éprouve de ces défaillances dont eile ne peut être délivrée qu'autant que la
prière actuelle vient lui donner une nouvelle vie; de sorte que, pour prescrire à Chacun le temps qu’il doit consacrer à ce genre de prière, il faut avoir égard à la paresse de sa volonté, à la nature de son caractère, à ses habitudes, à sa position, au nombre et à l'importance de ses devoirs, à la quantité et à la force des obstacles qu’il rencontrera.
216 J/ORAISON DOMINICALEe
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