QUATRIÈME HEURE
Tous veulent être heureux ; tous poursuivent le bonheur avec un empressement que rien ne peut f.tiguer ; mais bien peu le cherchent où il est. Dieu nous a donné le désir invincible du bonheur comme un moyen de nous attirer à lui ; et nous nous en servons, insensés que nous sommes ! pour nous éloigner de notre fin. Faut-il s'étonner après cela que si peu d’entre nons soient heureux ? Il n'y a que ma;heur et affliction sur la terre, parce que l’homme détourne ses regards de Dieu, et se perd dans les voies où il engage ses désirs et ses espérances. Il n’est rien de plus facile que d’être heureux, et la science du bonheur serait bien simple si l'esprit de l’homme ne l’obscurcissait par son orgueil et sa vanité, et si les passions de son cœur ne la compliquaient
us pouressement bien peu a donné | comme ; et nous 1e nous
la terre, regards où il en- . Il n’est eureux, n simple urcissait et si les liquaient
‘une manière si funeste pour lui. On Peut dire du bonheur ce que le Sauveur du monde disait du règne de Dieu : il st au dedans de nous ; et si nous n'éons pas aussi étrangers à notre propre œur que nous le sommes, si nous n'étions bas aussi souvent absents de chez nous, Mous y trouverions sans peine ce que nous i%horchons inutilement et avec tant de fitigue ailleurs.
Le bonheur c’est le repos d’un être dans Ba fin. Pour être heureux il faut donc l'abord connaître sa fin; puis y tendre vec vigueur et persévérance. Ceux qui e la connaissent point sont exposés à la hercher ailleurs que là où elle est, et a connaissance est inutile à ceux qui ne Me moin! point en peine d'y parvenir.
Parmi les hommes qui ont cherché le bonheur hors de Dieu, il n’en est pas un “ul qui ne se soit écrié avec ces insen- As dont il est parlé au chapitre V de la “bagesse : « Nous nous sommes donc Sac: 'oïn des voies de la vérité, et la
lumière de la justice n’a point lui pour nous, et le soleil de l'intelligence ne s’est point levé au-dessus de nous. Nous nous sommes lassés dans la voie de l’iniquité et de la perdition, et nous avons marché dans des routes difficiles ; mais nous avons méconnu les sentiers du Seigneur. A quoi nous ervi notre orgueil, et quel profit avons-:ous tiré du faste de nos richesses ? Tout cela s’est enfui comme l'ombre, ou comme un messager qui ne fait que passer, ou comme un vaisseau qui glisse sur les flots, et qui ne laisse après lui aucun vestige de sor passage.»
Des regrets tardifs et souvent inutiles, d’amères déceptions, d’intolérables re-
mords : voilà ce que moissonnent ceux qui ont semé leurs espérances dans les :
{ Dr
sillons de l’iniquité. Nous nous sommes #
ja
donc trompés : voilà le chant de triom-
phe qui termine la vie joyeuse et dissi-
pée de ceux qui ont déposé les affections li
et les désirs de leur cœur dans le monde
et ses vanités.
Le ; 1
lui pour Le bonheur est en Dieu. Il commence me s’est ‘Aci-bas par la pratique des vertus que ous nous on amour inspire, et s'achève dans une l'iniquité Mie meilleure par la vision des choses marché u’on a crues et par la jouissance de l’éus AVONS re infini qu’on a aimé. On devient heu-
neur. À ‘feux en faisant son salut, et on ne psut le cet quel devenir autrement, parce que toutes les , de nos utres voies nous éloignent de notre fin. i comme ‘Dieu ne serait pas notre fin si nous pour qui ne Mions trouver ailleurs qu'en lui le repos vaisseau #8t le bonheur. Le salut est représenté
ne laisse ‘"uelquefois dans les livres saints comme
passage.» Mlillicile ; et d'autrefois, au contraire, le inutiles, “joug du Seigneur est appelé doux et léger. bles re- "ft pourtant, malgré l’apparente opposienteeux à on de ces sentences, elles n’ont rien au
dans les à ond de contradictoire.
sommes M Il en coûte, il est vrai, pour vouloir
e triom- Me sauver et pour mettre la main à l'œ-
et dissi- ire. La nature s'accommode peu de cette
affections Mroix qu'il faut prendre et charger sur
le monde fs épaules pour marcher à la suite du “brist, mais une fois qu’elle est accou-
tumée à ce fardeau, il ne iui pèse pas plus que ne pèse au soldat le bagage qu'il doit porter quand il va combattre l'ennemi. Dans l’affaire du salut, comme dans toutes les autres, les commercements seuls sont difficiles. Ce qui demande à l’homme du courage et des efforts, c’est moins l’action qu'il exécute que la volonté w qui commande. A celui qui veut tout est !
facile. Quand une fois un corps mobile % est lancé, il va comme de soi-même,obé- !
issant à la première impulsion qu'il à | recue. Pour l’homme la force de projec- !
tion est dans la volonté : avec elle il peut ! lancer son action où il lui plaît, et son :
ul action docile ira où il voudra la mener.
ju Le royaume des cieux souffre violence ; et {ut pourtant ceux qui servent le Seigneur ne (Con tardent pas à goûter et à voir combien il ( est doux à ceux qui l’aiment.
Lo Consultez ceux qui sont passés du servik ce du monde à celui de Dieu, et ils vous diront qu'il leur en coûte bien moins pour SN vratiquer la vertu qu'il ne leur en coûtait
pèse pas pour vivre dans l'habitude du péché, et e bagage qu'ils sont moins malheureux en répri- ‘ombattre mant leurs passions qu'ils ne l’étaient en se laissant entraîner par elles ; et si vous
t, comme :
rcements avez été autrefois vous-même leur esclave, :mande à descendez au fond de votre cœur, et inter-
« lrogez vos souvenirs. Pendant que votre vanité vous liait comme un captif aux ju- Pgements et à l'opinion du monde, étiezvous plus heureux que vous ne l'êtes Idepuis que vous avez pris pour règle de
n qu’il a votre vie la loi de Dieu et les avertistements
. l ? il n’a-t-
le projec- de votre conscience ? Votre orgueil n’a-t le il peut Ï pas été mille fois humilié ? N’avez-vous
t pas eu mille fois à subir les dédains des
t, et son nr"
riches et l’arrogante fatuité des grands ?
rts, c’est la volonté it tout est xs mobile ême,obé-
la mener. ©.
lence ; et envie n'a-t-elle pas soulevé tous vos igneur ne désirs lorsque vous voyiez briller sous ombien il vos yeux un luxe que vous ne pouviez “ Hatteindre, et un faste qui dépassait de du servi- "beaucoup celui que votre fortune vous t ils vous MBrendait possible.
oins pour M | Le royaume des cieux souffre violence,
on coûtait M en conviens ; mais le royaume de la terre
ne
est-il sous ce rapport dans de meilleure conditions ? Le royaume de l'ambition souffre-t-il pas violence aussi lui ? Pour quoi comptez-vous celte fièvre de désir:
qui consume l’ambitieux, ce flux et reflux!
d’espérances et de craintes, qui élèvent «l abaissent tour à tour sa pauvre âme, comme les flots d’une mer agitée balancent un vaisseau au-dessus de leurs profonds abîmes ? Ne faut-il pas se faire violen pour solliciter une place, pour obtenir une dignité, pour avancer dans les honneurs ?!
Ne faut-il point s’en faire pour essuyer!
tous les refus, pour dévorer en silences tous les affronts, pour cacher aux autres!
toutes les humiliations auxquelles réser-!
ve sa vie celui qui l’engage au service de hommes ?
Le royaume de la volupté ne souffre-tpas violence ? L'âme des pénitents le plus austères et des chrétiens les plu mortifiés a-t-elle souffert plus de tortures enduré plus de supplices qu'il n'en est rés servé aux voluptueux ? Mettez en présences
meilleures le chrétien qui cherche à plaire à Dieu en
mbition né observant sa loi, et le mondain qui rechc:lui Iche les occasions d’assouvir ses passions de désir criminelles. Pour le premier tout est paix, x et reflur "joie et consolation : il n’est pas jusqu'aux
élèvent el . plus durs sacrifices qui n'apportent avec avre âme eux quelque douceur. Pour le second, au
e balancen contraire, tout devient amertume, peine et s profond douleur ; et dans chaque plaisir qui fleure violence Æ rit sur sa vie il se glisse un remords qui obtenir un ##en ronge le germe ou un ennui qui en fléhonneurs M Ætrit la fleur.
ur eSSUYUMS À peine un coupable amour est-il enen silent tré dans son cœur que les soucis, les aux auir&“ inquiétudes qui tourmentent, les vaines elles réser- espérances qui fatiguent, les doutes et les service d incertitudes qui épuisent, y entrent en foule avec lui. Toutes les douleurs se donsouffre-t-11Snent rendez-vous dans cette âme délabrée, nitents lcomme on voit les oiseaux de proie venir s les plu établir leur demeure dans une ruine le tortures déserte. Là fout est crainte et angoisse ; là n’en est réMScommence un enfer intolérable, qu’entreen présent MSliennent sans cesse des défiances toujours
renaissantes, des jalousies que rien n peut rassarer, des remords que rien n saurait étouffer ; car l'enfer ne commence pas toujours dans l’autre vie, et il y a sou: vent dès celle-ci des pleurs et des grince ments de dents. n..
Jeune homme, ne craignez point de re
chercher le bonheur ; cherchez-le seule
ment à sa véritable source. Ce rayon qu tombe du ciel sur votre cœur, et qui «ik éveille tous les désirs et toutes les espéran: ces, suivez-le, et remontez avec lui jus qu’au foyer d’où il émane. Ne cherche point le bonheur dans vos sens ; car il ni est pas. C’est bien là en effet que Dieux mis celui de la brute ; mais il à posé l& nôtre plus haut. Il à incliné la tête et regard de l'animal vers la terre, afin qu] l'ait toujours sous les yeux, et qu’il penchÆ vers elle comme par un mouvement invol lontaire ; mais il a dressé notre visage nos regards vers le ciel, parce qu’il est I lumière de nos yeux et le salut de not face. Notre fin est en haut ; c’est po
{cela que nous regardons le ciel. En haut ue rien n#n0s désirs, en haut nos pensées, en haut “commenu nos espérances. Voici ce que dit le Sel- [il y a sou M gneur par la bouche de Jérémie : «Cieux, des grincek étonnez-vous : portes du ciel, soyez dans
Ja désolation, car mon peuple a fait deux maux ; 11 m'a abandonné, moi qui suis la source des eaux vives ; et il s’est creusé des citernes sans fond, et qui ne peuvent retenir les eaux qui y coulent. » N'est-ce pas là ce que nous faisons tous les jours ?
Nous amassons nos désirs et nos espéranes, nos joies et notre bonheur dans des citernes qui ne les peuvent contenir ; et
e rien ne
point de re ez-le seule“ rayon q r, etquie les espérans rec lui ju e cherche
s; car iln\
L que Dieu US TOUS étonnons encore de les voir
| a posé nous échapper et s'enfuir. Nous nous con- | la tête et Hamnons volontairement au supplice des
Danaïdes, et nous nous plaignons ercore
je l'inutilité de nos efforts et du mensonge He nos espérances |
e, afin qt qu’il penchæs ment invoh tre visage qu'il est ls ut de not
; c'est pou
jp veraine dans ses actes, et pour laquelle il It nous déclare lui-même avoir une grande révérence. Il a voulu en effet que sa puissance infinie s'arrête en quelque sorte devant la volonté humaine, ou au moins qu’elle attende pour y entrer que la porte lui en ait été ouverte. Pour faire de nous ce qu'il veut, il s'assujettit en quelque manière à faire ce que nous voulons nousmêmes. Pour nous transformer en lui, sa grâce semble se transformer en nous. Elle s’accommode aux dispositions de notre caractère, prend la saveur des choses que nous goûtons le plus, se fait ardente et impétueuse avec les âmes pleines de feu et d’ardeur, douce et calme avec les cœurs tendres, énergique et austère avec
| il CINQUIÈME HEURE.
fl: LA VOLONTÉ.
Aug
|, ll: Dieu a voulu que l’homme soit libre ;
fl | pour cela il lui a donné une faculté sou- HE