‹ Les heures sérieuses d'un jeune homme [microforme]Chapitre 9 sur 43 · HUITIÈME HEURE · texte numérisé non relu

HUITIÈME HEURE

Lorsque la foi de l'Eglise gouvernait le:

intelligences et formait en quelque sorte hi conscience des peuples chrétiens, l’errew et la vérité étaient séparées par un abime, M et il était facile de les distinguer. Il n 4 avait alors que des catholiques et des héri.

tiques, et ceux qui voulaient rester fidèle

à la doctrine du Christ savaient où la trou:

ver, et connaissaient ceux dont il fallait se défier. Chacun s’annonçait hautement pour ce qu'il était. Le monde ignorai encore cette troisième classe si nombreuse

aujourd’hui, à laquelle appartiennent tou

ces hommes qui ne sori m1 dans l'Eglise, ni hors de l'Eglise, ni pour Dieu ni contre lui, mais en eux-mêmes et pour eux mêmes.

Ces hommes gardent le nom qu’on leur a donné sans se mettre en peine de l’idée

avernait les que sorte li 15, l'erreur un abime, er. Il ny et des hért:.

ster fidèle où la trou il fallait se hautement le ignorai nombreuse

de l’idée.

il signifie. Au fond ils ne sont ni cajoliques, puisqu'ils ne croient point à la érité par obéissance, ni même hérétiques, uisqu'ils ne choisissent point hors de l'Eise une secte qui leur en tienne lieu, jais ils sont incrédules, puisqu'ils ne oient qu’à eux-mêmes, ou plutôt ils sont “ Mdiflérents, puisqu'ils ne tiennent pas ” Mérne aux doctrines qu'ils se sont faites, et qu'ils sont prêts à les abandonner au remier doute qui vienten ébranlerla base.

es choses en sont venues à un tel point ue bientôt l'Eglise ne pourra plus savoir ui sont ses enfants et qui sont ses enneis, qui elle doit aimer et bénir et de qui Île doit se méfier.

} Ces hommes sont répandus partout, et artout ils ont introduit le trouble, le dé- Drdre et la confusion. Le bien, le mal, la érité et l'erreur, la foi et l'incrédulité, la ligion et l’impiété, la grâce et la nature, ont tout mêlé; et, dans ce chaos, norme dont l'intelligence n’est pas ex- Rceée par une étude approfondie des mys-

tères de la foi et de la doctrine de PEglise est exposé à perdre sa route à chaque pas, et à s’'égarer dans les voies de l'erreur en croyant suivre les sentiers de la vérité, Pour tous ceux qui n'ont pas fait de l'étude des traditions catholiques la principal affaire de leur vie, le seul moyen d’échapper aux piéges qui leur sont tendus € toutes parts c’est une grande docilité d’esprit, une confiance sans bornes vis-à-vis de l'Eglise, et une défiance continuelle vis-àvis de toutes les doctrines et de tous les enseignements humains.

Sans cela que deviendrez-vous, jeune homme, au milieu de cette atmosphère où vous vivez, et où flottent dans une mobil:

té perpétuelle des nuages aussi vagues dan:

leur course qu'insaisissables dans leur formes ? Tout sera danger pour vous; € les choses les meilleures sercnt précise ment les plus dangereuses, parce que ler:

reur y étant dans une moindre proportion.

il vous sera plus difficile de l'y découvrir. Défiez-vous de ces livres qui, sous les ap

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à parences trompeuses d’une juste impartialité, cachent et insinuent dans l'esprit de ceux qui les lisent une froide indifférence.

* Défiez-vous de ces hommes qui pour faire passer leurs opinions erronées les entremêlent de vérités incontestables, et ne * frappent l'Eglise de leurs coups mesurés qu'après l'avoir en quelque sorte revétue de toute sa gloie. Ils commencent par exalter les bienfaits qu’elle a répandus sur le monde, et tout ce qu’elle a fait pour « le développement des institutions les plus + précieuses à l'humanité; puis, quand ils « ont parlé d'elle de manière à persuader 0 aux autresqu'ils l’aiment et lui sont fidèles, Lils détruisent ou diminuent adroitement tous les éloges qu'ils lui ont prodigués par à des restrictions artificieuses ou par des ju- ! gements dont l'injustice et la fausseté me paraissent potr*t, tellement ils savent les "0 amener de loin, par une pente presque in- | sensible, et y préparer les esprits par une gradation habile et mesurée, C'est surtout dans l’histoire qu'ils aiment

80 L'ERKEUR.

à insinuer l'erreur, parce que, portée en quelque sorte par les faits, elle ne peu guère manquer de pénétrer dans les es.

prits qu'ils veulent séduire. Là ils sont d'autent plus à l’aise qu'ils peuvent plu:

facilement se dispenser de formuler leur jugements, et laisser à ceux qui les lisent ou les écoutent le soin de tirer les conclu.

sions où ils voulaient les amener des fait qui leur servert de prémisses. De cette manière ils sont bien plus sûrs de réussir dans leurs coupables desseins, parce que les jeunes gens dont ils trompent la con:

fiance et Ja erédulité s’attachent d'autant plus aux opinions erronées dont leurs livres somt pleins, qu'ils les prennent davantage gour le fruit de leurs propres méditation:

{ls s’en défieraient plus si elles leur étaient dictées en quelque sorte comme les arrêt d’un juge ou comme les décisions d'u maître ; si on les leur donnait toutes faite: comme à des enfants, qui, ne pouvant er core juger par eux-mêmes, sont forcé d'admettre de confiance les jugement

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qu’on leur donne. Leur orgueil et la fière indépendance de leur esprit les sauveraient des piéges qu’on leur tend. Mais comment se défier des jugements qu’on semble avoir portés soi-même? Comment ne pas aimer les opinions qu'on croit avoir choisies librement ?

Il y a dans l’enseignement de l’histoire une manière de choisir, d'amener, de distribuer et de présenter les faits qui facilite singulièrement le développement de lerreur. C'est là surtout qu'il est aisé de la mêler à la vérité dans de si habiles proportions qu'il soit impossible de les distinguer l’une de lautre, et de faire ainsi de la seconde un garant pour la première. Il n'ya pas de faits qui n'aient été racontés diversement et envisagés d’un point de vue divers ; il n’en est pas un qui n'ait été dénaturé par l'ignorance où par la mauvaise foi, ou n'ait été attribué à des motifs et à

: des causes opposées. Il y a pour les faits à peu près la même divergence d'opinions et de jugements que pour les idées. Nous

Te L'ORDRE

nouyons nous en convaincre facilement par la diversité de sentiments que nous remarquons aujourd'hui sur les faits qui se passent sous, nos yeux, et nous pouvons prévoir d'avance l'embarras des historiens qui voudront dans un ou deux siècles former leur jugement sur les événements dont nous sommes témoins, et saisir une étincelle de lumière pour se guider dans ce chaos incohérent d'opinions et de préjugés qui obscurcissent les faits les plus simples et les plus importants.

Le mal, sans doute, ne pouvait être aussi grand lorsque le nombre de ceux qui jugent et racontent était moins considérable. Cependant, si la mauvaise foi était alors moins commune, l'ignorance était plus facile et plus excusable, à cause de la difficulté et de la rareté des communications que le rapprochement des distances à rendues depuis bien plus aisées. D'ailleurs

les ennemis n'ont jamais manqué à lE-

glise, ni à la vérité. Ce que les incrédules font et disent contre elle aujourd'hui, les

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… hérétiques le disaient et le faisaient autrefois: de sorte qu'il n’est pas un seul fait concernant sa doctrine, sa discipline ou son histoire qui n'ait donné lieu à plusieurs versions différentes. L’arsenal de l'erreur n’a jamais manqué d'armes, l’orgueil et … la curiosité de lesprit humain lui en ont toujours abondamment fourni.

Vous voyez comme il est facile de surprendre votre confiance, et de propager l'erreur sans mentir, ni rien inventer sol- . même, mais seulement en racontant les : mensonges et les inventions des autres, et de falsifier l’histoire, en usurpantaux yeux du monde la réputation d’un historien impartial et consciencieux. Ilest bien plus habile de tromper en citant ceux qui ont falsifié l’histoire qu’en la falsifiant soimême. Le poison de l'erreur pénètre bien plus sûrement enveloppé sous les apparences d’une érudition profonde que s’il était présenté sous sa propre forme dans dés principes dont on peut contester la valeur. On ne peut contester celle d’un fait

PE PTS at gt ae ; Fe gen

DE mn TRS

qu’en le niant comme faux, ou en le récursant comme douteux, mais il ne se discute pas par des motifs intrinsèques comme un axiome ou une idée.

Ceux donc qui ne peuvent consulter les livres où sont contenues les sources de l’histoire, et qui n’ont pas le temps de comparer et de juger les témoignages sur lesquels s'appuie le récit des faits qu'ils lisent, admettent avec une confiance aveugle celui qu’on leur présente, et s’en rapportent à la science et à la bonne foi de l’auteur qui leur plait davantage, et souvent même les qualités qui les ont séduits en lui sont celles qui auraient dû éveiller leurs défiances. L’éclat du style, les grâces de la forme, la recherche affectée des situations extraordinaires ou pittoresques, l’encadrement forcé des faits, de leurs causes et de leurs résultats dans des systèmes arbitraires, servent souvent d'ornement et de parure à de vieilles erreurs, qu’on essaie de rajeunir pour renouveler leur funeste puissance.

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Toutefois il est un signe infaillible auquel vous pourrez reconuaître ceux dont vous devez vous défier, quelque incontestable que soit d’ailleurs le mérite de leurs

œuvres ou de leurs leçons ; car ce signe leur est commun à tous. Tous en effet, même ceux qui paraissent admirer le plus la religion du Christ ou son Eglise, tous la nient au fond, et en anéantissent la notion, en essayant de lui ôter le caractère divin . qui la distingue, et en la considérant seulement comme une institution humaine … plus parfaite que toutes les autres, mais de la même nature qu’elles. De ce point de vue, leurs éloges ne sont que des outrages dissimulés. Qu'importe à l'Eglise qu’on ante sa puissance, sa sagesse et son habieté, si on lui conteste le seul titre auquel elle tienne ? Ce qu'elle veut avant tout, c'est qu'on l’accepte et qu'on la reconnaisse pour ce qu’elle est réellement, c’est-à-dire our une société divine dans son origine et dans son auteur, et si elle ne l’est pas ren effet, sa mission n’est qu’une cou-

pable usurpation, et sa sagesse n’est qu'une imposture habilement calculée et exécutée plus habilement encore.

L'effet de tous ces enseignements, c’est de diminuer la haine et les préventions aveugles contre l'Eglise, mais d'augmenter en même temps l'indifférence, en lui donnantun prétexte de plus ; car à quoi servirait-1l de tant s'inquiéter de la doctrine et de l’histoire de l'Eglise si elle n'est qu'une institution humaine que chaque homme est libre d'accepter ou de rejeter ? Ces docteurs modernes bâtissent à l'entrée du temple de Dieu un immense vestibule, où ils appellent la jeunesse sérieuse de nos jours ; ils lui font entrevoir de là les magnifiques trésors qu'il renferme ; ils lui font entendre le sublime concert des peuples qui l’habitent ; ils lui en font admirer surtout la structure et les ornements extérieurs ; mais ils se donnent bien garde de lui apprendre sur quelle base il a été fondé ; ils lui offrent tant à contempler au dehors qu'ils lui ôtent le désir d’y entrer

st qu'une t exécu-

ats, c’est ‘ventions gmenter lui donloi servictrine et st qu'une homme Ces docitrée du bule, où de nos les ma- ; ils lui des peut adminements en garde il a été

pler au

entrer

po ren connaître la disposition intérieure;

Slui en ferment en quelque manière la rte par leurs éloges affectés et leurs louiiges indiscrètes. Ils attirent et repouséhit à la fois leurs disciples, car ce qu'ils véblent : est d’en faire des disciples à eux, fnon des disciples du Christ et de l'Eglise. Or, ils savent bien qu'il suflit de pénétrer un instant dans le sanctuaire du temple pour sentir le besoin d’y rester, et c'est pour cela qu'ils en gardent si soieusement les abords.

“Défiez-vous donc de tous ceux qui ne se D pas ouvertement enfants de Bglise, obéissants et soumis à sa doctrine

défier -vous de leurs récits ; défiez-vous de Tébrs jugements ; défiez-vous de leurs re- Oches, mais surtout défiez-vous de leurs dges ; car ils louent en elle ce dont elle lat le moins de cas, ses grandeurs hu- D dines et ses gloires extérieures. Ces Mmes appartiennent à la famille des us, des Nestorius et des Pélage. Ils nt le Christ comme leurs devanciers ;

seulement au lieu de nier sa personnalit divine comme Arius et Nestorius, ou so opération divine dans l’homme par | grâce comme Pélage, ils nient son infl ence divine dans l’histoire de l'Eglise ; il séparent celle-ci du Christ-Dieu, comm les premiers en séparaient sa nature hu maine ou notre propre volonté.

Cependant, pour réparer l’injure qu'il font à l'humanité en la renversant du d:

vin piédestal sur lequel elle est élevée, & pour lui rendre en quelque sorte Die qu'ils lui ont Ôté, ils ont imaginé un autr mode d’union entre nous et lui ; ils on pour ainsi dire déplacé lincarnation à Verbe, et, au lieu de l’admettre comm:

accomplie réellement une fois dans k Christ, ils aiment mieux l’admettre com me se développant toujours, sans s’effer.

tuer complétement, soit dans la nature tout entière, soit dans l'humanité seule ment, dont l’histoire devient ainsi une théophanie continuelle ; ils ne se laissen point arrêter par les conséquences absur4

personnalit:

IUS, OU so:

me par | t son inf.

l'Eglise ; ik eu, comm nature hu:

njure qu'ik rsant du di t élevée, & sorte Die né un autr ui ; ils on arnation di ttre comm:

pis dans À ettre con ans s'effec

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dés de ce fatalisme impie qui ose proclapi comme des manifestations de Dieu 8 | erreurs grossières et ces crimes épou- ; tables doût l’histoire est pleine, et qui * nt si malheureusement de linfiraité de notre intelligence et de la perverté de notre volonté.

Leur système facile et souple les dispense de tout jugement sur la valeur des idées ou “des ! aits. Ce qui est doit être ; ce qui ès Se n'a plus de raison d'être. Les évéen ents portent avec eux leur justification, tt ut le devoir de l’homme consiste dans ie lâche soumission à la nécessité qui lui 1! imposée ; ils sont toujours du parti des plus forts, et quand les hommes ou les choses qu di ont admirés s’en vont, ils se élournent lâchement contre elles, et les irsuivent de leurs insultes et de leurs lains, détruisant ainsi autant qu'il est en E, toute moralité dans l’histoire et tout loir dans la conscience de l’homme.

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us en garde contre ces apôtres de l’er-

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