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CHAPITRE XV

De la toilette.

Le soin du corps et de la toilette est un écueil pour beaucoup de femmes qui, sérieuses d'ailleurs et dans leurs pensées et dans leurs affections, sont quelquefois plus esclaves de leur toilette et de leur corps que les femmes les plus frivoles. C'est vraiment une grande misère que cette sollicitude inquiète pour la partie- fragile et périssable de notre être, et que cette importance attribuée à des bagatelles par des es-

prits élevés d'ailleurs. Et l'on ne peut s'empêcher d'éprouver un sentiment de tristesse profonde quand on pense qu'une portion considérable de la vie des femmes dont l'intelligence est plus cultivée se perd en de telles futilités. Pourrait-on croire, si on ne l'avait vu de ses yeux, que le nœud d'un ruban, la couleur d'une robe ou la forme d'une coilfure, peut devenir une affaire capitale pour une créature intelligente destinée à contempler un jour avec les anges la majesté de Dieu?

S'il est si peu de femmes qui sachent tirer un parti convenable des heureuses dispositions de leur esprit et de leur cœur, et de l'éducation qu'elles ont reçue, il faut l'attribuer en grande partie aux préoccupations de la toilette et de la mode : car rien ne rétrécit l'esprit et ne resserre le cœur comme le soin excessif du corps. L'âme négligée

et humiliée semble se venger de l'affront qu'on lui fait, en gardant enfouis ses plus précieux trésors. Avec une femme vaine et recherchée dans sa mise, aucune conversation sérieuse n'est possible. Elle dissertera des heures entières sur la forme ou la qualité d'une étoffe ; mais si la conversation vient à tomber sur quelque objet sérieux et capable de fixer l'attention d'un esprit élevé, vous apercevrez aussitôt sur ses traits la distraction et l'ennui.

Ayez un soin convenable de votre corps : car il est le temple de Dieu, qui y a déposé un germe précieux d'immortalité. Mais tenez-le toujours à sa place; et puisqu'il est la portion la moins noble de votre être, ne le laissez jamais empiéter sur les droits et les privilèges de l'âme, dont il doit être le serviteur docile et soumis. Evitez dans votre toilette tout ce qui sent la frivolité, ce qui

trahit le désir de plaire ; mais évitez par-dessus tout ce qui blesse le moins du monde la modestie. N'oubliez pas que cette vertu est un des plus beaux ornements de la femme ; qu'elle est comme le reflet de cette pureté qui embellit son âme, et que la femme qui en est privée est comme une fleur sans éclat ni parfum. Vous devez vous conformer aux usages de votre pays et de votre condition , sans en être néanmoins jamais l'esclave; mais votre âme doit planer comme une souveraine au-dessus de toutes ces petitesses, et conserver dans une noble indépendance sa gloire et sa majesté.

N'imitez pas ces femmes qui , esclaves de la mode , en subissent avec une aveugle docilité tous les caprices ; qui recherchent avidement tout ce qui est nouveau, afin de s'en parer les premières, et d'acquérir ainsi la vaine ré-

putation d'une femme de bon goût.

Celles qui se croient obligées d'avoir recours aux séductions de la mode et de la toilette pour produire au dehors une impression favorable, se rendent par là un bien triste témoignage du vide de leur esprit et de l'indigence de leur cœur. Celles qui se distinguent par des qualités et des vertus solides sont averties par un instinct secret et sûr de placer plus haut leurs espérances. Modestes et réservées , elles plaisent sans le chercher, ou plutôt parce qu'elles ne le cherchent pas. Le sentiment qu'elles inspirent, toujours noble et pur, ne trouble ni celui qui le donne ni celle qui en est l'objet. Partant des profondeurs de l'âme, il ne fait, pour ainsi dire, que traverser les sens sans s'y arrêter, et va réveiller dans une autre âme les instincts les plus saints et les plus généreux.

A votre âge, le plus doux charme, ;'est la simplicité et la candeur. Le nonde lui-même, si facile pourtant lans ses jugements, ne vous pardonlerait pas ce qui sent la recherche ou 'apprêt. Vous n'auriez donc pas même Dour excuse en ce genre les usages ou es convenances, derrière lesquels se -etranche et s'abrite la frivolité de tant le femmes plus âgées. Profitez donc le cette trêve que le monde donne en ■[uelque sorte à votre modestie , pour icquérir l'habitude de la simplicité dans rotre toilette et dans votre extérieur; ît une fois que vous l'aurez acquise, il /ous sera facile de la conserver plus :ard , et de la défendre contre les séductions et les exemples que vous aurez sOus les yeux. Apprenez à former votre 50ût, c'est le meilleur moyen de vous préserver plus tard des caprices de la node , dont la plupart choquent les lois

du goût, plus encore peut-être que celles de la modestie : car le beau et le bien se tiennent par des liens plus intimes qu'on ne le pense, et ils ne sont tous les deux que les divers aspects du vrai. Ce qui est véritablement beau ne peut donc jamais être opposé au vrai ni au bien. Et c'est pour cela que la dépravation du goût coïncide bien souvent dans l'histoire d'un peuple , ou dans la vie d'un homme , avec la dépravation du cœur et des moeurs.

Vous ne vous tromperez point dans le jugement que vous porterez des choses, si vous avez toujours devant les yeux ces deux principes sur lesquels repose la théorie du goût tout entière, à savoir, qu'il n'y a de beau que ce qui est vrai et bon , et qu'il n'y a ni vérité ni bonté dans les choses sans une parfaite simplicité. Si vous réglez votre

mise et tout votre extérieur d'après ces deux principes, vous serez irréprochable devant votre propre conscience, et aux yeux même du monde le plus exigeant : car la simplicité plaît toujours; elle a des charmes qui lui sont propres et qui lui gagnent tous les cœurs. N'oubliez jamais que vous êtes chrétienne, que vous avez, au jour de votre baptême, renoncé aux pompes et aux vanités du monde, et que, s'il vous est permis de vous conformer aux usages qui n'ont rien de contraire aux maximes de l'Evangile, vous devez, dans votre mise comme dans tout le reste, manifester le caractère glorieux que Dieu a imprimé dans votre âme. Il est nécessaire qu'il y ait sous ce rapport une difTérence notable entre une femme chrétienne et celle qui, incrédule ou indifférente, necherchepointdansles préceptes de l'Evangile la règle de sa conduite.

Votre mise doit être grave et modeste; et c'est par là surtout qu'elle se distinguera de celle des femmes qui sont esclaves du monde. Saint Paul disait aux chrétiens de son temps : Que votre modestie soit connue de tous les hommes, car le Seigneur est j>rés de vous! Qu'il y a un sens profond dans ces paroles ! et comme elles expriment bien les motifs pour lesquels un chrétien doit être modeste! Vous le serez sans peine et sans effort si vous vous accoutumez à marcher dans la présence de Dieu, c'est-à-dire si vous vous représentez vivement par la foi que Dieu est près de vous, qu'il vous regarde, et qu'il vous demandera compte un jour de chacune de vos actions. Ayez souvent présente à l'esprit cette pensée que saint Paul rappelait aux Corinthiens, à savoir, que nous sommes en spectacle au monde et aux anges.

Appliquez - vous à bien pénétrer le sens de ces divines paroles , et elles vous serviront merveilleusement à régler tous les mouvements de votre âme et de votre corps. Il y a dans l'homme, et peut-être plus encore dans la femme, un certain besoin de se faire remarquer, de se donner, pour ainsi dire, en spectacle à quelqu'un, et d'attirer sur elle ses regards et son attention. En un mot, il lui faut des spectateurs dont les applaudissements la soutiennent et l'encouragent, et do.ut les reproches la fassent rentrer en elle-même. Or comment est- il possible de se donner en spectacle aux hommes, quand on sait par la foi que Dieu et les anges ont les yeux fixés sur nous, et assistent avec un intérêt plein de tendresse et de sollicitude, non-seulement à toutes nos actions extérieures, mais encore à tous les mouvements les plus intimes de

noire âme? N'y a-t-il pas, dans cette seule pensée bien méditée, de quoi contenter tous les désirs du cœur, et de quoi réprimer efficacement cette vanilé secrète qui nous porte à chercher parmi les hommes des témoins et des approbateurs? Méditez encore souvent ces paroles de saint Paul à ïimotliée :

Que les femmes soient vêtues comme l'honnêteté le demande; que leurs ornements soient sobres et modestes, et qu'ils ne consistent point dans les cheveux frisés , dans l'or ou les pierreries, ou de riches habits ; mais qu'ils soient comme ils conviennent à des femmes dont les bonnes œuvres annoncent une piété sincère.

Au reste , ce serait une erreur bien grande de votre part, si vous pensiez que la recherche dans la mise est nécessaire à une jeune personne pour plaire, c'est-à-dire pour inspirer ces sentiments d'estime et d'allectiou qui

préparent quelquefois une alliance convenable sous tous les rapports. Si vous deviez principalement à votre toilette et à vos agréments extérieurs un mariage avantageux en apparence , soyez persuadée que vous y trouveriez bien des déceptions; car celui qui, mettant, pour ainsi dire, de côté les qualités essentielles dans une femme, se laisse gagner seulement par les charmes de son extérieur, fait injure à celle-ci, et lui prépare, ainsi qu'à soi-même, des regrets amers pour l'avenir. Si vous compreniez bien vos véritables intérêts et dans cette vie et dans l'autre, loin de chercher dans la toilette un moyen de plaire, vous craindriez, au contraire, d'être redevable à des avantages aussi futiles de l'airection qu'on vous témoignerait; et au lieu de vous prémunir contre la recherche de la toilette, ceux qui vous aiment et vous veulent du

bien seraient contraints d'exciter, pour ainsi dire, votre amour-propre, et de stimuler votre négligence.

Les sentiments qu'une femme inspire tirent leur prix de celui des motifs qui les ont fait naître , et des moyens qu'elle a employés pour cela. Que doit donc être une affection déterminée par les raisons les plus futiles, et par des qualités purement extérieures et indignes de fixer l'attention d'une nature intelligente? Mais je ne sais quelle fascination aveugle la plupart des femmes sur leurs véritables intérêts , et leur fait attacher une importance excessive à des avantages qui n'ont aucune consistance par eux-mêmes, pendant qu'elles négligent ceux qui pourraient faire impression sur des âmes fortes et profondes. Elles se plaignent de l'oubli où on les laisse et de la place qu'on leur assigne dans la société, et elles font

tout ce qui peut justitier cet oubli et entretenir l'idée bien souvent exagérée qu'on a de leur frivolité naturelle. Si tant d'hommes qui ne les ont connues que par le mauvais côté de leur nature ont une si mince idée de leur intelligence et de leur caractère, ne doiventelles pas s'imputer en grande partie à elles-mêmes les jugements défavorables et les préventions dont elles sont l'objet ? Si l'on voit les femmes plus empressées de soigner leur corps que de cultiver leur âme, plus avides de plaire par les agréments extérieurs que par les qualités solides, n'est-on pas amené àpenserqu'enagissantainsi elles suivent l'instinct de leur nature , qui ne trompe jamais, et qu'elles prendraient bien plus de soin de leur intelligence et de leur volonté, si elles pensaient qu'il leur fût possible de produire ainsi l'effet qu'elles cherchentdansles agréments extérieurs.

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