CHAPITRE VII
Le monde.
Le monde est comme ces objets qui, vus de loin , trompent les yeux et séduisent l'imagination , mais qui perdent tous leurs charmes dès qu'on s'en approche et qu'on les touche. Il ressemble à ces cadavres qui gardent la forme du corps humain tant qu'ils restent cachés et ensevelis dans l'obscurité du tombeau, mais qui tombent en poudre dès qu'ils sont exposés à l'action de l'air. Ceux qui en sont éloignés sans l'avoir
jamais connu, sont exposés à se laisser séduire par ses perfides attraits ; et ceux qui, pour le connaître, et acquérir le droit de le mépriser, veulent se mêler à ses fêtes et à ses plaisirs, courent le danger, bien plus grave encore, de se laisser amollir et corrompre par ses charmes ; et c'est là tout à la fois et l'avantage et l'inconvénient de votre âge.
En vous éloignant du monde, il met votre cœur et votre conscience à l'abri de ses séductions; mais cet éloignement. en ne vous le montrant que de loin , expose votre esprit à des préjugés favorables pour lui et qui pourraient plus tard devenir pour vous la source de bien des erreurs et de bien des fautes. Comment éviterez -vous ce double inconvénient, puisque vous ne pouvez sans danger ni vous mêler au monde pour le connaître, ni ignorer les périls dont il peut être pour vous la source?
Cet état serait sans issue pour une âme frivole et légère, ou pour un esprit vain et présomptueux qui , n'ayant de confiance qu'en ses propres lumières, croit ne savoir bien que ce qu'il a vu ou éprouvé, et ne compte pour rien les enseignements de la foi et de l'expérience de ceux qui l'ont précédé dans la vie. Qu'il n'en soit point ainsi de vous.
Mais, écoutant avec un cœur humble et soumis les enseignements de la foi , de la raison et de l'expérience , apprenez à connaître le monde et ses dangers , pendant que votre âge et votre position vous tiennent encore à l'abri de ses séductions. De toutes les lumières dont la divine Providence éclaire icibas notre esprit , la foi , vous le savez , est la plus pure, la plus claire, et la plus assurée, puisque non -seulement elle vient de Dieu, mais qu'elle nous est encore présentée par une autorité
qu'il a établie lui-même, et qu'une assistance spéciale de sa part préserve de toute erreur. Vous ne pouvez donc jamais mieux connaître les choses que par les enseignements des livres saints, qui renferment la parole de Dieu luimême, et par ceux de l'Eglise, qui vous explique les premiers et vous en ouvre le véritable sens. Or il n'est pas une seule page de ces livres divins qui ne l'enferme une malédiction contre le monde , et un avertissement pour vous d'en fuir avec soin les charmes trompeurs. C'est surtout dans l'Evangile de saint Jean, le plus doux des apôtres, le disciple bien -aimé du Sauveur, que vous trouverez d'une manière plus saisissante les traits sous lesquels le monde s'est présenté à l'esprit de Jésus-Christ, qui, étant la Sagesse incarnée , ne peut avoir sur chaque chose que l'idée la plus juste et la plus parfaite.
Il est certain d'abord, d'après cet apôtre , que lorsque le Verbe a fait son apparition dans le monde, le monde ne l'a point connu. Lorsque Jésus -Christ veut confondre les Juifs et leur montrer l'opposition qui les sépare de lui , voici ce qu'il leur dit : Vous êtes d'en bas , et moi je suis d'en haut. Vous êtes de ce monde, et moi je ne suis pas de ce monde. Je vous dis donc que vous mourrez dans vos péchés. (Jean, viii, 23.) Se peut-il rien voir de plus précis et de plus concluant contre le monde ? Il a son origine et le siège de sa puissance dans les basses régions de la terre, tandis que le règne de Dieu se produit dans les régions les plus élevées du cœur humain.
Lorsqu'il promet à ses disciples de leur envoyer l'Esprit de vérité , qui doit les consoler en sou absence, il donne en quelque sorte comme marque distinctive de cet Esprit , que le monde ne peut le
recevoir, parce qu'il n'en a ni la science ni la vue. Ainsi l'opposition entre le monde et l'esprit de la loi nouvelle est si profonde, (ju'aucun rapprochement n'est possible entre eux , et que le monde est dans l'impuissance absolue de recevoir et de comprendre l'esprit de Jésus- Christ. Ce n'est pas encore assez ; un dernier trait rendra plus sensible encore cette opposition manifeste. Lorsque Jésus-Christ adressa à son Père cette belle prière qui précéda son agonie et sa passion, il voulut en excepter le monde par un acte positif de sa volonté, alin que tous comprissent qu'entre lui et le monde il ne peut jamais rien y avoir de commun. Je ne -prie pas pour le monde, mais pour ceux que vous m'avez donnés. Le monde les hait parce qu'ils ne sont pas du monde, comme je n'en suis pas moi-même.
Saint Paul , marchant sur les traces
de son divin Maître , en interprète les paroles avec cette énergie qui lui est propre, quand il dit aux Corinthiens que nous n'avons pas reçu l'esprit de ce monde , que la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Pourriez - vous , après ces paroles, prendre pour règle de vos jugements et de votre conduite une sagesse que Dieu ne se contente pas de réprouver, mais qu'il déclare une folie? Au reste, le monde rend bien à Dieu la pareille, puisque, selon le même apôtre, le mystère de la croix est une folie pour lui. Les maximes, les idées, les jugements , la conduite et les habitudes du monde et celles du troupeau que Jésus- Christ est venu sauver, sont tellement contraires, leur langage est si différent, que les sages de l'un sont les fous de l'autre, et que les choses qui sont regardées par celui-ci comme les plus sublimes sont regardées par celui-là
— il4 —
comme des absurdités. C'est que l'un , en eiïet, a son principe, sa lumière et sa fin en haut, au ciel, tandis que l'autre les a en bas , sur la terre. Et si , pour vérifier ces paroles des livres saints , vous jetez les yeux sur la doctrine du monde et sur celle de Jésus- Christ, et que vous les compariez ensemble, vous ne trouverez pas un seul point où ils ne soient en opposition formelle ; de sorte que vous pouvez trèsbien connaître les maximes du monde par l'Evangile et celles de l'Evangile par les principes du monde. Vous êtes bien sûre , en efi'et , que l'un recommandera toujours ce que l'autre blâme, et méprisera infailliblement ce que l'autre loue et recherche. C'est au point que l'apôtre saint Paul ne craint pas de dire aux Galates que s'il plaisait encore aux hommes, il ne serait plus le ser-j viteur de Jésus -Christ.
S'il en est ainsi, me direz -vous , pourquoi rester dans le monde ? N'estce pas un devoir pour chacun d'en sortir au plus tôt et de l'abandonner à sa corruption ? A cela je vous réponds par les paroles de Jésus-Christ: Je ne ivic pas pour que vous les enleviez du monde , mais pour que vous les préserviez du mal. Il est certain, en effet, que le repos de la conscience ici -bas, et les joies du ciel après cette vie, exigent la séparation, la haine du monde et l'op-position à ses maximes. Mais c'est une séparation d'esprit et de cœur, qui se manifeste par une manière de penser , de juger et d'agir entièrement opposée à celle du monde dès qu'on se place au-dessus de lui, et qu'on le méprise.
On n'appartient plus au monde quand on ne le prend plus pour arbitre de sa conduite et de ses jugements. On n'appartient plus au monde quand on s'af-
franchit de ses préjugés, de ses caprices et de sa tyrannie. Voilà ce que la religion demande de vous , et ce qui doit assurer votre bonheur en celte vie et dans l'autre.
Qu'est-ce donc que ce monde dont il faut se séparer pour vivre chrétiennement? Dans toute société qu'on veut étudier et connaître , on peut considérer soit l'ensemble des lois qui la gouvernent, soit la réunion des hommes qui la composent et qui sont gouvernés par ces lois. Considéré sous le premier rapport, le monde, c'est l'ensemble de ces maximes , de ces lois , de ces habitudes, de ces jugements et de ces usages qui sont en opposition avec la lettre ou l'esprit de l'Evangile, et qui tendent à détourner l'âme de l'amour des choses spirituelles ou à en affaiblir le goût. Pris sous le second rapport , le monde est la réunion des hommes qui
professent ces maximes , qui suivent ces usages, qui sont soumis à ces lois, et dirigés par ces jugements. Ces deux manières de considérer le monde vous imposent deux sortes d'obligations, dont l'une ne peut jamais souffrir aucune exception ni aucune dispense, tandis que l'accomplissement de l'autre, devant être réglé par la prudence et la charité, comporte tous les ménagements que ces vertus prescrivent. En effet , le monde, pris dans l'ensemble de ses maximes, doit être pour vous un objet continuel d'aversion et de mépris ; car il est l'ennemi capital de Jésus- Christ et de l'esprit qu'il communique à ses vrais disciples. C'est à ce monde que vous avez renoncé au jour de votre baptême ; et l'engagement que vous avez pris alors est à la fois le premier en date et le plus important de tous ceux que vous avez déjà pris ou que
vous prendrez encore dans le reste de votre vie.
Mais s'il ne vous est jamais permis de transiger avec les maximes du monde, la charité, la prudence, les convenances de votre position, de votre âge, de votre famille, ne vous permettent pas de vous séparer efiectivement de ceux qui ont pris ces maximes pour règle de leurs jugements et de leurs actions. Vous devez vous conformer en cela à tout ce que les bienséances vous imposent, et tâcher de préserver votre esprit et votre cœur contre les influences pernicieuses que communiquent bien souvent les paroles, les actions, les leçons ou les exemples de ceux qui sont esclaves des lois ou des usages du monde. Le danger est d'autant plus grand , que le monde bien souvent nous apparaît, et essaie de gagner notre âme par les leçons ou les exemples de ceux qui nous
sont les plus chers, et à l'égard desquels la défiance nous est à peu près impossible. C'est là certainement une des positions les plus délicates pour une jeune fille qui, n'ayant point encore d'expérience , n'a , pour se défendre contre ce genre de séduction , que la droiture de son esprit, l'innocence de son cœur et la pureté de ses instincts.
Un grand saint a dit: Servir Dieu, c'est régner. On peut dire, en retournant cette proposition, que régner dans le monde , c'est être esclave. Et de toutes les servitudes il n'en est point de plus dure ni de plus humiliante que celle que le monde fait peser sur ceux qui reconnaissent son empire. Si Dieu se montrait à notre égard aussi exigeant que le monde, aussi inflexible dans les lois qu'il nous impose, aussi sévère dans les châtiments dont il nous punit, la piété serait un fardeau insupportable
pour la faiblesse de la plupart des hommes ; et Dieu trouverait bien peu de serviteurs qui voulussent s'y soumettre.
Chose remarquable et digne de compassion, bien souvent ceux qui gémissent le plus de cet esclavage sont en même temps ceux qui le subissent avec le plus de résignation. Vous entendrez bien des fois dans votre vie les plaintes amères des femmes les plus répandues dans le monde , t qui semblent y puiser toute la félicité de leur vie. Souffrir, se gêner, se contraindre pour un devoir véritable, pour un sentiment généreux, pour une belle et grande idée, c'est une condition que le cœur peut non -seulement accepter, mais aimer et choisir avec un certain orgueil. Mais souffrir pour rien, pour des devoirs factices, pour des bienséances de convention, pour des choses ou pour des personnes que l'on méprise et dont on abhorre la
tyrannie, c'eat une condition déplorable et bien humiliante pour les femmes qui la subissent. Et cependant la plupart de celles qui semblent régner dans le monde et y donner le ton , subissent ce joug qui les abaisse à leurs propres yeux, engagées dans des nécessités factices qu'elles se sont créées, imprudemment, et dont elles croient ne plus pouvoir se délivrer.
GIÎAPITRE VIII
Suite du même sujet.
Si aujourd'hui on vous proposait comme modèle à suivre la vie d'une femme du monde, si l'on mettait sous vos yeux le partage de ses journées et la variété des occupations qui absorbent ses loisirs, vous croiriez à peine qu'il puisse se trouver des femmes assez légères pour repaître leur esprit de telles frivolités, assez oublieuses de leur dignité pour l'abaisser à de telles misères , assez futiles pour se faire un tra-
vail sérieux de bagatelles qui pourraient tout au plus amuser un enfant. Votre âme , riche encore de sa première candeur et de cette énergie que donnent l'amour et l'habitude de la vertu, se révolterait à la vue d'une telle humilialion. Et cependant, si vous n'y prenez garde, si votre esprit et votre cœur ne s'accoutument pas au goût des choses sérieuses, vous n'échapperez point à cette condition qui vous révolte tant aujourd'hui , et vous suivrez dans ces voies tortueuses les femmes qui vous ont précédée. Il n'y a point de milieu pour vous entre ces deux alternatives : vivre par l'esprit et le cœur, ou vivre par le sens et l'imagination; donner la conduite de votre vie à l'intelligence éclairée par la foi, ou l'abandonner, comme un vaisseau sans gouvernail, au caprice de la passion et du plaisir.
La vie d'une femme mondaine est
une vie factice. La nature semble avoir perdu ses droits sur elle; et, loin d'en sentir les charmes, il semble que son âme en ait perdu le goût, et qu'elle prenne à tâche d'échapper à ses influences, et de renverser le plus qu'elle peut l'ordre qui la gouverne. Cet éloignement, ce dégoût de la nature, elle le porte partout, jusque dans l'arrangement de sa toilette, jusque dans la distribution de son temps. Elle fait du jour la nuit, et de la nuit le jour, donnant au plaisir, le seul travail qu'elle connaisse, le temps destiné au repos, et arrachant aux heures bruyantes du jour un sommeil long et pénible, que se disputent la fatigue de ses membres et les rêves de son imagination. Pendant qu'elle se couchait, l'humble fille de saint Benoît ou de saint Dominique quittait sa couche pour aller chanter les louanges du Seigneur et lui ofTrir les
prémices d'une journée consacrée tout entière à sa gloire. Pendant qu'elle dort sous des rideaux épais qui lui dérobent la lumière du jour, la pieuse fille de saint Vincent de Paul sonde les replis de son cœur dans une oraison fervente , et allume au feu de l'amour divin la charité dont elle doit réchauffer pendant la journée les pauvres ou les malades confiés à ses soins. Quelle différence entre ces deux vies 1 Et à voir ces deux femmes, qui pourrait penser qu'elles ont la même destinée et le même but? Celle-là se lève reposée, mais non réparée par le sommeil qu'elle vient de prendre, réveillée, peut-être avant le temps, par l'éclat d'une lumière importune, ou par les pas bruyants des artisans qui, après une demi -journée de travail et de peine, reviennent à la maison pour reprendre de nouvelles forces dans un repas frugal, mais re-
levé par les joies pures de la famille.
C'est alors que commencent sa journée et la série des graves occupations qui doivent la remplir. Et c'est à peine si le temps qui lui reste jusqu'au soir lui suffit pour se préparer aux fêtes delà nuit qui doit suivre , et pour donner à sa personne l'agrément et les charmes qui doivent l'y faire briller. Car la femme du monde n'est jamais occupée que d'elle-même, et lorsqu'elle semble faire quelque chose pour les autres, c'est encore son plaisir ou son intérêt qu'elle a en vue et qui la dirige. Le dévouement, ce sacrifice généreux et désintéressé que l'on fait de soi-même à un autre, elle n'en connaît que le nom, sans en avoir jamais éprouvé ni l'effel ni les charmes.
Après la toilette, l'occupation la plus sérieuse d'une femme du monde, ce sont les visites qu'elle fait et qu'elle re-
çoit. C'est assurément une chose grande et sainte qu'une visite dirigée par la charité ou par le motif de quelque autre vertu. Je comprends et j'admire la femme qui, s'arrachant aux douceurs de la famille, ou au loisir d'une vie qu'aucun besoin ne sollicite, monte avec courage les degrés qui la conduisent à la mansarde du pauvre. Je comprends et j'admire celle qui, attirée par la douleur d'une amie , éloigne de son cœur les distractions et la joie pour aller mêler ses larmes à celles de son amie, et adoucir sa douleur en la partageant. Je comprends encore et j'honore celle qui, entraînée par la haute sagesse, par l'expérience et la piété profonde d'une autre femme, va chercher auprès d'elle les conseils et la force dont elle a besoin, et lui consacre avec bonheur les loisirs qu'elle peut arracher aux soins de sa famille et aux convenances de sa posi-
tion. Car, en toutes ces circonstances, j'aperçois un motif sérieux, honorable , digne de respect , et capable d'agir sur un cœur noble et une intelligence élevée. Mais combien peu de visites , parmi celles que se font les femmes du monde, réunissent toutes les conditions qui peuvent leur donner ce caractère 1 La plupart des femmes , en effet , se visitent sans autre but que de passer le temps, de donner quelques moments de trêve à leurs ennuis, de satisfaire leur vanité, leur curiosité , de nouer ou de soutenir une intrigue. Ce qui se passe, ce qui se dit dans ces visites, est digne du motif qui les a inspirées. Pas une pensée sérieuse ; pas une parole qui indique que ces femmes qui se parlent ont une intelligence faite pour comprendre la vérité , un coeur fait pour aimer le bien , une âme enfin capable d'embrasser et de contenir Dieu lui-même. Si ces
femmes devaieiU passer sur la terre comme la fleur dont le parfum les charme, comme l'oiseau dont le chant les réjouit; si après cette vie tout était hni pour elles : si elles ne trouvaient à la mort que le néant et l'oubli, auraient-elles à changer quelque chose à leurs entretiens ou à leur conduite?
Il est une visite célèbre entre toutes les autres, faite par une jeune femme à une femme plus âgée, visite si sainte et SI glorieuse, qu'une fête en rappelle chaque année le souvenir par tout l'univers. C'est celle que Marie fit à Elisabeth sa cousine. Femmes, voilà votre modèle. Comparez cette visite avec les vôtres, et jugez-vous vous-mêmes sur cet exemplaire. Comparez vos motifs avec ceux de Marie; vos conversations avec cet entretien sublime dont l'Évangile nous a laissé un fragment, qui est e plus beau cantique qu'ait jamais pro-
Heures sérieuses. 9
(luit aucune créature intelligente, inspiré par le souffle de Dieu. Oh 1 qu'il y a loin de ce cantique à vos entretiens frivoles et légers, où vous cherchez un aliment et une excitation pour toutes les passions qui- agitent votre cœur! S'il fallait chercher la contre-partie de cette visite de Warie chez Elisaheth, ne la trouverait- on pas dans la plupart de celles que se font les femmes du monde ? Marie portait avec elle le Fils de Dieu, l'auteur de la grâce, le principe du salut, la source des chastes désirs et des saintes espérances. La femme mondaine porte dans ses visites l'espril du monde, cet esprit de mensonge, d'égoïsme et de frivolité qui est opposé de tout point a l'esprit du christianisme. Marie célèhre les louanges de l'humilité, et la proclame la vertu bien-aimée du Seigneur, celle qui attire le plus ef-"] ficacement ses regards et son amour. 1
— dSl —
Elle déclare bienheureuses ces âmes que tourmente noblement la faim de la justice et de la vérité , et révèle le vide et la pauvreté de celles qui, riches d'ellesmêmes, croient n'avoir nul besoin de chercher ailleurs un aliment pour nourrir leur intelligence et leur cœur. La femme mondaine, au contraire, cherche dans ses entretiens à repaître sa vanité et son orgueil , en faisant valoir toutes les ressources de son esprit et les vaines richesses de son imagination. Elle proclame et envie le bonheur de celles qui, riches de beauté et de toutes les qualités qui séduisent , savent attirer et retenir auprès d'elles un grand nombre d'adorateurs. Elisabeth, en apercevant sa cousine, sentit tressaillir en son sein l'enfant que Dieu lui avait donné pour consoler sa vieillesse. La femme mondaine soulève et fait tressaillir dans le cœur de celle qu'elle visite les instincts
les plus frivoles , et quelquefois môme les passions les plus mauvaises.
Cette peinture excite à la fois en vous l'horreur et le dégoût. Cette comparaison vous épouvante, et peut-être dans la candeur de votre âme la croyez- vous exagérée. Elle est, au contraire, bien au-dessous de la vérité : car voire âge et l'innocence de votre cœur ne me permettent pas de vous révéler tous les mystères dépêché, tous les pièges, tous les dangers, toutes les frivolités qui remplissent les journées d'une femme mondaine. Puisse ce que je vous en dis vous en donner assez d'horreur pour vous en éloigner toujours! Puissiezvous, contente de ce que vous connaissez de ses dangers, ne jamais sentir le désir d'ajouter à ce que vous savez déjà la science funeste que donne l'expérience 1 Puissiez-vous ne jamais oublier cete parole de l'apôtre saint Jean : IS'ai-
mez point le mmde, ni ce qui est dans Je monde ; car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie.