AU QUARTIER LATIN
— Ainsi, lu dis que ton père t'a envoyé deux cents francs ?
— Sur la poste.
— Et tu es content?
— Parbleu 1 d'autant plus, qu'avec ce qui me feslait, j'ai juste trente-cinq francs.
— Sais- tu une chose?
— Dis toujours.
— Ton père est ladre.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il t'a envoyé deux cenls francs.
— Ce n'est pas toujours une raison.
— Moi, quand mon père m'envoie de l'argent, c'est mille francs, — au moins.
— Et quand t'en envoie-t-il ?
— Jamais !
Qui ne connaît l'incommensurable mur rouge sur lequel Nadar a badigeonné sa carte, pour le plus grand effroi de la rue Saint-Lazare, et ce petit hôtel où il photographie Tunivers entier, — sans succursale ?
La semaine dernière , un de ces ennuyeux que le chemin de fer lâche dans les rues de Paris, à la profonde douleur des Parisiens, était descendu chez Nadar, et voulait, en échange, le ramener dans son département. Le projet souriait médiocrement à Nadar, disons même qu'il ne lui souriait pas du tout. Notre homme, — entêté comme un provincial, — vantait les beautés inédites de son village et les douceurs de la villégiature.
Nadar Tinterrompt.
— Laissez-moi donc tranquille avec votre verdure! Ici, du moins, je puis contempler des bois !
Il a vue sur un chantier.
PuisqueParis est en chasse,— parlons des chasseurs.
C'est d'abord ce monsieur qui a eu, pas plus tard qu*hier, l'idée la plus originale dont on se souvienne de mémoire de fusil : — il a commis une invention, brevetée sans garantie de Devisme.
Voici le fait :
Après une chasse malheureuse, comme presque toutes les chasses, le futur inventeur revenait mélancoliquement à son point de départ, suivi d'un chien mélancolique. Il avait usé sa poudre aux moineaux, — sans les tuer. Mais voilà qu*un lièvre dégringole devant lui, — le premier de .la journée ! Il s'empare de son fusil, il l'arme; désespoir] le fusil n'est pas chargé. Comment va-t-il faire î il ne lui reste plus rien. Tout à coup son pied heurte quelque chose; il le ramasse et l'introduit dans le canon, — il ajuste et tire.
miracle de la précision ! Il a fixé le lièvre à un arbre, — par l'oreille !
Ce quelque chose était un clou !
A un autre.
Dans cette scène comme dans l'autre, nous avons
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affaire à un lièvre, — ce lapin présomptueux, — et le héros est ce qu'on peut appeler un chasseur en cbanabre. Il n'aime pas à marcher; son chez lui a toutes ses préférences, et s'il chasse, c'est dans sa cour, ce qui est infiniment moins fatigant pour les jambes.
L'autre matin, il s'était levé en humeur sanguinaire ; il va à sa basse-cour et prend un lièvre. Après l'avoir pris, il l'attache, par une ficelle, à un tonneau, et se recule/ de cent pas environ pour juger de l'effet.
— La corde n*est pas assez longue, dit-il, ce serait un assassinat, car mon lièvre ne pourrait pas gigoter ; allongeons la corde I
Aussitôt dit, aussitôt fait. Il allonge et se met en position. Le lièvre s'agite et la corde le mène. Notre homme ajuste avec un sang- froid remarquable et lâche la détente. Les cieux en ont frémi 1
Ce n'est pas un coup nul, non! la corde a été tuée roide, — c'est-à-dire qu'elle a été coupée en deux par la balle, et que le lièvre, tout à coup délivré, a pris la clef des champs.
11 court toujours ! '
Ordre a été donné au garde champêtre de l'arrêter.
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