GEORGES, ANTONINE, LE BARON
Georges, entrant p«r la porte du fond. M. GeoFges Marsay I
Le Baron. QuelRoger-Bontemps!
ANTONINE* A vingt ans on jette son cœur et ses éclats de rire par les fenêtres I
Georges. Grand merci, madame la baronne, on n'aurait qu*àles ramasser I
Le Baron. Eh bien I Georges, que dit-on de bon dans votre monde, à Tortoni, au Bois, à TOpéraî
Georges. Franchement, monsieur le baron, je crois qu'on n'a jamais rien dit de bon dans ce monde-là.
Antonine. Vous le voyez ainsi à travers votre lorgnon.
Le Baron. Le siècle est sceptique, il est de son siècle.
Antonine. A propos, Georges, qu^avez-vous fait hier?
Georges. La demande est indiscrète, madame la baronne, et ma foi...
Le Baron. Nous sommes passés devant votre porte, sur les trois heures.
Georges. En effet, j'ai reçu votre carte de visite, madame la baronne^ ~ une rose.
Le Baron. Et la mienne aussi, n'est-ce pas? — avec une corne I
Georges. Elle m*a été également remise. — Âh! je m'en souviens maintenant, j'étais allé à Antony,— un petit jardin, tout oiseaux et tout fleurs,— cueillir «des rimes.
Antonine. Et des bouquets? — J'ai reçu le vôtre, monsieur le poète.
Le Baron. Un sonnet dechez madame Prévost, quelle galanterie 1
Georges. Je suis de mon siède, monsieur le baron.
Antonine. Il a embaumé toute une journée I
Le Baron. Moi, je n'ai rien senti.
Georges, à Antonme. Connaissez-vous le langage des fleurs, madame la baronne?
Antonine. Pas du tout. — Est-ce que les vôtres parlent?
Le Baron. Ah I voilà qui est inconcevable ! — Si vous le permettez, baronne, je vais vous donner une leçon?
Antonine. Vous?
Georges. Ah I monsieur le galantinl
Le Baron. Un souvenir! — je commence : —Aubépine, espérance ; — bluet, délicatesse ; — achillées, guerre; — héliotrope, amour passionné...
Antonine. Amour passionné! —Vous en êtes sûr? Le Baron. Parbleu ! — demandez plutôt à Georges? Georges, Ti^ement. Monsieur le baron a dit vrai.
Le Baron, après avotr regardé sa montre. TroiS heUrCS? —
je vous quitte, mon notaire m'attend pour l'acquisition de ce château de Fréval dont on nous a parlé, vous savez, baronne?
Georges, à part. Que doit-elle penser?
Antonine, de même. Amour passioDnél
Le Baron. Une terre superbe et pour rienl — Vous ne m'avez pas dit quelles étaient les fleurs du bouquet de Georges, baronne?
Antonine. Des — des achillées I
Le Baron, riant. Voilà bien les jeunes gensl ils feront toujours la^uerre — aux maris!
Antonine. C'est aujourd'hui mercredi, jour d'Opéra. Nous dînerons à six heures et demie, ne vous mettez pas en retard, baron.
Le Baron. Je ne fais qu'acheter et sortir.— Georges, continuez la leçon I (u sort.)