‹ Les histoires du Café de Paris--Chapitre 19 sur 26 · SCÈNE YI GEORGES, ANTONINE · texte numérisé non relu

SCÈNE YI GEORGES, ANTONINE

(Moment de sllenoe.)

ANTONINE. Que pensez-vous de monsieur le baron?

Georges. Moi?

Antonine. Oui.

Georges. Je pense qu'il sait parfaitement le langage des fleurs.

Antonine. Vraiment?

Georges. Et vous, madame la baronne?

Antonine. C'est mon mari.

Georges. Ah! si vous commencez par ses qualités 1

Antonine. Vous a-t-on déjà dit que vous ressembliez à Louis XV?

Georges. Le bien-aimé?

Antonine. Aimez- vous la musique?

Georges, mttniit. Oui» — sur les orgues.

Antonine. Oh! voilà deux singulières réponses.— Qu'avez- vous donc, Georges? — Cet air préoccupé, distrait; que cherchez- vous? — Votre chapeau?

Georges. Non, madame, je cherche une phrase.

Antonine, riMt. J'avais tort, tout à l'heure, enremar-

quant deux singulières réponses, voilà la troisième ! Seriez-Yous fou ? i

Georges. Oui, madame la baronne, — de vous !

Antonine. Est'Ce là la phrase que vous cherchiez?

GEORGES.Non,madame,c'estlaphrasequej*ai trouvée.

Antonine. Vous me permettrez alors de vous en laisser chercher une autre, — un peu moins cavalière.

(Elle se dirige vers la porte.)

Georges, i« retenant. Quoi, déjà partir, madame la baronne? — Déjà? — N'aurez- vous pas un peu de pitié pour moi? Vous si bonne, vous si belle ! —En regardant vos yeux, vos grands yeux bleus, madame la baronne, je trouve ces marguerites pâles et affligées, — les jalouses! — ces roses sont ternes ou du moins d'une couleur éteinte lorsque je les compare à la couleur de votre bouche mignonne. Vos diamants ont moins d'éclat que vos regards et vos dents sont plus blanches que les perles qui scintillent dans vos cheveux, vos longs cheveux noirs, Antonine!— Vous dirai-je que je vous aime? — Vous ne le croirez pas!— Etpourtantjelejure devant Dieu, — en est-il un pour les amoureux?— je vous jure que je donnerais ma vie entière pour vivre une heure à vos genoux et toutes les larmes de mon cœur pour voir sourire vos lèvres.

Antonine. U y a ùd courant d'air ici. — Ayez donc la bonté de voir si cette porte est bien fermée?

Georges. Ah I vous êtes sans pitié 1

Antonine. Voulez-vous donc que je m'enrhume?

Oeorgës. Si vous continuez sur ce ton, madame, je me tuerai I

Antonine. Ah I je vous en défie.

Georges. Vous raillez?

Antonine. Le ciel m'en préserve !

Georges. Voulez-vous que je me jette par cette fenêtre?

Antonine. Non, certes I en tombant vous pourriez blesser monsieur le baron qui va rentrer, et cela me compromettrait,

Georges. Vous ne m'aimez donc pas?

Ant:nine. Vous m'aimez donc?

Georges. Ce n'est pas ujie réponse.

Antonine. Je ne puis vous en faire d'autre. Adieu, Georges. Nous nous reverrons quand vous serez moins amoureux.

Georges. Jamais alors I

Antonine. A bientôt.

Georges. Madame, un mot encore...

(Antonine inncUne et sort en rliint.)

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