SCÈNE YIII
BLANCHEETE, GEORGES.
(Blanehalte sort de la porte qui ae trouvé à droite.)
Blànghbtte, à la cantonade. Oui, madame la baronne.
(En scène.) Que Va dire ce pauvre Pierre I (EUesemetàplenter.) Georges, Papercevant au moment où 11 va Mirtir. Ah 1 C'est tOi»
Blanchette. — Tu pleures?
Blanghette. Il y a de quoil
Georges. Il y a toujours de quoi 1 -^ Cela me fait plaisir de te voir ainsi trempée de larmes 1 — Si tu pleures, c'est que tu es malheureuse, toi aussi I — Adieu, Blanchette. — (Faoase sortie.) Ah 1 — tu diras à madame la baronne, que je la remercie de la place qu'elle avait bien voulu m'offrir pour ce soir, dans sa loge, mais qu'il me sera impossible d'en profiter» ^ que je pars.
Blanghette. Votre commission se trouve toute faite. Madame ne va pas à l'Opéra.
Georges. Tant mieux.
Blanghette. Elle a la migraine !
Georges. Tant mieux. — NonI — tu dis qu'elle a la migraine?
LK8 PETITS BIETfPAITS DE MADAME 307
Blanghette. Oui, c'est le nom que l'on donne à la maladie des grandes dames qui se portent bien.
Georges. Et c'est pour cela que tu pleures T Tu tiens donc bien au spectacle?
Blanghette. Vous riez toujours I —Mais si vous saviez combien je Taimel
Georges. Madame la baronne?
Blanghette. Pierre, le valet de chambre de monsieur, qui devait me conduire ce soir au bal.
Georges. Une jeune filie qui va au bal avec un jeune homme I Que dira la morale, — et le concierge?
Blanghette. Il est presque mon mari.
Georges. Presque I
Blanghette. Et il m'épousera dès qu'il aura recules papiers que sa mère doit lui envoyer. Il m*épousera à la mairie, en dépit des mauvaises langues qui prétendent qu'il ne m'aime que pour— le mauvais motif I
Georges. Les mauvaises langues!
Blanghette. Je lui devais bien ce dédommagement, après la peine que je lui avais faite Georges. Ahl nous avions fait de la peine à Pierre? Blanghette. Sans le vouloir, monsieur Georges I Georges* Tu n'en avais que plus de mérite, — va toujours!
Blanghette. Un soir que je travaillais [dans ma chambre, madame était sortie, Pierre Tint me demander du feu pour allumer sa bougie. Ce n'était qu'un prétexte, mais je fis semblant de ne pas voir qu'il la tenait tout allumée à la main. Je lui offre une chaise et nous nous mettons à causer. A sa mine embarrassée, je vis bien qu'il avait des choses ^ très-graves — à me dire; mais je voulais prolonger son embarras qui m'amusait. Quoique camériste, on est femme...
Georges. Dis jolie femme, dans l'intérêt de la vérité.
Blanghette. Et les femmes se plaisent à tourmenter ceux qu'elles aiment I
Georges. Voyez- vous celaT
Blanghette. Enfin, il finit par m'avouer qu'il m'aimait. Je me mis à rire aux éclats I II me^supplia de. lui répondre, par un mot, par un regard ; je riais toujours 1 Le pauvre garçon sortit en jurant qu'il allait se tuer.
Georges. Tu ne Tas pas cru, j'espère?
Blanghette. Le lendemain, il voulut partir, et il vint me faire ses adieux. — Je souffrais plus que lui, moi qui ne partais pas 1 — Un mot suffit à notre réconciliation, et nous devions la fêter ce soir.
Georges. Pourquoi toutes les comédies n'ont-elles pas le même dénoûment?
Blanghette. Et c'est précisément ce jour-là que madamela baronne choisit pour ayoir la migraine? — Dieu, que les maîtres sont tyrans !
Georges. Veux-tu que nous fassions des barricades?
Blanghette. D'autant plus que cette indisposition n'est pas du tout naturelle. Madame était si bien portante en se levant! ^ Elle a été vivement contrariée, c'est certain; mais par qui?
Georges. Oui, par qui? — Cherchons bien.
Blanghette. Ah 1 j'y pense. — Si c'était par vous?
Georges. Quelle idée I — Tu n'es pas longue à faire tes trouvailles, au moins!
Blanghette. Mais oui, je me souviens! — En rentrant tout à l'heure, elle a prononcé votre nom.
Georges. Mademoiselle Blanchette ! —Elle a prononcé mon nom?
Blanghette. Ah ! c'est bien mal à vous de faire ainsi de la peine à madame, de l'empêcher d'aller à l'Opéra, — c'est bien mal!
Georges. Encore!
Blanghette. C'est d'autant plus mal que vous Taimez...
Georges. Non, je ne l'aime pas! — Je me le disais il li'y a qu'un instant!
Blanchettb. c<muii|i«it. Et qu'cIIc VOUS almel •— Ah! ne faites pas le courroucé I Est-ce qu'une maîtresse a des secrets pour sa femme de chambre T — Vous allez me traiter de sotte, soit; la sotte peut ne pas comprendre ce qu'on lui dit, mais elle devine ce qu'on lui cache. Elle tous aime, j'en suis sûre. ---Ah ! mon Dieu ! je suis bien bonne, vraiment, de chercher à vous prouver une chose que vous savez mieux que moi!
Georges. Par exemple I je t'assure...
Blanghbtte. L'autre soir encore, elle devait aller au bal avec vous, et lechoii de sa toilette l'embarrassait. — Monsieur Georges, hasardai-je timidement, aime beau* coup votre robe bleue. — Madame me renvoya en disant qu'elle n'avait pas besoin de connaître les préférences de M. Georges.
Georges. Tu vois bien?
Blanghette. Oui, mais quelques instants après elle avait mis sa robe bleue I
Georges. Qu'est-ce que cela prouveT parce que le bleu lui va bien, tu crois que je lui vais!
Blanghette. Mettons que je me suis trompée.
Georges. Je ne dis pas celai
Blanghette. En effet, madame la baronne trouvait hier, après votre départ, que vous manquiez d'esprit.
Georges* Moi?
Blanghette. Que vous n'étiez pas galant.
Georges. C'est trop fort!
Blanghette. Que M. de Rainne était plus dmable, plus spirituel.
Georges. Un sot 1
Blanghette. Et j'ai entendu parier à M. de Rainne qu'il vous avait supplanté 1
Georges. Lui? — Nous verrons I
Blanghette. Mais puisque vous n'aimez pas madame la baronne?
Georges. C'est vrai.
Blanghette. Et qu'elle ne vous aime pasi
Georges. Qui te Ta dit?
Blanghette. Vous-même.
Georges. Mais cette robe bleue?
Blanghette. Qu'est-ce que cela prouve?
Georges. Ahl Blanchette, vous.ètes un démon f
Blanghette. Enfin I ce n'est vraiment pas malheureux 1 — Mais alors pourquoi cette migraine? — Ah I je le devine, vous avez été comme Pierre et madame la baronne...
Georges. Comme Blanchette I
Blanghette. Hélas 1
Georges. Oui, — hélas ! — mais tu me fais oublier que je vais manquer le chemin de fer.
(Il va vers la porte da fond.)
Blanghette, pleurant. Plus de bal !
Georges, àiai-méme. Les femmes se plaisent à tourmenter ceux qu'elles aiment, — c'est une femme qui l'aditl
Blanghette. Je ne m'en consolerai jamais I
(Elle 8*essuie les yeux.)
Georges, rerenant. Eh bieni oui, je l'aime! eh bieni non, je ne pars pas!
Blanghette. Qu'allez-yous faire?
Georges. Je n'en sais rien, mais je reste, mais je vais la revoir, Timplorer pour la dernière fois, et...
Blanghette. Ne vous arrêtez donc pas?
Georges. Et— mademoiselIeBlanchette, allez annoncer à monsieur Pierre que vous irez ce soir au bal avec lui.
Blanghette. Vrai?
Georges. Vrai 1 Je ne suis qu'un faible jeune homme, mais...
Blanghette. J^entends madame la baronne!
Georges. Déjà?
Blanghette. N'oubliez pas ce que vous m'avez proinîs,— et du courage!
Georges. Ten aurai, — puisque tu aimes tant la danse!