‹ Les histoires du Café de Paris--Chapitre 4 sur 26 · SUR LE BOULEVARD · texte numérisé non relu

SUR LE BOULEVARD

— Tu connais X... ?

— Oui, — il me tutoie.

— Qu'est-ce que tu en penses ?

— Je té le dirai un autre jour.

— Pourquoi î

— Mes souliers me gênent.

— Il écrit beaucoup ?

— Ça l'occupe.

«- Les uns sifflent ses pièces, les autres éreintent j ses livres, — tout le monde lui prête de l'esprit.

— Oui, — mais il ne le rend jamais !

Le docteur A... est, sans contredit, le plus spirituel

D. M. F. P. — Parmi sa clientèle, très-nombreuse du reste, il compte la gracieuse madame deL..., qu'il a soignée jeune fille et qu'il aime comme sa propre enfant. Madame de L... est souvent indisposée. Ce ne sont que névralgies» spasmes et maux de nerfs. Pour les calmer, il faut que le docteur A... soit là; elle mourra si le docteur s'absente; le docteur for ever ! Mais chaque fois que le docteur arrive, madame de L... ne manque jamais de lui dire :

— Comme vous tardez ! si je suis malade, c'est de votre faute !

L'autre matin, elle le mande en toute hâte. Madame est dans une position — intéressante. Le docteur se présente, et madame de L... qui Ta aperçu court à sa rencontre.

— Ah ! docteur, fait la jolie malade, comme je souffre !

— Avouez, madame, répondit-il en souriant, que, cette fois, ce n'est pas de ma faute I

Avez- vous besoin d'une bonne? Lisez alors ce certificat, — que je certifie conforme :

« La nommée Sophie Peltre, qui a été à mon service depuis le 20 mars jusqu'au 19 avril, peut avec raison s'annoncer comme une bonne femme de ménage; sachant faire la cuisine, bonne couturière, artiste pour la confection des bas et des chaussettes; sachant amidonner un col de chemise, ni trop dur, ni trop mou; faisant un lit dans la perfection, balayant, époussetant avec soin, et surtout point bavarde.

» Je certifie, en outre, que je n'ai qu'à me louer de sa probité.

» Nancy, le 19 avril 1858.

» Signé : Ledaim. »

Après un certificat aussi complet et aussi avantageux pour la nommée Sophie Peltre, on ne comprend pas comment elle a pu être congédiée. — Vous êtes vraiment trop exigeant, monsieur Ledaim, et vous devriez savoir qu'un m^tre qui tient à ses serviteurs doit être comme le col de chemise amidonné.

Maintenant, je demande à voir le certificat que mademoiselle Sophie Peltre a délivré à M. Ledaim !

HISTOIRES d'hier 445

On me cile ce trait de la jeunesse de H. Arvers, un vaudevilliste qui est mort trop jeun^

Il était en rhétorique; un jour, le professeur donne, comme sujet de narration française, l'éloge de la . paresse, ce qui était pour Arvers une étude à faire d'après nature. Les rhéloriciens se mettent à l'ouvrage; on travaille silencieusement, et la semaine ne s'écoule pas sans que chacun d*eux ait noirci un volumineux cahier de papier blanc. Quand il s'agit de paresse, on ne saurait être trop consciencieux.

Le grand jour arrive ; les devoirs sont rassemblés et le professeur va prononcerson jugement. — Un seul manque, — ai-je besoin de dire que c'est celui d' Arvers?

— Monsieur, fait le professeur, vous ne m'avez rien remis ! ^

— Voilà, monsieur, répond Técolier.

Et, quittant sa place, il dépose un énorme rouleau sur la table du juge; puis il va rejoindre son banc.

Le professeur ouvre le rouleau ; il l'examine, il le feuillette, il le tourne et le retourne en tous sens : -^ partout et toujours du papier blanc

Furieux, le voilà qui interpelle Arvers.

— Est-ce que vous vous êtes moqué de moi ? criet-il.

— Non, monsieur, répond tranquillement Arvers, mais il m'a semblé que le plus grand éloge qu'on pût faire de la paresse, — c'était de ne rien faire.

Un journaliste parisien avait perdu sa cause devant un tribunal qui désire garder l'anonyme. Cette perte tenait à deux raisons : la cause était mauvaise et l'avocat ne valait pas mieux que la cause. Quoi qu41 en soit, Tavocat ne tarda pas à se consoler et, après quelques jours laissés par lui à son client, il envoyait sa note de frais. Heureux avocats 1 pour gagner de l'argent, — ils n'ont qu'à parler I

Notre journaliste, qui ne cessait pas d'être furieux depuis la fâcheuse issue de son procès, examina cette note, ce qui ne diminua pas sa colère, mais le fit songer à diminuer son avocat. Plein de cette bonne intention, il se rend au Palais.

— Maître X. . .? demande-t-il.

— Il est rentré chez lui, répond un passant de la salle des Pas-Perdus.

Notre journaliste se rend au domicile de M* X...

— Maître X...T fait-il.

— Il est au Palais, répond la bonne.

Pendant trois jours, mêmes courses, mêmes réponses. Chez lui, on disait que M* X... était au Palais ; — au Palais, on disait qu*il était chez lui. La vérité vraie, c'est que M«X... avait entendu parler des projets de réduction de son client, et qu'il ne voulait le voir, — à aucun prix.

Notre journaliste ne se décourage pas; un matin, à Timproviste, il tombe dans Tantichambre de M* X...

— Maître X-..? demande-t-il.

— Il est au...

— Oui, au Palais I interrompit-il, je la connais ! Votre maître est chez lui, je veux le voir.

— Mais, cependant...

— Tenez, remettez-lui ma carie I

Et, sans laisser à la bonne le temps de répondre, il la pousse vers le cabinet de M' X. Une minute après, le journaliste était introduit.

II avait ajouté sur sa carte, au-dessous de son nom :

M. avec sa canne!

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