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pu davantage remplir sa mission auprès de la Commission municipale. Au reste les membres modérés de celle-ci n'étaient guère mieux traités : le général Lobau ayant refusé de signer une proclamation rédigée par un élève de TEcole polytechnique, celui-ci s'écria : « c'est donc un traître, eh bien, je vais le faire fusiller! » et comme on lui ob)ectait qu'il s'agissait d'un membre de la Commission municipale, il montra de la fenêtre un groupe d'hommes armés qu'il avaitr commandés pendant l'insurrection et ajouta : « je leur ordonnerais de fusiller le bon Dieu, qu'ils le feraient! n D'autres énergumènes ayant formé le projet de massacrer le duc de Mortemart, peu s'en fallut qu'ils n'exécutassent leur dessein sanguinaire. Dans leur frénésie^ ils imaginèrent encore d'arrêter le jeune duc de Chartres, fils aîné du duc d'Orléans, afin de se servir de lui comme d'un otage, et Lafayette avait dû lutter contre ses terribles amis, pour obtenir qu'on le remît en liberté. Les membres raisonnables de la Commisson municipale se trouvaient débordés; les autres étaient les complices à peine déguisés de ces révolutionnaires auxquels, Louis Blanc l'avoue, tout manquait : science politique, connaissœice des affaires, position^ réputation^ fortune. Peu s'en fallut que Texécrable loi des suspects ne fût exhumée et ne reçût une sanglante application; peu s'en fallut que ces plagiaires insensés ne réussissent à faire revivre les hideuses traditions de la Commune de Paris et du club des Jacobins. En présence de ces excès on se rappelle un mot de Lamartine que le grand poëte devait luimême oublier dans un jour d'aberration : f Pour prendre la responsabilité d'une révolution, il faut être un fou, un scélérat ou un Dieu, p Et c'est sans doute a la vue de pareilles saturnales qu'un conservateur a écrit : « j*aime
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mieux en appeler à Philippe ivre qu'au peupleàjeua, car la révol uUon a pris soin de justifier tout ce qui a été médité ou tenté contre elle. »
Le général Lafayette ne partageait plus sans doute les déplorables illusions qui en 1820, l'avaient conduit à constpirer contre la royauté, et dans les premiers jours de la révolution de Juillet, il avait fait preuve d'une grande défiance à l'égard du peuple dont le succès lui paraissait presque impossible. Mais les souvenirs de la Déclaration des droits de l'homme et de la Constitution de 1791 venaient le hanter comme un mauvais rêve, el il prêtait l'oreille aux fanatiques qui, croyant avoir découvert la pierre philosophale de la république, caressaient sa chimère favorite d'un appel à la nation consultée dans les assemblées primaires. Comme le lui avait dit autrefois M. de Serre dans une foudroyante allusion au rôle qu'il avait joué en 1789, ces temps auraient dû lut laisser de douloureuses expériences et d'utiles souvenirs; il a dû, ajouta le grand orateur, « éprouver plusieurs fois, il a dû sentir, la mort dans l'âme et la rougeur au front, qu'après avoir ébranlé les masses populaires, non-seulemenl on ne peut pas toujours les arrêter quand elles courent au crime, mais qu'on est souvent forcé de les 3uivre,quelqueroi9delesconduire.n M. Pasquier l'appelait Epiménide, lui demandant où il avait dormi trente ans, et l'engageant à se tenir en garde contre les indiscrétions du réveil. Grand seigneur libéral, chevaleresque et généreux comme un preux du moyen âge, il comptait mainte page héroïque dans son existence; mais, par ses affinités révolutionnaires, par ses compromissions avec l'anarchie, et ses légéreles, il avait, avec les meilleures intentions du monde, fait un mal infini à la cause qu'il prétendait servir. Il était l'nventeur patenté de la garde
nationale, et les émeutes n'avaient jamais troavé qa'on censeur à Teau de rose dans celui qui avait proclamé qu'en certains cas l'insurrection est le plus saint des devoirs. Cette constitution métaphysique et abstraite de 1791, qui avait désarmé l'exécutif, organisé Tanajchie et laissé au roi une ombre de pouvoir, demeurait son idéal, et il se tournait vers elle comme le marin vers l'étoile polaire qui le guide au milieu de la tempête. Ses amis d'Amérique eux mêmes, Washington entre autres, avaient su juger le héros des Deux-Mondes, le nouvel Argonaute de la liberté^ et le considéraient comme un utopiste trop libéral pour son pays. Son système politique pouvait se résumer ainsi : lésiner avec le pouvoir, le rapetisser, l>amoindrir indéfmiment ; ne rien refuser à la liberté qui sert trop souvent de passe-port à la licence. Son cœur débordait, comme on l'a dit, dans son cerveau, et l'imagination, la folle du logis, le possédait tout entier. Il aimait ù causer politique avec la foule : il aurait volontiers recommencé 1789 dont il avait été la dupe, comme il avait failli être victime des jacobins, et dans son incorrigible candeur, dans sa confiance séculaire, ce vieux récidiviste, ce rêveur idéologue se montrait toujours ivre de popularité, toujours amoureux de la délicieuse sensation du sourirede lamultitudc. Cette foisil eutl'honneur de comprendre que Ton ne pouvait acclimater en France les mœurs et les institutions des États-Unis, que la proclamation de la république serait le signal de la guerre civile, et d'une nouvelle Terreur; il se résigna et renonça d'assez bonne grâce à?son interrègne, espérant au fond de l'âme fonder une monarchie républicaine, être le maire de palais du^duc d'Orléans, demeurer une sorte de Polignac populaire et de Lord Protecteur, garder l'altitude d'un citoyen-roi en face d'un roi-citoyen.
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Leduc d'Orléans n'avait qu'une confiance {médiocre dans les lumières el la sagacité de Laffitte ; mais d'autres démarches avaient été faites auprès de lui, et le prince de Talleyrand venait de lui envoyer conseiller de prendra en mains la cliose publique. Fort d'un tel avis, il arriva à pied le 30 juillet vers onze heures du soir et fît aussitôt mander le duc de Mortemart upoiir le service du roi. » Le premier ministre se rendit à son invitation ; le prince lui demanda s'il avait des pouvoirs suffisants pour le reconnaître en qualité de lieutenant général, prolesta avec chaleur de sa ndélité pour la branche aînée, affirma qu'il ne venait à Paris que pour sauver les débris de la monarchie, el préserver la Francedelarepublique.il remit pour le roi une lettre au duc qui l'emporta dans un pli de sa cravate; cette lettre Fut plus tard redemandée et rendue cachetée ; personne n'en a jamais pris connaissance, el la mauvaise foi des partis a brodé à ce sujet les versions les plus fantaisistes et les plus fausses. La vérité est que le prince, n'ayant vu personne, ignorait l'état des esprits, croyait un rapprochement possible entre Charles X et les Parisiens, le désirait, et qu'il se serait bien gardé d'appeler le duc de Mortemart s'il avait dès l'abord résolu de s'emparer de la couronne.
Lorsque le 31 juillet, à huit heures du malin, la commission des députés vint lui présenter le message de la Chambre, il hésitait toujours et répondit; u J'ai avec Charles X des liens de famille qui m'imposent des devoirs personnels d'une nature étroite; j'ai besoin de réfléchir mûrement avant de briser de tels liens; le danger d'ailleurs n'est pas imminent; j'ai des renseignements sur Saint-Cloud qui me prouvent qu'on ne songe pas à y reprendre les hostilités, n Les députés lui représentèrent que la cour de Saînt-Ctoud n'était pas à craindre, mais
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bien la révolution dont ils lui dépeignirent les progprès et Taudace toujours croissante. Le prince se rendit à ces raisons péremp toires : aidé du général Sébastiani et de Dupin, il rédigea la proclamation suivante : «Habitants de Paris, les députés de la France, en ce moment réunis à Paris , ont exprimé le désir que je me rendisse dans la capitale pour y exercer les fonctions de lieutenant général du royaume. Je n'ai pas balancé à venir partager vos dangers, à me placer au milieu de cette héroïque population, et à faire tous mes efforts pour vous préserver de la guerre civile et de Tanarchie. En entrant dans la ville de Paris, je portais avec orgueil ces couleurs glorieuses que vous avez reprises et que j'avais moi-même longtemps portées. Les Chambres vont se réunir ; elles aviseront aux moyens d'assurer le règne des lois, et le maintien des droits de la nation. La Charte sera désormais une vérité. »
Cette proclamation fut accueillie avec enthousiasme par les députés réunis au Palais-Bourbon, qui, de leur côté, votèrent une déclaralion au peuple français, où ils stipulaient des garanties en faveur des libertés publiques: on y acclamait non plus un lieutenant général, mais un roi; il s'y trouvait en effet cette phrase significative: il respectera nos droits, car il tiendra de nous les siens. » Un instant après, on les avertit que le prince a résolu d'aller à l'Hôtel de Ville et que Lafayette se prépare à le recevoir; ils arrêtent de l'accompagner et se rendent en corps à deux heures au Palais-Royal ou ils lisent au duc d'Orléans le manifeste qui pose les jalons de la royauté future. La Chambre des députés offre à celui-ci une couronne; il sent à merveille qu'il faut un grand acte de courage pour s'en saisir, que le nœud gordien de la difficulté est à l'Hôtel de Ville, qu'il frappera le peuple>
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amateur de spectacles et d'imprévu, qu'il doit monter à cheval pour conquérir cette nouvelleToison d'or , pour recevoir une investiture définitive. On sait que certains fanatiques méditent un coup terrible, qu'ils sont capables de ne pas reculer devant un assassinat: on se met néanmoins en route, et l'on arrive péniblement, à travers les barricades, à travers une roule tout d'abord enthousiaste, et dont les sentiments se refroidissent à mesure qu'on approche du palais. Messieurs, dit le prince aux prétoriens de la révolution en montant l'escalier, c'est unancien garde national qui \ient rendre visite à son ancien général. Celui-cile reçoit avec cordialité, M. Viennetdonne lecture de la proclamation de la Chambre, le prince prononce quelques paroles où il exprime sa ferme résolution de se dévouer au bonheur do la France. Alors Lafayetle tend la main au lieutenant général, lui présente un drapeau tricolore, se montre avec lui h. l'une des fenêtres donnant sur la place de Grève et l'embrasse avec effusion. A cette apparition qui symbolise l'union des couleurs nationales, de la monarchie, de ta liberté, et qui opère comme un talisman magique, un frisson électrique parcourt ce peuple qui une minute auparavant se montrait presque hostile : un revirement subit se produit, une immense acclamation retentit, les cris de : Vive le duc d'Orléans, vive Lufuyette ! éclatent de toutes parts. La république vaincue, abdique, et le prince sort de l'Hôtel de Ville, roi défait, consacré parla révolution.
Lafayette avait été le pontife de ce sacre populaire, et cette visite fut, comme on l'a très-bien dit, le voyage de Reims de la monarchie de 1830. On fit plus tard beaucoup de bruit au sujet d'un prétendu programme, dit de l'Hûlel de Ville, que le duc d'Orléans aurait souscrit pendant cette entrevue. Rien de plus faux et de plus inexact :
Les révolutionnaires qui entouraient le vieux généra], ayant été froissés de la désinvolture avec laquelle le patriarche de la liberté paraissait abandonner ses principes, il leur promit de réparer cet oubli. Il alla au Palais-Royal le 1" août, et s'expliqua avec le lieutenant général de la manière suivante : « Vous savez, lui dit-il, que je suis républicain, et que je regarde la constitution des États-Unis comme la plus parfaite qui ait existé? — Je pense comme vous, répondit le duc, il est impossible d*avoir passé deux ans en Amérique et de n^être pas de cet avis ; mais, croyez-vous, dans la situation de la France, et d'après Topinion de la France, qu'il nous convienne de l'adopter? — Non, repartit M. de Lafayette, cequll faut aujourd'hui au peuple français, c'est un trône populaire entouré d'institutions républicaines, tout à fait républicaines. — C'est bien ainsi que je l'entends, reprit le prince. » Il n'en a pas fallu davantage pour que l'on accusât Louis-Philippe d'avoir manqué à tous ses serments, comme siM.de Lafayette, délégué de quelques démagogues obscurs, avait pu stipuler au nom de la Franco entière, à l'aide d'une phrase vague et sans portée, comme si l'on devait compter pour rien l'opinion des Chambres, de tout le pays, comme si ces mots de monarchie républicaine ne juraient pas de se trouver accouplés ensemble. N'était-ce pas là un non-sens, un problème plus difficile à résoudre que celui de la quadrature du cercle? De quelle république fallait-il emprunter les institutions? Ily a eu un nombre infini de républiques : toutes ont varié par la forme et par le fond. Voulait-on imiter celles de Sparte, de Rome, ou de l'aristocratique Athènes? Irait-on, comme cet énergumène de 1793, admirateur ignorant de l'antiquité, demander à consulter les lois du légendaire Minos? S'agissait-il des
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institutions des républiques italiennes du moyen tige, qui conduisirent celles-ci à l'anarchie, à la ruine, ou bien de la constitution de Venise, aussi despotique, aussi absolue que celle de l'Empire ottoman. S'adresserait-oti aux Suisses, aux Américains? « Il n'est permis qu'aux utopistes de prétendre organiser un gouvernement viable en soudant un roi au sommet d'une république; comme il n'est permis qu'à la Fabie de créer des êtres hybrides en greffant le buste d'une femme sur la queue d'un poisson, ou la tèlo d'un bœuf sur le corps d'un chien. En politique comme en zoologie, de tels rapprochements ne produisent que des monstres, w A l'appui de cette ingénieuse comparaison, M. de Nouvion aurait pu montrer l'exemple de la Pologne qui avait eu une monarchie entourée d'institutions républicaines : on sait ce qu'il est advenu de ce noble et infortuné pays.
Pendant toute ta journée du 30, Charles X avait, au milieu des angoisses et des préoccupations les plus vives, attendu des nouvelles du duc de Mortemart. Ce dernier lui avait adressé quatre messagers dont aucun n'avait pu parvenir à Saint-Cloud; le duc de Raguse reprenait le projet de M. de Ciuernon-lianville,et conseillait au roi de chercher un appui dans ses fidèles populations de la Vendée, Les régiments de l'armée royale, mal nourris, découragés, ébranlés par leur défaite, commençaient à déserter; on apprenait que de tous côtés les populations se soulevaient, que les gardes nationales se reformaient et s'apprêtaient à marcher au secours de Paris. La division éclatait parmi les plus hauts serviteurs de la monarchie : le maréchal Marmont, ayant voulu combattre les funestes dispositions de la troupe, rédigea un ordre du jour où il annonçait le retrait des Ordonnances et la mission du duc de Mortemart; le Dauphin, auquel cet
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ordre du jour ne fut point soumis, et qui était animé des dispositions les plus belliqueuses^ entra en fureur, crut que le maréchal trahissaiti eut avec lui une altercation des plus violentes après laquelle il le fit mettre aux arrêts. Cet acte de démence produisit une impression pénible sur laCour et la garde royale, eut pour effet de perdre le Dauphin dans Tesprit de tous les hommes de bon sens, et le roi ne parvint qu'à grand'peine à réconcilier ces deux personnages. Le découragement saisissait Charles X, naguère si confiant, si sûr de son bon droit; rincertitude, peut-être aussi le repentir,, envahissaient son âme ; àPexaltation des premiers jours succédaient une résignation passive, un morne abattement; il ne savait plus rien résoudre, devenait incapable de toute résolution vigoureuse : lorsqu'au milieu de la nuit, on annonça qu'un groupe d'insurgés marchaitsur Saint-Cloud, une panique générale s'empara des esprits, et Ton décida sans difficulté le vieux roi à gagner Trianon; c'était la première étape vers l'exil. Le Dauphin l'y rejoignit le 31 avec l'armée ; celle-ci manifestait des dispositions équivoques, hostiles môme; son chef n'avait pu empêcher une partie de l'infanterie de passer à l'ennemi, et le souvenir de cette scène où il avait déployé un courage digne d'un Bourbon, l'avait à son tour accablé ; la retraite sur Rambouillet fut résolue, le roi se sépara à Trianon de M. de Polignac et de ses collègues.
A Rambouillet, Charles X eut la, joie, de revoir le 1" août, Madame la Dauphine qui était à Vichy au moment de la publication des Ordonnances, et qui avait couru des dangers sérieux pour rejoindre sa royale famille. Elle fit connaître l'état des choses, le mouvement des populations, l'effondrement complet du parti, des autorités royalistes. C'est là que Charles X apprit
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r^vatioD du duc d'Orléans par la Chambre au titre de lieutenant géaéral du royaume et son succès à l'Hùlel de Ville. Afin de sauver les apparences, et de conserver encore un semblant de royauté, il le nomma de son côté lieutenant général en son nom. Mais le duc d'ON léans avait pris son parti; il écrivit une lettre respectueuse et ferme dans laquelle il établissait, qu'ayant accepté la première délégation de la Chambre des députés, il se voyait contraint de décliner celle du roi. Celui-ci courba la tête: reconnaissant qu'il ne pouvait plus être question de lui-même, voulant au moins préserver les droits de sa dynastie, espérant que les rancunes, implacables contre l'aïeul, désarmeraient devant le berceau d'un enfant, il abdiqua au nom du duc de Bordeaux. Cet acte signé par le roi et le Dauphin, notifié au duc d'Orléans sous la forme d'une simple lettre, était ainsi conçu : «Je suis trop profondément peiné des maux qui afnigent et pourraient menacer mes peuples pour n'avoir pas cherché un moyen de les prévenir. J'ai donc pris la résolution d'abdiquer la couronne en faveur de mon petit-fils, le duc de Bordeaux. Le Dauphin, qui partage mes sentiments, renonce aussi à ses droits en faveur de son neveu. Vous aurez, en votre qualité de lieutenant général du royaume, à faire proclamer l'avènement de Henri V à la couronne. Vous prendrez d'ailleurs toutes les mesures qui vous concernent pour régler les formes du gouvernement pendant la minorité du nouveau roi. Ici je me borne à faire connaître ces dispositions ; c'est un moyen d'éviter encore bien des maux. Vous communiquerez mes intentions au Corps diplomatique et vous t IDG ferez connaître le plus tôt possible la proclamation Lj^r laquelle mon petit-fils sera reconnu roi sous le nom de Ifienrî V. Je charge le comte de Latour-Foissac de vou»
remettre cette lettre. II a ordre de s'entendre avec vous pour les arrangements à prendre en faveur des personnes qui m'ont accompagné, ainsi que les arrangements pour ce qui me concerne et le reste de ma famille. Nous régie- Irons ensuite lesautres mesures qui seront la conséquence du changement de règne. Je vous renouvelle, mon cousin, l'assurance des sentiments avec lesquels je suis votre affectionné cousin : Charles- Louis-Antoine. » Après avoir pris l'avis de son conseil, le duc d'Orléans se borna à répondre que l'acte d'abdication serait communiqué aux Chambres et déposé aux archives de la pairie ; il voyait beaucoup d'inconvénients à accepter une situation aussi indécise qu'une régence et il aurait dit à ce sujet : Henri V n'aurait qu'à avoir une douleur d'entrailles, je passerais en Europe pour un empoisonneur. »
Les journées du 1" et du 2 août avaient été utilement employées par le lieutenant général du royaume; la commission municipale, ayant cru pouvoir, avant de se retirer, nommer des ministres avec le titre de commissaires provisoires, le prince avait complété, modifié quelques-uns de ses choix, en appelant au département de la justice M. Dupont de TEure, à la guerre le général Gérard, à Tintérieur M. Guizot, aux finances le baron Louis, à l'instruction publique M. Bignon, aux aflaires étrangères le maréchal Jourdan. MM. Laffitte, Casimir Périer, Dupin, le duc de Broglie étaient ministres sans portefeuille, et faisaient partie du Conseil; le baron Pasquier fut nommé président de la Chambre des pairs, Lafayette confirmé dans le commandement des gardes nationales, les membres de la Commission municipale priés de conserver provisoirement ceux de leurs pouvoirs qui se rapportaient à l'état intérieur, à la sûreté et aux intérêts municipaux de la ville de Paris, M. de Laborde
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maintenu à la préfecture de la Seine, M. Girod de l'Ain choisi pour lupréfecture de poHee. On réorganisa d'autres services ; des ordonnances furent rendues portant que la Nation française reprenait la cocarde tricolore, fixant au 3 août l'ouverture des Chambres, annulant les condamnations encourues pour délits de presse et pour délits politiques.
Mais une grave préoccupation s'imposait au lieutenant général et à ses conseillers; la présence de Charles X à Rambouillet avec une armée de dix mille hommes et une nombreuse artillerie, était comme une épée de Damoclès suspendue sur Paris; on craignait un retour offensif; on avait entendu parler de l'idée héroïque de la duchesse de Berry de venir confier son fils à la générosité du peuple parisien. D'autre part les populations rurales témoignaient des dispositions les plus hostiles à l'égard de la famille royale; plusieurs régiments de l'armée de Charles X avaient déserté le 2 août; un conflit pouvait éclater d'un moment à l'autre, le peuple de Paris, qui bouillonnait encore comme le A'ésuve au lendemain d'une éruption, ne désarmerait pas et ne démolirait pas les barricades tant qu'il se sentirait menacé par l'ennemi. On résolut d'envoyer des commissaires au roi, afin de lui persuader de s'éloigner, de l'accompagner, de lui servir de sauvegarde, et le prince désigna le maréchal Maison, avec MM. de Shonen, Jacqueminot et l'Jilon Barrot. Charles X refusa de les recevoir et les commissaires repartirent pour rendre compte au duc d'Orléans de leur insuccès. .\rrivés à Paris vers quatre heures du malin, ils informèrent le lieutenant général qui réunit d'urgence son conseil, avec le général Lafayette : d'un commun accord, on arrêta de faire une démonstration armée sur Rambouillet et l'ordre fut donné de faire
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prendre les armes à six mille gardes nationaux. Mais déjà les Parisiens ont pressenti et devancé le projet; h bruit a couru que les commissaires ont été égorgés aux avant-postes. Les cris de : à Rambouillet, à Rambouillet! retentissent d'un bout à Tautre de Paris; chacun s'arme comme il le peut, les uns de fusils, les autres de pelles, de bêches, même de broches de cuisine. C'est un pêlemêle, une cohue, un tohu-bohu indescriptibles, où tous les rangs^ tous les Ages, tous les costumes se rencontrent et se confondent; on met en réquisition tous les véhicules^ fiacres, charrettes, diligences. On partait avec cet enthousiasme naïf, cette ferveur absolue qui caractérisaient les chrétiens de la première croisade, alors que pèlerins, femmes et enfants s'acheminaient vers Jérusalem ; cette foule diaprée, multicolore et confuse, ressemblait à ces processions grotesques et carnavalesques par lesquelles les villes du Nord, celles de la Belgique fêtent encore des anniversaires locaux. Le général Pajol et le colonel Jacqueminot se mettent à la tête de celte armée prodipieuse et invraisemblable, pleine de ce courage, de celle gaieté gauloise qui courent les rues, dont une batterie d'artillerie eût eu raison, mais qui avait pour elle la force morale et la conGance, tandis que les troupes de Charles X étaient démoralisées, et la famille royale terrifiée en songeant à la destinée de Charles V d'Angleterre, de Louis XVI. Lorsqu'on atteignit Trappes, les commissaires avaient pris les devants et gagné Rambouillet; cette fois, ils obtiennent une audience du roi, qui tout d'abord se montre très-résolu à se défendre; puis il se ravise, prend à part le maréchal Maison et lui dit: « Vous êtes militaire, par conséquent incapable de me tromper, combien sont-ils ? — Sire, je ne les ai pas comptés, mais par
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approximation ils sont bien de 60 à 80,000. — Cela uffit, reprit le roi, dans un quart d'heure, je vous ferni connaître raa résolution, B Le maréchal Maison se trompait ou trompait ie roi des trois quarts, et l'on aime à penser qu'il n'a agi de la sorte que pour éviter de grands et terribles malheursù la famille roj-ale, à la France; cap il avait été comblé de faveurs par les Bourbons, et leur devait son titre de maréchal; c'est lui qui en 181 lî avait donné la main à Louis XVKI pour débarquer à Calais; par une bizarre coïncidence, c'était lui qui allait donner la main à Charles X pour l'embarquer à Cherbourg.
Au bout d'un quart d'heure, le roi fit informer les commissaires qu'il était résolu à partir et qu'il agréait leur intervention, malgré les conseils du duc de Uaguse qui l'engageait à se retirer derrière la Loire. Comme son malheureux frère, l'infortuné Louis XVI, Charles X ne savait plus que se résigner; il désigna Cherbourg comme point d'embarquement et annonça qu'il irait coucher cette nuit à Maintenon chez le duc de Noailles. M. Odilon Barrot informa le duc d'Orléans de la grande nouvelle par cette lettre assez cavalière: n Mon prince, le roi Charles X se décide à quitter Rambouillet. Vous n'avez plus désormais de compétiteur pourle trône. Le seul héritier que vous puissiez avoir, c'est la république. »
Tout le monde ne partageait pas les terreurs du roi et le duc de Luxembourg ne put s'empêcher de dire à Odilon Barrot : je ne suis pas sûr que vous ne nous ayez pas fait faire une grosse sottise. Comme son interlocuteur lui représentait que le mouvement était irrésistible, que les campagnes s'apprêtaient à se soulever et qu'un succès contre l'armée parisienne ne servirait de rien: • C'est égal, répliqua le gentilhomme, convenez
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qu en balayant cette canaille, nous aurions rendu un grand service à votre Louis-Philippe.»
Alors commença cette douloureuse et poignante étape delà Tamille royale vers Texil qui dura du 4 au 16 août. A Maintenon, on dut licencier une partie de Farmée, et la duchesse d*AngouIême, cette auguste princesse, GUe de Louis XVI, Torpheline du Temple, qui devait, elle aussi, boire le calice de toutes les douleurs, adressa de pathétiques adieux aux soldats: «Ce n'est pas ma faute, mes amis, leur dit-elle, le visage plein de larmes, je ne suis pour rien dans ce qui s*est fait. » ADreux, Taccueil des habitants fut défavorable ; là comme dans plusieurs endroits, ce ne fut pas trop de Ténergie, du sang-froid des trois commissaires pour calmer les populations hostiles, qu'irritait la présence autour du roi d'une escorte trop nombreuse et de Tartillerie. Au milieu de cet immense désastre, rétiquette seule semblait conserver ses privilèges; le roi se préoccupait encore d'emporter avec lui réclal de sa race, quelques lambeaux de la royauté, ne souffrait pas une infraction au cérémonial habituel. C'est ainsi qu'à Laigle, les commissaires furent avertis qu'on était fort en peine de trouver une table carrée pour le dîner de Charles X: autour d'une table ronde, les convives sont tous au même rang, et la place d'honneur ne s'y trouve pas suffisamment indiquée ; on dut scier la table ronde et la convertir en table rarrée. Les commissaires avaient pour instructions de hâter le terme de ce pénible voyage; mais le roi paraissait ne pouvoir s'arracher de celte terre de France, il trouvait une amère douceur à y résider quelques jours de plus, et on n*osait guère lui refuser cette consolation suprême. Il apprit à Argentières la proclamation du duc d'Orléans comme roi des Français et ne manifesta ses impressions que par
cette parole: «Ce sontines Cent-Jours qui commencent, mais ils ne dureront pas aussi longtemps que ceux de mon frère; je n'ai pas affaireà un Napoléon. » Les commissaires demandèrent à ce moment que la batterie d'artillerie et les détachements des difTérenla corps de l'armée se séparassent du convoi; Charles X résista, invoquant la dignité deson malheur, le respect dû à ses cheveux blancs; ceux-ci tinrent bon, déclarèrent que les compagnies des Gardes du corps suffisaient pour une escorte d'honneur et obtinrent gain de cause. Gomme CharlesXmanquaitd'argent, Louis-Philippe lui fltavancer 600,000 francs sur ses propres deniers. « Charles X, écrit M. Odilon-Barrot dans ses mémoires, fut touché.-if. de cet empressement, et nous chargea d'en Lémoignersa reconnaissance à son cousin, mais la duchesse de Berry, plus vive et plus franche, ne put retenir ce trait sarcastique: « Oui, Louis-Philippe a grand soin de nos nippes, et il nous prend notre couronne. ■ A Carentan, le mare- * chai Maison et ses collègues eurent beaucoup de peine à calmer l'eDervescence des gardes nationaux de Cherbourg et de la Manche, qui parlaient de refuser le passage aux Gardes du corps, et prétendaient se charger d'escorter seuls le roi ; mais lorsqu'on vit le duc de Bordeaux et sa sœur, l'hostilité fit place en un instant à un vif et universel intérêt. Ces enfants avaient, comme tous les enfants royaux, apprisà saluer la foule, à lui montrer un gracieux visage, et l'aLtondrissement fut général lorsqu'ils mirent la tête à la portière, envoyant à droite et à gauche des baisers et des sourires; les femmes pleuraient, les plus emportés se sentaient émus par cette grande infortune. Enlin le lundi 16 août à midi, le triste cortège traversait Cherbourg en bon ordre et entrait dans enceinte militaire. Charles X remit aux commissaires
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|S4 IBS lOUMÉtS Dl J0ILLR ISSO
un témoignage écrit de sa satisfaction à leur égard ; il y eat une scène déchirante d'adieux, et à deux heures et demie, la famille royale avec sa suite composée d'environ cinquante personnes, monta dans un navire américain^ frété par le gouvernement français, et se dirigea vers la terre classique de Texil, vers T Angleterre dont elle demandait à devenir Thôte, comme l'avait fait en 1815 Tempereur Napoléon P', comme le firent en 1848 et 1870 Louis-Philippe et Napoléon IIL