PARIS RÉV0LUllO?(!CAIRE ET LA FRASCE OOSISEBTATmiCB
face d'une multitude irritée, affolée, docile aax caprices, aux fureurs de quelques jeunes tribans, en face d'aoe bourgeoisie hostile aux liourbons? Cette solution était désirable, mais était-elle pratique? Le duc d*Orléans, s'il eût essayé de la faire prévaloir, ne se serait-il pas hrurté àdes répugnances invincibles, et le décret qui aurait annoncé la royauté de Henri V, n*aurait-il pas sonné le tocsin d'une nouvelle guerre civile? On peut demander aux gouvernements d'accomplir des choses difficiles, on ne saurait réclamer d'eux Timpossible. La France n'avait-elle pas toujours subi le joug de Paris, et les exemples de 17l«:j, de 1848^ de 1871 ne nous indiquentils pas ce qu'on devait attendre des conservateurs parisiens et français? Il eût fallu au duc d'Orléans, à ses conseillers, une vertu, une abnégation surhumaines, pour tenter une entreprise si hasardeuse, qui pouvait les conduire a la mort, faire verser des flots de sang, plonger le pays dans 1 anarchie. Aussi les paroles si éloquentes de M. Guizot ne sufflsent pas encore pK)ur expliquer la révolution de ls30, les transactions auxquelles on se crut obligé de se plier : les grands parlementaires delà royauté de Juillet ont entrevu, côtové une vérité plus profonde qui a été mise en lumière par les événements et consacrée dans la pratique depuis quelques années. Ces hommes éminents n^ont pas su ou n'ont pas voulu la dégager, la reconnaître; el cependant, si, s^élevant au-dessus des vaines clameurs delà foule, si guidés par les leçons du passé, et prévoyant les dangers de Tavenir, ils n*avaient pas craint de réagir contre les préjugés de l'ignorance et de la routine, d'arracher à Paris sa suprématie politique, nul doute que 18 18 et lesdésastres postérieurs ne fussent point survenus. C'est l'Assemblée Nationale de 1871 qui a eu l'initiative
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do cet acte politique immense, compris qu'il jallaït prendre la révolution corps à corps, l'attaquer dans son foyer, dans son repaire, se soustraire à ses mortelles étreintes. C'est son honneur, c'est sa gloire d'avoir établi celte idée dans l'opinion, de lui avoir imprimé la sanction di-'S faits, de l'avoir implantée dans notre droit public, et n'eOt-elle pas accompli autre chose, elle mériterait encore d'être considérée comme une de nos assemblées les plus grandes et les plus conservatrices.
Keconnaissons-le hautement, Faris depuis 1789, a été le mauvais génie politiquede la France; Paris a été l'obstacle, non le moyen de la liberté, l'incarnation, la citadelle de cette démagogie forcenée qui veut des révolutions, puis des révolutions, et encore des révolutions, qui ne sait que détruire sans jamais rien édifier, qui a pour instrument la plèbe, pour moyen la révolte, le nivellement pour but, dont le vandalisme tyrannique et les saturnales sanguinaires ont couvert de honte la France, et inspiré une invincible horreur aux autres nations, Paris a toujours été excessif et démesuré, dépassant le but, alors même que ses prétentions paraissaient légitimes. Il est devenu le mont Aventin et l'Acropole, le club central de cette populace cosmopolite qui supprime l'idée de patrie, de famille, de religion, qui n'a rien à perdre et tout à gagneravec l'anarchie; Paris révolutionnaire est comme la liome de Salluste : « cette sentine, où tous les audacieux tousiescoupables, après avoir perdu leurs foyers paternels, viennent se réfugier, comme dans le réceptacle impur de la terre entière, n Paris a repris le mot de Louis XIV, dit à son tour : la France, c'est moi, l'État, c'est moi, el traité cette France comme un pays taillable, corvéable à merci, comme une vile matière sur laquelle ses législateurs révolutionnaires pou-
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valent expérimenter leurs fanteôsles désastreuses. Paru est suspendu, comme une menace incessante , comme une épée de Damoclès, sur la France, sur Tordre , sur la liberté, et Ton peut appliquer aux gouvernements qui en font leur capitale, le fameux vers du Dante :
Lasciati oyni sperama, voichHntrate .
Bien avant 89, Paris a été le théâtre de plusieurs moavements qui ont avorté, mais qui donnent déjà une idée de l'avenir ; ce sont comme les avant-coureurs, les indices, les présages de la tempête qui éclatera plus tard, et bouleversera la société de fond en comble. Au premier rang, on voit le peuple de Paris figurer dans toutes les crises sociales, en 1356, sous Charles VI, au temps de It Ligue, de la Fronde ; c*est lui qui alors imprime l'impulsion au progrès et au désordre fatalement mêlés ensemble; aujourd'hui, il aspire au môme rôle, mais le désordre domine dans son œuvre.
Dès 1350, Élienne Marcel, prévôt des marchands, chef de la municipalité de Paris, tend a réaliser des choses qui semblent être le fait dos révolutions modernes : il a pour programme, l'unité sociale et Tunifonnité administrative, les états généraux changés sous Tinfluence du tiers état, en représentation nationale, et ce qui touche surtout notre sujet, Paris, agissant sur la France comme tête et centre d'une confédération de villes souveraines, a l'aide d'une dictature démocratique et de la terreur exercée au nom du bien commun. N'y a-t-il pas là un reflet anticipé des théories de Rousseau, et ce tribun auï convictions impitoyables, qui ne recule pas devant le meurtre, ne rappelle-l-il j)oint par ces tristes aspects Robespierre et Sairil-Just, auxquels il se montre supérieur par ses instincts organisateurs?
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Sous Charles VI, eo HIS, pendant la folie du roi, au milieu des quaralles des princes, de la guerre civile, de l'invasion étrangère, la haute bourgeoisie abdique; la pouvoir municipal passe aux mains des gens de métiers . A leur tèle, se trouve la corporation des bouchers, qui concluent une alliance avec le parti bourguignon, et qui , secondés par leur clientèle abjecte et violente de valets, d'écorcheurs, font peser sur Paris une véritable terreur démagogique. Bientât même, eous la direction d'un de ces écorcheurs, Simon Caboche, l'autorité soutenue par les émeutes de la populace, passe des maîtres bouchers à leurs valets; bientôt, ces démocrates de carrefour compromettent et déshonorent, par leurs actes ignobles et sauvages, l'esprit de réforme qui animait le tiers état. Suivant )a remarque de Michelet, les violents ont exigé ou dicté, les modérés ont écrit : cette paroi e ne résume que trop l'histoire politique de cette grande ville. Les Cabochiens d'alors sont les pères naturels des Sans-Culottes de 1793, des Communards de L871; les bouchers figurent assez bien les Jacobins, tandis que les Constitutionnels sont représentés par la haute bourgoisie de cette époque, qui a reparu et brillé un instant en 1413, et n'a rien pu fonder parce qu'un parti extrême s'est constitué l'organe du progrès. On verra Paris, dans un accès de faiblesse, d'égarement, ouvrir ses portes aux Anglais et fêter leur triomphe.
C'est Paris qui jouera le rôle principal dans cette terrible crise des guerres de religion, de 1572 à 1594, jusqu'à l'avènement de Henri IV ; Paris dont le peuple intolérant et fanatique fut complice du grand crime du siècle, le massacre de la Saint-Uarlbélemy; Paris où se recruta surtout l'association formidable de la Ligue, Paris qui se mit à ta tète des corps municipaux associés sous son in-
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flucnce, non pour le grand intérêt de la patrie, non peur le salut commun, mais dans un esprit de secte et de division, pour l'extermination d'une partie des Français, des Calvinistes; Paris qui résista peur la force à son roi légitime Henri III; puis après l'assassinat de ce dernier, lorsque Henri IV a entrepris la conquête de son propre royaume, c'est Paris qui soutient contre lui un siège prodigieux de quatre ans. Les classes inférieures se sont encore une fois saisies de la direction des affaires, font régner un régime de compression barbare et de terreur, conservent^ comme l'a dit l'illustre Augustin Thierry, le sombre et sinistre fanatisme des premiers jours : non contentes de s'insurger contre le roi, contre Tintérêt national, elles souillent leur tyrannie honteuse par Talliance avec l'étranger, acceptent le protectorat ignominieux du roi d'Espagne; leur exemple témoigne une fois de plus de celte vérité fondamentale : qu'il n'y a de liberté sur la terre que par les classes éclairées.
C'est au peuple de Paris qu'André Maillard, conseiller du roi, adressait ces paroles mémorables : « Peuple misérable! qu'il faille toujours, ou qu'il serve bassement, ou qu'il soit sans mesure insolent dans la prospérité! Vous faites comme le sot mouton : si l'un entre dans un goufTre, les autres Y y suivent, et avec une sonnette, un sifflet, un bruit de nouveauté, on vous assemble comme on fait les mouches autourd'un bassin... Bref, il n'y a aujourd'hui boutique de factoureau, ouvroir d'artisan, ni comptoir de clergeau qui ne soit un cabinet de prince et un conseil ordinaire d'Ktat. Il n'y a si chétif. et si misérable pédant, qui, comme un grenouillon au frais de la rosée, ne s'émeuve et ne s'ébranle sur cette connai?s:inco. »
En 1018, sous la Fronde, c'est encore Paris qui a l'ini-
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tiative, presque le monopole de la révolte contre Ift royauté. L'art d'élever des barricades ne date pas de nos jours, et on lit lus lignes suivantes dans les récits du temps: » tout le monde sans exception prit les armes; l'on voyait des enfants de cinq el de six ans avec des poignards à la main. On voyait les mères qui les leur apportaient elles-mêmes. Il y eut dans Paris plus de douze cents barricades en moins de deux heures, bordées de drapeaux et de toutes les armes que la Lipuo avait laissées entières. Dans la rue .N*^uve-Notre-Dame, je vis entre autres une lance traînée plutôt que portée par un petit iiïarwn de huit ou dix ans, qui était assurément de l'ancienne guerre des .\nglais. > Et comme pour nous remémorer d'une façon plus saisissante nos modernes révolutions « les soldats disaient tout haut qu'ils ne combattraient point les bourgeois, et qu'ils mettraient plutôt les armes bas. » En 1648, c'est le Parlement, ayant pour auxiliaires les magistrats municipaux, qui usurpa l'autorité: mais il sut s'arrêter à temps, eut l'honneur de refuser de donner à la cause populaire l'appui des ennemis de la France, de traiter avec la COUP, plutôt que de pactiser avec l'Espagne. La seconde Fronde de 1049 h lûô2, qui eut aussi Paris pour centre de direction, fut moins pure; dans cette période, la haute hourgeoisie, le Parlement s'elTacèrent devant la multitude et la noblesse. Ces trois années de guerre civile, marquées par des complots aristocratiques et des émeutes populaires, par la trahison envers la France des frondeurs ligués avec l'étranger, furent naturellement suivies d'une réaction qui éUiblit l'unité, l'indéliendance absolue du pouvoir, consacra le principe de la ;nunarchie sans limites et l'œuvre de Richelieu; comme t')ujours l'îibsolutisme procédait do l'anarchie et !a
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liberté dénaturée, travestie, périssait par la,licence et se trouvait indéfiniment ajournée.
Tels sont les préliminaires du drame parisien qui commence le 6 octobre 1780 et dont nous croyons utile de retracer en peu de mots les principales phases. Déjà la 1 iberté civile et politique est fondée; déjà les vœux des Cahiers Généraux ont reçu satisfaction ; il ne reste plus qu*à tirer les heureuses conséquences des prémisses posées par la Constituante, et la fameuse nuit du 4 Août a vu disparaître les derniers vestiges de la féodalité. Mais, tandis qu'à Versailles TÂssemblée inaugure sa grande œuvre, la révolution veille à Paris : la populace s'est emparée sans combat de la Bastille avec le concours de la garde nationale, a préludé à ses exploits par le massacre de Delaunay et de Flesselles. Exaltée parce premier succès, la démagogie parisienne projette de tenir le roi et l'Assemblée sous son pouvoir; elle se rue sur Versailles, et après avoir abreuvé d'insultes et d'outrages Louis XVI, la Constituante, après avoir failli égorger la reine, elle ramène la famille royale à Paris. M. do Chateaubriand qui assistait à ce retour, a peint d'une manière saisissante ce hideux spectacle, ces harpies, ces larronnesses, ces filles do joie, ces sales bacchantes, tenant les propos les plus obscènes, et faisant les gestes les plus immondes ; puis au milieu de ces Monades, décos ignobles Eumonides, «dos chifTonniersen lambeaux, des bouchers, tablier sanglant aux cuisses, couteaux nus à la ceinture, manches de chemises re* troussées » ; cette foule en délire qui criait : nous ramenons le boulanger, la boulangère et le petit mitron; ces têtes des deux gardes du corps massacrés durant la nuit, qu'on porte comme un trophée au bout de piques; cette mer roulante de guenilles et de têtes humaines
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comme dit Garlyle. A la suite, la garde nationale qui devait emp^-cher le peuple d'aller h Versailles, mais qui a voulu le suivre, et oblige Lafayetle h l'y conduire; puis les Suisses, les gardes du corps désarmés, roarchanl comme des captifs. C'est un véritable chaos que celte marche processionnelle et lugubre de ta monarrhie française s'acheminant vers son lit de mort, et rejointe bientôt par l'Assemblée Nationale qui s'est suicidée on déclarant qu'elle était inséparable du roi. Le 6 Octobre est la première grande journée pari- Bienne : elle consacre le règne éphémère de la garde nationale, la souveraineté des individus sans mandat, la mise en pratique de la théorie des droits de l'homme et du droit d'insurrection, l'abdication de vingl^cinq millions de Français entre les mains de quelques milliers d'énergumènes ; au grand mouvement réformateur de nao, à la volonté du pays librement exprimée, elle substitue la tyrannie de la populace parisienne. Paris est toute la France, toute la révolution. Désormais le roi et l'Assemblée ne sont plus que les prisonniers, les otages de la multitude; son organe, le club des Jacobins s'élève comme une puissance suprême et supérieure à la Constituante. Cette néfaste journée du 6 Octobre a causé la ruine de la royauté et de la liberté politique, découragé, déconcerté le parti constitutionnel modéré dont la plupart des membres éminents désespèrent et se retirent; elle a engendré tous les autres forfaits de la Révolution : le 20 Juin procède du 6 Octobre, et donne naissance au 10 Août qui amène le 3t Mai; dans le 81 Mai, on voit poindre la Terreur; dans la Terreur qui réduit en poussière les âmes les mieux trempées, produit des miracles de lâcheté, et prépare la nation à la servitude, l'avènement
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du despotisme, c'est-à-dire le 18 Brumaire. Les héros da jour, devenus les victimes du lendemain^ expient tour à tour leurs fautes ou leurs crimes, et les Jacobins, poussant les Royalistes, les Feuillants, les Girondins, les Dantonistes à Téchafaud, en montent les premiers degrés.
Les plus clairvoyants ont sondé la profondeur de l'abîme entr ouvert : Saint-Priest suppliait le 5 Octobre Louis XVI de partir pour Rambouillet, lui disant : a Si Ton vous conduit demain à Paris, votre couronne est perdue. » Madame de Staël écrivait quelques années après : « L'Assemblée Nationale transportée à Paris par la force armée, se trouvait ù quelques égards dans la situation du roi lui-même; elle ne jouit plus de sa liberté. Elle avait été maîtresse du sort de la France depuis le 11 juillet jusqu'au 5 octobre 1789; maisi dater de cette dernière époque, c'est la force populaire qui l'a dominée. » Mirabeau, l'homme politique le plus remarquable qu'ait produit la Révolution, est persuadé que la France, le roi et la reine sont perdus si la famille royale ne sort pas de Paris. Les démagogues triomphent, et Camille Desmoulins s'écrie que le peuple parisien a pris le 6 Octobre dos Bastilles vivantes dans la personne du roi et des ministres. De la France, de son adhésion, de ses sentiments, personne n'a cure; d'ailleurs l'ancien réjçime a depuis deux siècles facilité la lâche de la démagogie parisienne, en détruisant toutes les libertés locales, toutes les institutions susceptibles de présenter un point d'appui ou une force de résistance; Paris, qui a dévoré les provinces, est devenu le siège exclusif de la seule puissance qui ait grandi : l'opinion publique. Déjà la centralisation parisienne, ce Minotaure politique.
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absorbe, attire tout à elle. Les Parisiens et les auteurs, écrit Mallet du Pan avant 1789, ne s'occupent nullement des provinces; à les entendre, on croirait que le gouvernamenl ne s'étend pas au delà des barrières de Paris. Les provinces se sont résignées à ce rôle inerte et passif, et le célèbre voyageur anglais, Arthur Voung, constate avec stupéfaction qu'il entendait partout la même réponse : nous ne sommes qu'une ville de province, il faut voir ce qu'on fera à Paris, u Ces gens li, ajoutait-il, n'osent même pas avoir une opinion jusqu'à ce qu'ils sachent ce qu'on pense à Paris, u Avec de semblables dispositions, que pouvait-on attendre de la France? Rien : les Constitutionnels, le roi, Lafayette, les Girondins, en feront tour à tour la triste expérience : comme le dit M. Tbureau-Dangin, a désormais Paris, tenant dans ses murs l'Assemblée et le gouvernement, va régner sans conteste, et l'histoire de la révolution n'est plus que la suite des déviations chaque jour plus funestes et plus avilissantes que les passions d'une grande ville font subir au grand essor national de 1789. » Le roi veut-il se rendre à Saint-Cloud, la populace l'en empêche avec brutalité. La Constituante veut-elle délibérer, les tribunes publiques remplies de femmes de la Huile ot de Jacobins cherchent à la violenter, menacent d'envoyer à la lanterne les députés qui protestent au nom de la dignité de l'Assemblée, trouvent parmi les autres des flatteurs ou des complices qui répondent: ace sont nos maîtres qui siègent là dans les tribunes, nous ne sommes que Heurs ouvriers; ils ont le droit de nous censurer et de nous applaudir." A mesure que le danger grandit, Mirabeau redouble Bes avertissements; il reprend le plan de Malouet, de
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Mounier, de Saint-Priest, des Constitutionnels ; dans les mémoires secrets qu'il adresse à la Cour^ il revient sans cesse à cette idée que ni le roi ni rÂssemblée ne sont libres à Paris, qu'ils doivent se retirer à Rouen; il trace de Paris ce portrait terrible : «jamais autant d éléments combustibles et de matières inflammables ne furent rassemblés dans un seul foyer : cent folliculaires, dont la seule ressource est le désordre ; une m ultitude d'étrangers indépendants qui soufflent la discorde dans tous les lieux publics; tous les ennemis de l'ancienne Cour^ une immense population accoutumée depuis une année à des excès et à des crimes; une foule de grands propriétaires qui n'osent pas s^ montrer parce qu'ils ont trop à perdre; la réunion de tous les auteurs de la révolution et de ses principaux agents; dans les basses classes, la lie de la nation; dans les classes élevées, ce qu'elle a de plus corrompu, voilà ce qu'est Paris. Cette ville connaît toute sa force; elle l'a exercée tour à tour sur l'armée, sur le roi, sur les ministres, sur l'Assemblée; elle Texerce sur chaque député individuellement; elle ôte aux uns le pouvoir d'agir, aux autres le pouvoir de se rétracter, et une foule de décrets n'ont été que le résultat de son influence. Il est certain que Paris sera la dernière ville du royaume où l'on remettra la paix; il faut donc faire décider que la seconde législature soit placée dans une ville où son indépendance et la liberté du roi soient mieux assurées. » Mais le faible Louis XVI ne sait pas suivre ces conseils; Mirabeau qui parfois a pu contenir le peuple de Paris, prévoit qu'après lui, personne n'exécutera son projet, et s'écrie en mourant, le 2 avril 1701 : « J'emporte avec moi le deuil de la monarchie; après ma mort, les factieux s'en
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disputeront les lambeaux. » II emporte aussi avec lui lo deuil de la Constituante, qui, composée au début de douKe cents membres et réduite h 200, ne lui Furvit que d'un mois, et s'empresse do se dissoudre, lassi^e, découragée par tant d'efTorls inutiles.
La Législative qui lui succède, est dominée par la minorité girondine: elle délibérait au milieu des Iiuées, des vociFérotions, et se trouvait désarmée en Taco de la municipalité livrée aux révolutionnaires. Déif\ se manifeste ce piiénomènesi souvent renouvelé de la mollesse, de l'indifTérenee des honnêtes gens, des bourgeois ; sur 80, 000 électeurs parisiens inscrits, I0,ooo h peine sont allés au scrutin; en 92 et 03, le douzième seulement des électeurs prendra part aux votes. C'estainsi que 50,000 démagogues vont dicter leurs sinistres volontés à une ville de 800,000 babitants, qui s'abstient et laisse tout faire, presque aussi dangereuse par son inertie badaude et sa Iftcheapathieque les sans-culottes par leursfureurs. Le club des Feuillants est dissous par la violence; les clubs démagogiques se donnent libre carrière ries Girondins s'empressent d'armer de piques la populace, obtiennent qu'on licencie la garde constitutionnelle, dernière sauvegarde du roi. Les anciens adversaires de Mirabeau, les Lametb, Barnave, Lafayetto, ceux qui ont déchaîné la révolution, qui maintenantvoudraient l'arrêter, reprennent son plan : un député propose de transporter la législature à Rouen; le projet a l'assentiment secret de la majorité, mais les Girondins, la populace, le club des Jacobins le font échouer. Paris répond à ces aspirations par le 20 Juin et le 10 Août qui consomment la déchéance de la royauté, l'abdication définitive de l'Assemblée, transformée en instrument servile de la commune de Paris.