PARIS RÉVOLUTIONNAIRE ET LA FRANCE COUSBKVATEICIS
principaux députés accusés. Elle veut sortir du palais pour essayer d'émouvoir les émeutiers, partout elle est brutalement repoussée. A madame Roland qui demande qu*on consulte au moins les départements, un sansculotte répond : est-ce qu*il a fallu les consulter le 10 Août, et les départements n'onl-ils pas approuvé Paris? Ils feront de même cette fois. Parole profonde et terrible! Celui qui la prononçait avait, mieux que les Girondins, le génie do la Révolution : elle leur rappelait comme une expiation, ce 10 Août, dont naguère encore, ils se vantaient d'avoir été les héros. La Convention rentre enfln dans la salle : terrifiée par les canons qui sont pointés sur elle, par les épées, les fusils qui remplissent les tribunes, elle délibère, et décrète raccusation des Girondins; elle a donné sa démission morale, elle devient une machine à voter. Désormais la question uniqae est de savoir combien de bras armés peuvent se lever pour appuyer une pétition, combien de bandes disposées au combat les divers partis peuvent opposer à leurs adversaires. Un motdoSieyès résume Thistoire de la Convention depuis le M M,ii. Cjuavez-vous fait alors, lui demandait-on sous TEmpirc ? — J'ai vécu. — En effet, la plupart des Conventionnels, voulant vivre à tout prix, s'inclinèrent devant la force, et leur lâcheté n'eut d*égale que la férocité des Monta^çiiards. Plus tard, les uns et les autres acclameront Napoléon I" et témoigneront envers lui d'une merveilleuse docilité. Ils ont perdu la République et la liberté, poussé la France au Césarisme : parmi les 301 régicides, 7 1 ont péri sur Téchafaud ou autrement avant le is lirunnire; lil occupent des fonctions hautes ou basses sous TEinpire. Quelle stalistiqueet quelle éloquence dans ces chilTrcrs! Un montagnard, ancien collègue de Sainl-Jusl, devenu fonctionnaire de
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Napoléon I", se justifiait de la sorte : « d'aalrea hommes ont la fièvre pendant viagt-quatre heures; moi, je l'ai cuopendunt dix au3. » Unautre régicide avouait qu'il regardait Louis XVI comme innocent, mais qu'il n'avait pas osé s'exposer à être maltraité comme traître à la patrie.
L'histoire de Paris n'est plus, après le 31 Mai, que l'histoire de la Terreur elle-même, de ce régime d'extermination, de cette dictature monstrueuse, pendant laquelle tuer pour ne pas être tué est le fond de la science politique, pendant laquelle une horde de démagogues dépouille, décime, ensanglante la France. Quelques villes, Toulon, Lyon, s'insurgent en vain : elles sont écrasées; OD décrète qu'elles seront détruites, rasées, que les habitants seront égorgés, et le temps seul fait défaut pour achever cette œuvre do Vandales. Partout le club central des Jacol)ins de Paris a établi des clubs armés, recrutésdela mOme manière, qui asservissent, réquisitionnent les villes et les simples villages, deviennent les instruments des atroces proconsuls de la Convention. Paris est transformé en un véritable Pandœmonium, comparable au Pand(i3aionium des fous Turieux de Milton, et le cannibalisme politique des SaintrJusl, des Fouquler-Tinville, des Carrier, des Lebon, ne connaît plus de bornes, ne rencontre plus aucune résistance. La religion, le commerce, la presse, la tribune demeurent frappés d'ostracisme. Le soupçon, la peur, la conltscalion, la guillotine sont à l'ordredu jour et deviennent les seules institutions sociales. Parle meurtre du roi, par des mesures draconiennes contre le clergé, Paris, la Convention, ont soulevé la Vendée catholique et monarchique ; ils ont jeté le défi à tous les rois de l'Europe, et leur ont déclaré la guerre. Certes M. lîarryer a eu tort de s'écrier
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un jour ù la tribune que la Convention avait sauvé rindépendance de la France, et sur ce thème absurde, la verve des historiens démocrates a pu s*exercer à loisir, et créer une légende révolutionnaire qu'on a trop souvont acceptée sans contrcMe. Il est temps de faire rentrer la conscience humaine, la morale dans Thistoire, il faut répéter, proclamer sans cesse que la République de 1793 a été sauvée provisoirement, malgré Paris et la Terreur. La Terreur a créé la plupart des obstacles dont on lui attribue le renversement, légué à la République tous les dangers sous lesquels celle-ci a succombé, et qui la menacent de nouveau, le régime militaire, leCésarisme, le fanatismo intolérant et ignorant, l'esprit jacobin, adorateur plat et servile du passé. C'est la France qui s'est levée comme un seul homme, et qui a vaincu l'Europe coalisée, la France animée de lesprit libéral et conservateur de 1789, qui croyait à la patrie, à Thonneur, & la gloire, la Francodes(-ahiorsdosEtats-Généraux, delà Constituante, quiaréparé les crimes do la Convention, et qui s'est ainsi rachetée d'avoir subi le joug honteux de la démagogie parisioiino. Si, dans une ville assiégée, tandis que la partie vaillante do la population se précipite hors des remparts pour re[)ousser rennemi, des brigands profitent do Tabsence des soldats pour piller, mettre à feu et à sang les maisons des particuliers, s'emparer de FHotel do Ville», massacrer les femmes et lesenfants, les citoyens sans dé^'iise, dira-t-on que ces misérables ont préservé la ville dos horreurs do Tassant? De morne, tandis que la France court à la frontière, Paris, la Convention, une infime minorilo spéculent sur son patriotisme l'exploitent et somblonl vouloir accaparer tout l'honneur do la victoire.
Le peuple de l'arislui-mêmo reste en dehors du drame
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politique qui se joue au-dessus de lui ; il suCHt h. la populace d'èire nourrie aux frais de laFrance qui paye poupcola un million par semaine; elle accueille avec indilTérence, avec une sorte d'hébétement, et comme des révolutions de sérail, les triomphes de Robespierre. Peu lui importeque Danton, que les Héherlistes succombent, et au premier abord, la chute de Robespierre lui-même ne produit pas d'impression; on n'y voit qu'une hrouilleric de famille, une querelle intestine entre les maîtres de la France. Comme le dit Mallet du Pan, les Thermidoriens sont des valets qui ont pris le sceptre de leurs maîtres après les avoir assassinés.
.Mais le 9 Thermidor est le signal d'tme réaction nationale : il se produit une immense explosion do pitié, de clémence ; un grand courant de joie et d'espérance traverse la nation qui veut se débarrasser de son intolérable tyrannie. Les Thermidoriens sentent qu'il est impossible do continuer l'oeuvre sans nom de Robespierre, et la populace parisienne commence à comprendre que sa royauté s'écroule; cependant elle s'agite encore dans deux convulsions suprêmes. Lo douze Oerminal, elle sort de ses tanières, s'élance sur la Convention, l'insulte, la foule aux pieds, massacre le député Féraud; mais les l'mculiors, sans chefs reconnus, sans plans arrêtés, s'agitent dans le vide et ne savent que faire de leur victoire d'une heure; le l" prairial, il suffira d'un bataillon de la garde nationale pour faire fuir cette multitude. Sans doute ce peuple n'a pas changé : au fond du co'ur, il caresse toujours le rêve Babouvien d'un paradis démocratique et communiste où il n'aura rien à faire, où il pourra piller, se nourrir, satisfaire ses appétits immondes aux frais de la France, «N'écoutez pas, écrit un observateur clairvoyant, ceux qui vous disent que le
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peuple est revenu ; il n'est pas revenu de son hydrophobie. C'est toujours un animal enragé, malgré sa misère profonde. Mais il a renié tous ses coryphées, tous ses généraux, et les a vus périr sur Véchafaud; il est las de cette orgie épouvantable de cinq ans ; car toute anarchie est non-seulement destructive de sa nature, mais elle se détruit elle-même; un malaise indicible, un sombre désenchantement ont succédé à l'ivresse, aux visions exaltées, à l'extase de férocité des premiers jours; lui, le grand insulleur public, il est à son tour insulté par la bourgeoisie^ par la jeunesse dorée; il abdique, il se sent vaincu, et pour longtemps disparaît de la scène politique. >
Désormais la tragédie parisienne se trouve concentrée entre trois acteurs : la Convention ou le Directoire, la bourgeoisie, l'armée qui fait son apparition et à laquelle restera le dernier mot. La bourgeoisie, la jeunesse dorée retournent contre les Jacobins les armes, les moyens, les sophismes dont ceux-ci se sont servis; ce sont elles maintenant qui remplissent les tribunes de h Convention, les sections, les cafés; elles maltraitent le? bonnets rouges, fouettent les tricoteuses, emportent d'assaut les clubs, se défendent de conspirer, puisant; h peuple no sfwrait rtntspircr fontn^ hii-mntte^ et insinuent que c'est au contraire la Convention qui conspire contre le peuple. Celle-ci se voit déhordée; elle vase séparer, non toutefois sans avoir accom[di un dernier et immoral coup do force ; elle décide que les deux tiers de ses membres feront de droit i>artio des prochaines assemblées, et la province ratifie cette scandaleuse iniquité.
Mais les orateurs dos sections parisiennes prêchent l'insurrection, et le i:i Vendémiaire, 10,000 gardes nationaux se précipitent contre l'Assemblée, (jui fait appel aux sol-