‹ Les historiens de la monarchie constitutionnelleChapitre 23 sur 41 · I.i: UOUVKKMEMKHT DE JUILLET UEViHT L EVBOPE iUJ · texte numérisé non relu

I.i: UOUVKKMEMKHT DE JUILLET UEViHT L EVBOPE iUJ

tages, il fallait donoer tlea garanties à TEurope, joindre à la digiiilé, à la fermeté une modération soutenue ; on avait accusé Louis XVIli do jouer en IS23 le rôle de gendarme de la Sainte-Alliance; Louis'Pliilippe ne se souciait point de devenir le gendarme du libéralisme révolutionnaire et cosmopolite. Les puissances du Nord n'étaient déjà que trop disposées à considérer la France comme un foyer permanent d'anarchie, comme te club central de l'Europe, d'où parlaient, pour corrompre les peuples, les missionnaires de la démagogie et de rémeule; elles se souvenaient de 1793 et doutaient que le nouveau gouvernement pût résister à la pression menaçante des ultra-libéraux, des Jacobins parisiens, qui, peu soucieux de l'état de notre armée, de nos finances, demandaient follement la rupture des traités de 1815 et une croisade universelle. Elles se préparaient activement à la guerre; toutefois, comme elles ne pouvaient s'empêcher de rendre hommage aux bonnes intentions du roi et de ses ministres, elles se résignèrent à reconnaître ofGciellement Louis- Philippe.

Seule parmi les grandes puissances, l'Angleterre avait reçu avec joie la nouvelle du succès de la révolution de 1830. On sait que cette nation se laisse uniquement diriger par la considération de son profil direct et personnel ; on sait combien le patriotisme de ses hommes d'État est égoïste, âpre, avide, dédaigneux dos peuples, des théories et des principes; selon son intérêt, dans divers pays, elle a successivement fomenté des révolutions ou soutenu le despotisme. Véritable Protée dans sa politique extérieure, cette race utilitair.! par excellence n'a pas d'autre objecLif que de maintenir sur toutes les mers la suprématie de

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son pavillon, et son hégémonie Gommerciale. Son gouvernement ne pardonnait pas à la Restauration son attitude décidée en Espagne et en Portugal, le concours quf; celle-ci avait prêté à la Russie pour imposer à la Porte le traité d'Andrinople; il avait vu avec une jalousie profonde la prise d*Alf^r, appris avec terreur Talliance secrète de Charles X avec le Czar pour le partage de la Turquie et la conquête des provinces du Khin. Après les journées de Juillet, il se rassura, et, calculant que par son concours moral, il obtiendrait peut-être Tobandon deTAlgérie avec d'avantageux traités de commerce, il s'empressa de reconnaître oiTiciellement Louis-Philippe, de lui promettre son bon vouloir. D'autre part, ce dernier se trou\'ait par la force des choses amené à rechercher une alliance avec les gouvernements constitutionnels: le sentiment public Ty poussait ; Técole libérale, aujou^ d'hui au pouvoir, avait avant 1830 combattu la politiciue de Louis XVIII et de Charles X qui reposait sur Tunion intime avec les monarchies absolues; cellfs-oi semblaient répudier le gouvernement de Juillet (ju'ellos obligeaient à se retourner d'un autre côté.

L'exemple do l'Angleterre entraîna bientôt l'Autriche et la Prusse : celle-ci gravitait alors dans l'orbite de la Cour de Vienne ; elle se recueillait, attentive aux événements, inquiète, ambitieuse, paraissant pressentir les hautes destinées auxquelles l'avenir devait l'appeler et se préparant en silence. L'Autriche, cette puissance faite de pièces et de morceaux hétérogènes, taillée dans le territoire de l'Europe centrale comme un habit d'arlequin, cet empire de l'invraisomblance dont on a dit spirituellement qu'il était

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toujours en relard d'une idée, d'une armée, d'une onnûe, cette fédération de peuples qui veulent conserver chacun leur individualité, leur autonomie, leure traditions, et qui repoussent la centralisation, cette nation qui semble se maintenir en équilibre par un tour de force perpétuel, l'Autriche était alors gouvernée par le prince de Metlernich, premier ministre de François II. Ce célèbre homme d'Ktat, dont la longévité politique causait un étonnement général, exerçait dans son pays un despotisme doux, tranquille, insensible par lequel il essayait de faire oublier les bienfaits de la liberté politique : véritable Circé de l'absolutisme, il se gardait bien d'opprimer, il préférait séduire, engourdir son peuple comme une torpille. Celle situation faisait dire à- M. Saint-Mare Girardin ; en Autriche, beaucoup de parties de l'homme sont satisfaites et tranquilles; les bras ont du travail, l'estomac y est bien repu ; si ce n'était la tête qui est mal à l'aise, quand elle s'avise de penser, tout serait à merveille. Madame de Staoi écrivait de son côté : Pauvre pays, où il n'y a que du bonheur! Au dehors le prince professait et pratiquait la politique du statu qvo, delà Sainte-.\lliance; pour la faire réussir, il n'avait pas reculé devant les plus grands eflbrts. N'était-ce pas l'immuable chancelier qui avait fomenté l'alliance des rois contre la rfinnde émeute de 89 j lui qui s'était constitué le rjrand prévôt de [Europe; lui qui avait lutté avec une infatigable persistance contre le destructeur de l'équilibre européen, contre Napoléon I"î Malgré ses tendances et ses préventions, malgré l'extrême déplaisir qu'il avait ressenti de la révolution de Juillet, il accueillit gracieusement le général Helliard, envoyé de Louis-Philippe, insista sur

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la nécessité de réprimer la propagande révolutionnaire, promit en revanche d'empêcher dans I^mpire d'Autriche les intrigues de Charles X et du jeune duc de Reichstadt et finit par dire à Tambassadeur français : ce Général, il y a deux nobles entêtés dont nous devons nous défier. Ils sont gens d'honneur, nobles gentilshommes, auxquels je confierais ma fortune personnelle, mais également dangereux pour vous et pour nous. Je veux parler du roi Charles X et du niarquis de Lafayette. Vos journées de Juillet ont abattu la folle dictature du vieux roi ; il vous faudra maintenant attaquer la royauté de M. de Lafayette, la souveraineté de la propagande. Il faudra bien aussi que votre roi arrive à ses joimiées contre celui qui s'intitule modestement le patriarche de la liberté des deuxmondes. Alors seulement le prince lieutenant général sera véritablement roi de France. »

L'empereur de Russie avait des motifs plus graves que TAutriche et la Priasse pour manifester son ressentiment: l'alliance défensive et offensive contractée avec Charles X, le changement complet qu'on entrevoyait déjà dans la politique extérieure de la France, la crainte de voir la Pologne ressentir le contre-coup de la révolution et se soulever, la rupture probable de la Sain te- Alliance, œuvre de son prédécesseur Alexandre, tout paraissai!] devoir pousser le Czar à déclarer la guerre. Il se contenta néanmoins d'exhaler sa fureur en paroles, en bnh yantes menaces, mit beaucoup de mauvaise grâce i reconnaître le roi des Français et c'est le 18 septembivj seulement qu'il lui adressa une lettre ainsi conçue : « Xil reçu des mains du général Atthalin la lettre dont il a< porteur. Des événements à jamais déplorables ont ph Votre Majesté dans une cruelle alternative. Elle a prij

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une détermination qui lui a paru la seule propre à sauver la Franco des plus grandes calamités. Je ne me prononcerai pas sur les considérations qui ont guidé Votre Majesté^ mais je forme des vœux pour que la providence divine veuille bénir ses intentions et les efforts qu'elle va faire pour le bonheur du peuple français. De concert avec mes alliés, je me plais à accueillir le désir que Votre Majesté a exprimé d'entretenir des relations de paix et d'amitié avec tous les États de l'Europe. Tant qu'elles seront basées sur les traités existants^ et sur la ferme volonté de respecter les droits et obligations, ainsi que l'état de possession territoriale qu'ils ont consacrés, l'Europe y trouvera une garantie de la paix si nécessaire au repos de la France elle-même. Appelé conjointement avec mes alliés à cultiver avec la France, sous son gouvernement, ces relations conservatrices, j'y apporterai pour ma part toute la sollicitude qu'elles réclament, et les dispositions dont j'aime à offrir à Votre Majesté l'assurance, en retour des sentiments qu'elle m'a exprimés. Je la prie en même temps etc.. »

Le message était dédaigneux et sec : le Czar traitait avec hauteur et dédain la révolution de Juillet; il s'abstenait d'appeler Louis-Philippe : Monsieur mon frère, 8elo.n la formule usitée entre souverains ; mars si la forme laissaitàdésirer, la reconnaissance formelle, authentique, absolue se trouvait au fond. Sans doute, Nicolas avait réfléchi qu'il serait seul, s'il se décidait à la guerre, qu'il ne s'agissait plus d'attaquer un pays épuisé par vingt ans de luttes gigantesques, et qu'il faudrait traverser l'Europe pour venir nous chercher. D'ailleurs, au moment même où il renforçait à tout hasard ses armements, où il ordonnait à la Pologne de se tenir prête, Pavant-garde se retourna contre le corps principal ; comme nous le verrons

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lu nécessité de réprimer la propAgan()9 révolalionnaire, promil en revanche d'empêcher Aans Fempire d*AQtriclie les inlri^^ues de Charles X et du jeune duc de Ueichsladl el finit par dire à Tambassadeur français: tt Crénéral, il y a deux nobles entêtés dont nous d^ vons nous défier. Ils sont gens d'honneur, nobks * gentilshommes, auxquels je confierais ma fortune personnelle, mais également dangereux pour vous et pour nous. .Te veux (Kirler du roi Charles X et du marquis de Lafayettc. Vus journées do Juillet ont abattu k folle dictature du vieux roi; il vous faudra maintenant altaiiuer la royauté de M. de Lafayette, la souveraineté de la propagande. Il faudra bien aussi que votre roi arrive à ses jmmvks contre celui qui s'intitule modoslement le patriarche de la liberté des deuxmondes. Alors seulement le prince lieutenant général sera véritablement roi de France. ■

L'empereur de Russie avait des motifs plus graves que rAutricho ol la Prusse pour manifester son ressentiment: Tallianci? délVnsivcf^totVonsivo contractée avec Charles X. le changonuMit (rom|)lot ([u'on entrevoyait déjà dans la p()lili(iue oxtérii'ure de la France, la crainte de voir la Pologne ressentir le contre-coup de la révolution et se soulever, la rupture probable do la Sainte-Alliance, (l'uvre de son prédécesseur Alexandre, tout paraissait devoir pousser le O.ar à déclarer la guerre. Il se coûtenla néanmoins crexhaler sa fureur en paroles, en bruyantes menaces, mit beaucoup de mauvaise grâce à reconnaître le roi des Français et c'est le 18 septembre seulement qu'il lui adressa une lettre ainsi conçue : « J'ai reçu des mains du général Atthalin la lettre dont il a été porteur. Des événements à jamais déplorables ont placé Votre Majesté dans une cruelle alternative. Elle a pris

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Le message était dédaigneux et sec : le Czar traitait avec hauteur et dédain la révolution de Juillet; il s'abstenait d'appeler Louis-Philippe : Monsieur mon frère, selftii la formule usitée entre souverains : mars si la forme laissaitàdésirer, la reconnaissance formelle, authentique, absolue se trouvait au fond. .Sans doute, Nicolas avait réfléchi qu'il serait seul, s'il se décidait à la guerre, qu'il ne s'agissait plus d'atlaquer un pays épuisé par vingt ans de luttes gigantesques, et qu'il faudraittraverserl'Europe pour venir nous chercher. D'ailleurs, au moment même où il renforçait à tout hasard ses armements, où il ordonnait à la Pologne de se tenir prête, Cavant-garde se rel'virna contre le corps principid ; comme nous le verrons

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un peu plus loin, la Pologne tenta de secouer le joug. Le roi d'Espagne se montrait plus hostile encore à la France^ et ses démonstrations^ son mauvais vouloir avaient une importance toute particulière : notre politique traditionnelle, nos intérêts les plus directs exigeaient que nos rapports fussent assurés avec ce pays. Cependant Ferdinand VII continuait de traiter l'ambassadeur de Charles X comme représentant officiel de la France^ il secondait les menées des royalistes français réunis en Catalogne, leurs plans desoulèvement dans nos départements du Midi, et laissait son premier ministre Calomarde, adresser à la magistrature, à Tépiscopat de la Péninsule une circulaire où il déversait contre la révolution de 1830 le mensonge et Tinvective. C'était se placer en dehors du droit des gens, et nous obliger à des représailles. Les réfugiés espagnols que le gouvernement impitoyable de Ferdinand VII avait exilés se trouvaient rassemblés en grand nombre à Paris : parmi eux figuraient des hommes déjà célèbres ou qui devaient le devenir, tels que Marlinez de la Rosa, Toreno, Mendizabal, Isturiz, Valdoz, Mina. Le général Lafayetto les aidait de sa bourse, les encourageait dans leur projet de rentrer en Espagne à main armée. Sans se compromettre avec eux, sans leur garantir une prof ection efficace, on laissa un libre cours a leurs approvisionnements d'armes et de munitions; onleurdélivrades passe-ports pour se rendre à la frontière, on leur accorda des secours de route, et bientôt ils se trouvèrent échelonnés au nombre de plusieurs centaines entre Hayonne et Perpignan. Cette menace défensive eut un succès immédiat et décisif: Ferdinand VII terrifié, redoutant une révolution qui le livrerait pieds et poings liés à ses ennemis comme en 1820, s'empressa d'écrire à Paris qu'il était prêta recon-

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naître Louis-Philippe, et à observer toutes les règles du droit des gens, si on lui prometlail le même concours. Le but se trouvait dès lors atteint, et la négociation eut lieu sur ces bases. La discorde avait d'ailleurs éclaté entre les réfugiés avant même qu'ils eussent franchi les Pyrénées : ils furent battus, poursuivis par les troupes royales, et ceux qui échappèrent durent se sauver sur notre territoire, leur constant asile.

Seul parmi les souverainsde l'Italie, le duc de Modène avaitrefuséde reconnaître le nouveau roi ; ce principicule qui était entré en relations étroites avec les carbonari, qui espérait les duper et se tailler un royaume italien par leurs mains, avait compté sur notre concours ; mais l'attilude calme et modérée du gouvernement français l'exaspéra, et le poussa à cette bravade inutile, à celle ridicule insolence. Plus tard, en 1S31, il offrit de nouer des relations amicales avec Louis-Philippe : celui-ci se vengea en ne lui répondant même pas, et de 183U à 1848, la cour de Modène ne fut point représentée auprès du cabinet des Tuileries.

A la fm d'octobre, toutes les puissances européennes avaient reconnu le gouvernement français : le choix d'ambassadeurs tels que lesmaréchaux Mortier et Maison, MM. de Barante, d'Harcourt, de Latour-Maubourg ne pouvait que rassurer celles-ci, et la nomination du prince do Talleyrand à l'ambassade de Londres était un nouveau gage de paix, de conciliation.

Ce célèbre diplomate a été l'objet d'appréciations si diverses, si passionnées, qu'il semble difficile de juger avec impartialité cette figure étrange, mobile comme l'onde, de la suivre dans ses nombreux déguisements, de faire sa photographie morale. Lisez M. Donoso Certes, Talleyrand avec son coup d'oîil d'aigle est supérieur à

200 LB tiOUYERKEMENT hK JUILLET DinTART L'EUHOVB

Napoléon P'; il est le Napoléon de la diplomatie. A entendre Louis Blanc et surtout M. de Chateaubriand, sa réputation, ses succès ont tenu à trois dépravations : ùtez de lui, a dit Chateaubriand, le grand seigneur avili, le prêtre marié, Vévêque dégradé, que lui resterat-il? II voit en lui un de ces personnages de lendemain et d'industrie qui assistent au défilé des générations, qui signent les événements et ne les font pas, qui ont trahi tous les gouvernements; il va jusqu'à lui refuser toute clairvoyance politique ; l'abjuration de ses erreurs au moment do sa mort, apparaît à l'auteur des J^ moires (V Outre-Tombe comme une comédie pitoyable, une absurde palinodie. Ni cet excès dlionneur m cette indignité, répondrons-nous avec des écrivains plus modérés. Talleyrand n'a pas été un génie de premier ordre, à Tinstar du cardinal de Richelieu ; mais sa profonde expérience des choses et des hommes, son san^-froid historique, sou impassibilité marmoréenne, la science de rhomme d'État, firentde lui un des premiers diplomates du siècle. Kn 1780, il se montre un des membres les plus ('(^lain's, les plus pratiques de la Constituante : tandis que Mirabeau parle à la tribune, que Sieyès formule ses axiomes mathématiques avec les droits généraux de la Révolution, Talleyrand conclut et agit. Sous la Terreur, il disparaît, s'exile, et revient en France sous le Directoire. Il est un des complices les plus actifs du is Hrumaire : c'est lui qui prépare le terrain au conquérant do rilalie; il fit à Hnuaparte les honneurs de la Fr(!na\ et à la France les honneurs de Bonaparte. Sous Napoléon, il devient le personnage le plus considérable de l'empire, le principal agent des traités diplomatiques; mais, non content de renier ses principes libéraux de 17S9, l'ancien évêque constitutionnel pousse la docilité

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justiu» Iremper dans nne odieuse affaîro, le meurtre du duc d'Enghien. En 1807, il se brouille avec Napoléon 1" auquel il a prédit les conséquences de la guerre d'Espagne ; en 181 4 et 1815, il représente la France au congrès de Vienne, et contribue au retour des Bourbons : ceux-ci se débarrassenl bientôt de lui, et il recommence son opposition de salon, que rendent redoutable son esiirit caustique, méphistophélique, ses mots si incisifs. Il a prédit la chute de la Restauration comme il a deviné la ruine du l'Kmpire. En 1830, il accepte de Louis-Philippe le poste d'ambassadeur à Londres, et lui apporte l'appui de son prestige, de sa haute notoriété européenne : il va, de concert avec lui, régler la question belge, signer le traité de la Quadruple-Alliance, fonder et maintenir la politique de la paix. Il mourra en 1838, âgé de fi-t ans, ayant successivement servi la Révolution, l'Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet, et au milieu de ses fluctuations, de ses métamorphoses politiques, conservant presque toujours une unité relative de caractère, une quasi-dignilé, qu'il savait admirablement relever par ses airs de grand seigneur, son tact tout aristocratique, sa tenue et ses manières d'autrefois. Sans doute la politique est un peu comme la cuisine, et il ne faut pas en voir les apprêts ; sans doute un homme de valeur, d'une intégrité reconnue, peut survivre à un gouvernement, ne pas s'attachera lui comme le serf à la glèbe, rester l'homme des choses, de son pays, non l'homme des individus et des pouvoirs, éphémères ; sans doute il est difficile, dans notre P'rance où les gouvernemonts vivent ce que vivent les roses, de se proposer un système exclusif et immuable, de se tracer un programme de fidélité dont on ne s'écartera jamais. Toutefois la pente est glissante, et nous n'admettons pas cette

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doctrine singulière des deux morales inventée par un universitaire du second empire, quidistin^aitavec soin la morale des petites gens, du christianisme, de tout le monde, et la morale des diplomates, des hommes d*Étal Il ne sufni pas de se proclamer un praticien de h nécessité, pour se croire au-dessus des lois de Thomanité; la nécessité n*est que trop souvent un paravent commode derrière lequel Robespierre, Marat, les Communistes de 1871 ont voulu abriter leurs hideux forfaits; c'est un dogme fataliste et matérialiste qui supprime la justice et la vertu, et nous ne saurions oublier quek prince de Talleyrand, complice éternel du succès, égoïste et sceptique, s est servi de sa fortune politique pooi refaire trois ou quatre fois sa fortune privée, qu'il est dangereux de présenter au public des exemples pareils, et surtout de prononcer le panégyrique des hommes dont le pyrrhonismo immoral se plie aux événements pour les exploiter au profil de leurs intérêts personnels. Il faut se garder de porter aux nues Thabileté quand même, de diviniser le talent sans la grandeur, de faire l'apothéose dos partisans à tout prix du succès. Les admirateurs a outrance de Talleyrand nous ont présenté les circonstances atténuantes en faveur du fameux épicurien politique; mais, comme Ta dit M. de Lomtmie, s'il suffisait de Tintention affirmée du bien pour justifier la participation au mal, l'histoire, comme l'enfer, serait pavée de bonnes intentions.

La politique de la paix allait subir de rudes épreuves : le fracas des journées de Juillet avait retenti dans I ame des nationalités opprimées et nuiimé leurs courages: ces journées furent sinon la cause> au moins l'occasion, le signal, le prétexte d'une prise d'armes. La Belgique se soulevait contre son souverain régulier, bientôt la

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Pologne et l'Italie marchaient sur ses traces. Toutes les trois regardaient la France comme leur protectrice naturelle, faisant appel aux instincts cosmopolites et humanitaires des radicaux parisiens, invoquant aussi notre intérêt, notre générosité, notre pitié. Il fallait prendre des décisions graves : nous allons voir comment Louis-Philippe et ses ministres surent sauvegarder les intért'ts, la dignité de la France, sans avoir recours à la guerre, désorganiser la Sain te- Alliance, et, par la création de la Belgique, déchirer une des pages les plus douloureuses des traités de 1815.

La constitution du royaume des Pays-Bas en 1814 avait eu le caractère d'un acte de défiance : nous aflaiblir de toutes les manières, nous contenir partout, tel fut le . l seul, le véritable but du congrès de Vienne ; la coalition |-victorieuse alla jusqu'à annexer quatre millions de Belr ges à deux millions de Hollandais, afin de placer ce royaume comme une énorme tète de pont qui tînt libre pour l'Allemagne et l'Angleterre la route de Paris. L'argent de la France avait servi à terminer ou à ériger une ligne de forteresses menaçantes qui formaient les avant-postes de nosennemis. Mais il est tout aussi difficile de briser une nationalité que de foire vivre une Constitution qui ne répond pas aux mœurs d'un peuple ; le groupement d'une nationalité, comme ces insensibles cristallisations qu'opère la nature dans les entrailles du globe terrestre, est l'œuvre de l'histoire, des affinités morales et sociales, du temps. On ne détruit pas, d'un trait de plume, à, l'aide d'un protocole diplomatique, celte agglomération d'hommes qu'a soudés ensemble une tradition plusieurs fois séculaire d'habitudes, de croyances, d'intérêts identiques, un faisceau commun de souvenirs, <lef/hires H de revers. Les puissances avaient mé-

â()4 LK GOUVKnNGMKNT DK JUILLET DlSVAIfT H'bUBOFE

connu en 1814 le sentiment belge; en 1830 le parti révolutionnaire parisien, une fraction notable du public français ignoraient de même rhisioire de ce pays qui avait fait les deux révolutions de 1565 et de 1788 pour recouvrer son indépendance, qui jamais ne voulut rester ni Autrichien, ni Espagnol, ni Français, ni Hollandais, qui, en un mot, aspirait à être lui-même.

Depuis deux siècles, la Belgique était travcdllée par le besoin de nationalité, principe vague, instinctif d'abord, qui va s'élargissant, se précisant d*année en année ; son annexion h la Hollande était à ses veux no pur étal défait. Comme récrit M. Nothomb (1), ilnya pas eu de coup d'État en 1830 et cependant il a éclatr une révolution. II y avait un coup dKtat permanent qni datait de 1811; depuis quinze ans, le peuple belge se trouvait moralement dîms une situation violente d'où il a voulu sortir ; il n'attendait que Toccasion propice. Les conditions essentielles du gouvernement représentatif dt'uloes ou dénaturées, un régime indéfînissaMe, manquant do la franchise de Tabsolutisme et des garanties de la liberté, une incompatibilité radicale entre les deux races, chacune ayant et prétendant maintenir ta civilisation, sa religion, son autonomie, la Beltriqur

(1, Il no saurait entrer ilans le «.'alrcilo coi ouvra^re de raconl«îr o:i ii* tailla toiidation du royaume de Hi'l^ritpii' ; les persoimos qui voutini^c: obtenir des renseignements romplcts snr cetle question consulteront ji\c Iruit le irès-remar-iuahle ouvra^'e de M. Xnthouil), intitulé : Esim hi.*ir rique sur la litvoîulian hfhje. Vnir aussi : Ilistnire du Conyrès mj/jVim*

de la Jielgiqut'.; Lèopold \" roi des lielijeit, par M. Théodore Juste. Mj

luire du Parlement belje de i«:iO n Ixis par Krnest Van den Pecreboom:li nelyifjue sons le mjne di /.n>;*w/f/ I*' par M. Thonissen, professeur à riTnivcrsité d<* Louvain, l«Gl. on peut en«!in*c lire dans la Hevw 'Ut Deux-Mondes du T' mai IsTcJ un excellent travail d'un écrivain de --tài:^ mérite, M. .Saiut-K(}né Taillandier.

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