‹ Les historiens de la monarchie constitutionnelleChapitre 3 sur 41 · DE 1830 A · texte numérisé non relu

DE 1830 A

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devenus familiers aux républicains des Étais-Unis. Cependant la Louisiane a encore deux gouvernements et deux administrations: l'une, celle des nègres, des carpet-baggers enfermés dans un bâtiment dit Maison d'État; son pouvoir ne va pas aur delà des limites de cet hôtel, et l'intervention de Farmée fédérale le protège aujourd'hui, comme en 187âetl874, contre la colère du peuple louisianais. L'administration des blancs fonctionne dans toute la ville et dans tout FÉtat ; mais elle n'a pas la sanction du pouvoir central, ce qui la réduit à la position d'insui^é ; son gouverneur a obtenu dix mille voix de majorité^ mais toutes les élections restent soumises sans appel au retuming board^ norpmé pour cinq ans par un sénat nègre. Ce dernier a le droit do rejeter le vote de toute paroisse où il juge qu'il y a eu irrégularité ou intimidation; il peut, en fait, réviser le verdict populaire qui devient une simple formalité. Ce bureau des élections a eu relTro^teric, le cynisme d'annuler 13,000 voix, pour donner la majorité à Kellog et au président Hayes. On comprend l'embarras de ce dernier; il a fait promesses sur promesses aux honnêtes gens ; s'il les tient, il abandonne les aigrefins politiques, les misérables qui ont fait pencher la balance en sa faveur ; s'il les méconnaît, il impose par la force armée un gouvernement de voleurs à la Louisiane qui le repousse, qui veut s'en débarrasser à tout prix, et recourra peut-être à la guerre civile.

Sauf la Louisiane et la Caroline du Sud, les blancs, dans la plupart des autres États, ont, à force de patience et de courage, reconquis la suprématie, mais il leur faudra beaucoup de temps pour réparer les désastres causés par le passage au pouvoir de tous ces maraudeurs, charlatans et flibustiers politiques.

Non-seulement les blancs ont supporté les conséquences d'une guerre impitoyable, barbare, pendant laquelle les armées fédérales brûlaient leurs villes, leurs plantations, détruisaient leurs marchandises, leurs manufactures de coton ; non seulement ils ont, par Témancipation, perdu sans indemnité, un capi-

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tal d'au moins douze milliards, el soutfert avec l'invaMoa des carpel-baggers ua fléau aussi lerriblo que la guerre elle-mSine, mais encDie iU demeurent assujellis au régime douanier de leurs frères du Nord. Ceux-ci, dans le but de protéger le travail de leurs manufactures, ont établi à l'entrée des draps, des soieries, des vins étrangers, des droits proliibîtirs qui varieut de 40 0/0 k aOO 0/0; aussi le Noid vend au Sud ses produits iulioinieut plus cber qu'ils ne coûteraient en Europe. «C'est, disaut les plauteurs du Sud, un tribut pur et simple qu'il prélève sur nous, et un tribut sans compensalion d'aucune sorte... Les manufactures de la Nouvelle-Angleterre nous achètent nos produits aux prix de lu concurrence, ils nous vendent les leurs ttux prix du monopole. C'ost comme si le Nord prenait duns aos pucties la diirérence qui existe entre les articles de cun- •ominulion qu'il nous force à lui acheter et ceux des marchés d'Europe. Il nous traite comme ses triliutaires ; il a aboli cliex nous i'escl&vage domestique qui obligeait les oègres à travailler pour nous, mais il ne se fait auimn sctupule de nous obliger à traTaiiler pour lui; il maintient À son profil et à no* dépens la servitude économique. » Ces tarifs prohibitifs n'ont pas empËché l'induslrie nationale et la marine marchande de subir depuis trois ans une crise des plus graves; ils n'ont pas empêché les faillites de se multiplier d'une manière ell'rayante, le commerce de se démoruliser de plus en plus.

Le snll'rage universel est le phare, l'alpha et l'oméga de la démocratie américaiDc; mais ici comme ailleurs, l'élection se réduit à un escamolage, les votes s'achètent comme bétail au marché, et tout ce qui ne dépasse pas la limite extrême de la lettre delà loi rentre dans le domaine des agissements tolérés;

Icerlaines élections se sont enlevées au moyen des couteaux et des revolvers. On ne respecte pas mieux la sincérité du vote populaire que sa liberté : en fait, le peuple, la fonle, demeure l'instrument inconscient et docile des deux grauds partis qui sous le aom

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de républicains (1) et de démocrates se partagent la puissance. Ces partis ont une organisation permanente, une convention, des comités dans tous les townships, villes, comtés. États de l'Union; ils déploient une activité infatigable, une persévérance prodigieuse, ne se découragent jamais ; battus sur une question, ik transforment aussitôt leur programme ou platform, à vue et sans le moindre scrupule. Les États-Unis, écrit unémineni économiste français, M. de Molinari, qu*on ne saurait suspecter de malveillance à leur endroit, « sont, comme personne ne rignore, TÉtat le plus démocratique qui fût jamais : tous les citoyens, les nègres compris, sont électeurs, éligibles, toutes les fonctions importantes, politiques, administratives et judiciaires sont non-seulement soumises à l'élection, mais encore renouvelables à court terme, un an, deux ans, quatre ans au plus. En droit, le gouvernement américain est donc, à tous ses degrés et dans toutes ses branches, la chose des dix millions d'électeurs américains, et jamais souverain plus absolu n*a régné sur les bords du Gange et de TEuphrate. En fait, le gouvernement des états-Unis, à tous ses degrés et dans toutes ses branches, appartient à une classe de deux ou trois cent mille politiciens divisésen deux camps irréconciliables, et qui trouvent dans la poli* tiqueet l'administration de l'Union, des États et des villes, leurs moyens d'exislence. Ils font de la politique comme les manufacturiers font des étoffes de laine ou de coton, et comme les cordonniers font des souliers... Que dirait-on d'une manufacture de draps ou de souliers dont lès consommateurs réunis dans leurs comices, se chargeraient tous les ans, tous les deux ans, ou tous les quatre ans de renouveler le personnel ? Il est

(1) Les républicains américains représentent dans une certaine mesure nos républicains unitaires, centralisateurs et autoritaires ; les démocrates se montrent partisans du principe fédératif, de l'autonomie des États; ils se rapprochent davantage des principes de Washington, repoussent le dogme de la centralisation ; aux États-Unis, les démocrates sont les conservateurs, les républicains sont les radicaux .

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vrikisemblable que la fabrication de ces articles de première nécessité laîseerajl à désirer et que les consommateurs courraient même le risque de payer de plus en plus cher des habits et des souliers, de plus en plus mauvais. Tel est pourtant le régime politique des États-Unis, et n*en déplaise aux Smith et aux Jones des deux mondes je ne puis le considérer comme le dernier mot de la science politique et de la sagesse humaine. »

Puisque la politique est devenue un métier et le moins estimé de tous, les politiciens veulent vivre de leur profession ; c'est pourquoi toutes les fonctions publiques, électives et autres, sont salariées, et l'on s'elTorce de leur faire rendre le plus possible ; les traitements augmentent sans cesse et rien de plus original que la manière dont le président Grant réussit à faire doubler le sien. Le Congrus lui avait d'abord opposé un refus, se fondant sur le texte même de la Constitution, qui était précis, formel et ne se prêtait à aucune équivoque, Le général Grant ne se découragea point : ses amis présentèrent un bit! en vertu duquel les trailements des sénateurs, des députés et des ministres seraient augmentés en même temps que la liste civile du Président, avec effet rétroactif depuis deux années. Une si ingénieuse combinaison méritait sa récompense : les scrupules de conscience, les objections constitutionnelles du Congrès fédéral se dissipèrent comme par enchantement, et le bill passa à une grande majorité. Aujourd'hui le budget des traitements est plus considérable dans la république américaine, que dans les monarchies de la vieille Europe.

Les honnêtes gens, le patriciat bourgeois, les propriétaires fonciers ne veulent plus ou n'osent plus guère alTronter les chances du scrutin ; soil qu'ils aient préféré s'adonner au commerce et k l'agriculture, soit que la foule, par un sentiment d'ostracisme inhérent à toute démocratie, se déQe d'eux, ils se sont éloignés insensiblement du terrain électoral ; ils ont abandonné la direction pohtique de la société, la composition des

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budgets de rUnion, de rÉiat et des villes, aux manieurs d'argent, aux politiciens^ couftiers d'élections, entrepreneurs de eorruption électorale, c'est-à-dire à un personnel inférieur, composé d'hommes de loi déclassés, intelligents, mais intrigants et dénués de scrupules. Cette émigration morale, cette abdication de l'élite de la nation a produit les résultats les plus fâcheux : ce sont les politiciens qui ont exclu systématiquement de la Présidence des hommes d'État, tels que Henry Glay, Webster, Douglas, pour y appeler des personnages médiocres, comme Buchanan, Abraham Lincoln, Johnson et Grant ; eux qui ont étendu et élargi démesurément le droit de suffhige, qui le manipulent à leur gré, eux qui remplissent les conTentions et les comités de chaque parti, et désignent à la masse électorale des candidats que celle-ci accepte les yeux fermés. Ce sont eux qui au lieu de Toir dans la politique une science sérieuse, TodI rabaissée au niveau d'un métier, d'une carrière industrielle, en ont banni toute conviction généreuse, tout sentiment chevaleresque, eux qui vendent leur influence, leur crédit, leur éloquence aux ambitieux, comme les pharmaciens débitent leurs drogues, les épiciers, leurs denrées. Pour séduire la foule, et continuer à la conduire, ce demi-monde politique ne recule devant aucune exagération, devant aucun moyen ; il répète sans cesse et sous toutes les formes au peuple, il lui persuade que la république modèle {the modelrepubb'rydonne des exemples, des leçons au monde entier, et n'en reçoit pas, que la nation américaine est la nation prédestinée, la nation par excellence r la plus généreuse, la plus magnanime, la seule intelligente, la seule vertueuse, qu'elle a atteint les colonnes d'Hercule du progrès. Gomme malgré tout, on craint que le peuple rie se désintéresse de la chose publique, et ne se dégoûte de venir continuellement voter, les candidats font pleuvoir sur lui une pluie de dollars ; on organise en leur faveur des manifestations qui ressemblent à des farces de carnaval. Great attraction f A

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Toir ces agonis éleclnram, ces clubs, costiiraés en (^aribuldieus, en Peau.i-Rouges, en troubadours, parcourir les rues à pied et k cheval, avec accompagnement de torches, de bannières multîcoUires, d'étendards bigarrés, de musiques, de feux d'artifice, ces orateurs parlant ■> bu milieu de guirlandes de lanternes chidolseK, ta farc tlluminëe par des projections de lumière électriiiue » on se rappelle le cortège du Mardi-Gras, les parades des saltimbanques, les boniments des cbarlatans de la banlieue parisienne, et l'on ne peut s'empÊcher de remarquer que ce n'est pas là l'idéal de la perfection politique et sociale. Les politiciens se sont souvenus du système de domination des Césars sur li> peuple romain : panem et cirrense*: à défaut de pain, ils nourrissent leur troupeau de moulons de Panurge électoral de promesses, de compliments hyperboliques el de spectacles.

Les manieurs d'argent, les faiseurs d'affaires de New-York. de Chicago et de San-Francîsro. les politiciens avec leurs variétés, les lobbysts et les carpet-baggers. voili les maîtres du Congr^8, Toilà ceux qui font do cette démocratie nominale une véritable oligarchie, oft le peuple règne et ne gouverne pas. Diï d'entre eux tenaient dernièrement ce langage au président Grant : " Nous sommes dix devantvous, monsieur le Président, mais nous représentons cent millions de dollars. » Les députés, I6s sénateurs battent monnaie avec leur pouvoir, et reçoivent d'énormes pols-de-vin en échange des concessions d'argent et de terres publiques qu'ils font aux spéculateurs, aux compagnies de chemins de fer : dès i860, un des journaux les plus consld*^rables de NPw-York caractérisait cette honteuse pratique de la manière suivante : ■■ H y a une troisième maison an siège du gouvernement, oft l'on vend la législation en gros ou en détail ; fous pouvez acheter de ces gens-là des lois à la pièce ou h l'aune carrée, à l.i grosse ou h la simple douzaine. Désirez-vous un statut il voire bénéfice particulier, ils sont prêts à le passer pour TOUS, moyennant qu'on le leur paye bien. Plus vons donnerez

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et plus TOUS promettrez sur vos gains futurs, plus vous serez sûr de réussir, plus les moyens seront grands de cajoler et de corrompre les membres. » C'est qu*on a élevé l'Américain dans le culte du dieu dollar, du tout-puissant dollar ; il veut gagner de Targent, honnêtement s*il se peut, mais à défaut des moyens réguliers et corrects, il n'hésitera pas, en général, à recourir aux autres ; l'argent lui tient lieu de probité, de considération» d'honneur politique et commercial ; l'Anglais commencera toujours par s'informer si celui dont on lui parle est noble ; le Français, s'il a du mérite; l'Américain, combien il a de dollars. Les concussions colossales, les scandales monstrueux commis par le parti républicain viennent d'être dévoilés, mis au jour par une enquête solennelle : le général Belknapp, ministre de la guerre, le ministre des finances, ont été convaincus d*aYoir effrontément volé et dilapidé les deniers de l'État ; un ambassadeur en Angleterre blâmé pour avoir pris part à des spéculations déshonorantes ; le président de la Chambre des représentants, des sénateurs, des députés, un attorney général pris en flagrant délit de corruption et de simonie. Partant de si haut, l'exemple a rencontré des imitateurs dans les législatures des États particuliers, dans la plupart des grandes villes, à Saint* Louis, à Chicago, à Cincinnati ; mais ce fut la ville de New- York qui présenta les scandales les plus effrayants. Achetant à deniers ouverts les juges, la presse; dominant par son alliance avec les compagnies de chemins de fer, avec la Tammany, la législature de TÉtat ; ayant partout ses affldés, ses créatures, le conseil municipal de New York formait une vaste association d'escrocs qui accaparait tous les pouvoirs publics. 1,900,000 dollars avaient servi à corrompre une vingtaine de députés récalcitrants, qui, appartenant à un autre parti, avaient dû se faire payer plus cher. En 1869, la dette de la ville ne s'élevait qu'à 30 millions de dollars ; deux ans après elle dépassait cent millions de dollars; on n'avait fait aucune dépense extraordinaire,

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mais les oDiriers municipaux, naguère aventuriers politiques •ans fortune, étaient tous devenus ricbes à millions. Le public appelait couraœmenl l'Hûlel de Ville, la caverne d'AU-Buba , des quarante voleurs, et lorsqu'on voyait ceui-ci dans les rues, on disait plaisamment : prenez garde à vos poches, vcici messieurs les conseillers municipaux de New York. En 1873 seulement, cette immonde puissance fut brisée; la plupart des officiers municipaux ont évité une condamnation et l'obligation de rendre gorge; leur chef, William Twed, envoyé au pénitencier, a même trouvé le moyeu de s'échapper; la peine prononcée contre lui a été annulée pour vice de forme, el c'est encore une subtilité de casuiste, un prétendu vice de forme qui a cmpÊché les ministres prévaricateurs de Grant d'encourir la punition de leurs forfaits. Triste indice du relâchement, de l'affaissement de la moralité publique!

< Ce n'est pas impunément, dit avec raison M. de Molinari, qu'une nation abandonne la direction de ses affaires à unoclasse d'hommesau-dessous de leurUche. Depuis que les politiciens gouvernent les États-Unis, les' catastrophes ont succédé aux catastrophes; ils ont déchaîné la guerre civile, ruiné le Sud par la confiscation et la rapine, élevé à un niveau fantastique le budget de l'Union, gaspillé les revenus publics et introduit jusque dans les sphères les plus élevées la concussion et le vol. Le budget des États-Unis, en y comprenant l'ensemble des dépenses de l'Union et des États particuliers, atteint aujourd'hui le chiffre énorme de trois milliards 500 millions de francs; il dépasse pourune population h peine supérieure à celle de la France, de plus deoOOmillions le budget français, quoique la dette américaine soit inférieure à la dette française, quoique l'armée permanente de l'Union ne soit que de vingt-six mille hommes, quoique aux Étals-Unis la plupart des travaux publics dont l'État est chargé en France soient exécutés aux frais et B risques de l'industrie privée. En outre on peut évaluer, sansexa-

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gfiration aucune, au tiers du budget des dépenses, le coulage résultant des pratiques Téreuses auxquelles le personnel gourernant et administrant a recours pour suppléer à rinsufïïsance des émoluments attachés aux fonctions publiques. Total, cinq milliards au bas mot. Voilà ce que coûte au peuple américain une classe dirigeante de qualité inférieure. »

Nous sommes loin de cette virginité politique des États-Ùfais tant vantée par les faiseurs d'idylles parlementaires, par les abstracteurs de quintessence démocratique. En dehors des magistrats de la Cour suprême, tous les juges sont souttils à Télèction, et la justice est plus mal rendue en Amérique que partout ailleurs. Ajoutez qud les lois votées au Congrès sont souvent en désaccord avec celles des législatures locales, qiie la manie de légiférer est universelle aux États-Unis, et vous aurez une idée de ce chaos judiciaire, de ce labyrinthe inextricable ; aussi l'Amérique est-elle la terre promise des avocats, mais les procès s'y éternisent au grand détriment des parties intéressées. Qu'attendre d'ailleurs de magistrats dont les procédés sont dilatoires et ruineux pour les plaideurs, et qui sont les hommes d'un parti? Ils favorisent ou tolèrent ces malversations, ces fraudes dont nous venons de parler : un publiciste américain résumait cette situation, en écrivant que le criminel a neuf chances sur dix d'échapper au châtiment qu'il mérite. A côté de notre administration, de notre magistrature françaises, si intègres, si savantes, les fonctionnaires et les juges américains font une bien triste figure. De là ces terribles comités de vigilance qui ont pour but de suppléer à l'impuissance, à rinactîon d'une justice corrompue et vénale, qtii, liés par des serments solennels, procèdent dans l'ombre et le silence comme les anciens tribunaux vehmiques et appliquent la loi redoutable de Lynch. Un individu est-il présumé coupable d'un crime, l'association mystérieuse se réunit, arrête, fait comparaître le prévenu devant un jury improvisé et après une

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défense lominaire, le jupe, et s'il y a lieu, l'exécute. «Cette odieuse pratique, dit M. Claudio Jannet, qui a pris naissance dans le Far-West et la Californie quand aucune justice régulière n'était constituée, va se propageant dans Iss États d'ancienne formation, précisément à cause des défaillances de la magistrature et du jury. 11 y a peu de temps, dans le Missouri, le peuple h lynrhé un juge et un attorney soupçonnés de connivenpe avec une bande de Toleurs. Des faits de ce genre se sont rércmment passés dans la Louisiane, la Virginie, le New-Tnrk, le Maine, le Massachusetts lui-même, l'hUal modèle... Depuis {9?)\ l'institution des comités de vigilance, qui, tout en témoignant de la vitalité du peuple américain et de l'énergie des honnêtes gens, a des dangers immenses, est allée en se propageant. Elle s'est développée dans les États du Sud, où lo régne des radicaux a amené une anarchie elTrayanle, En Louisiann, les comités de vigilance fonctionnent au grand jour et ont une existence presque olBcielie. »

Les grandes associations flnancières, les compagnies de chemins do fer, sont fréquemment maltresses des tribunaux cl des parlements; c'est avec la complicité de ceux-ci que la compagnie de Pensylvanie s'est emparée de 7000 kilomètres de chemins, possède de nombreux canaux, des districts houillera et règle souverainement ses tarifs. Il y a trois ans, toute la presse a parlé de ces doux compagnies qui avaient engagé une véritable bataille pour s'emparer d'une troisième. Lo plus souvent elles se coalisent entre elles, exercent tous les monopoles, et créent une centralisation industrielle des plus dangereuses.

Tous les quatre ans, a lieu l'élection présidentielle: si un nouveau parti l'emporte, les <piatrH-vingt ou cenl mille fonctionnaires dépendant du pouvoir exécutif, sont changés depuis le ministre jusqu'au dernier des bureaucrates : on se demande comment l'Union peut résistera celte grande rurée inlermit-

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