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XXVIII INTRODUCTION

tente, à cette invasion périodique des Vandales, comme l'appellent eux-mêmes les Américains, et Ton est tenté de croire que pour retrouver la république de Washington, il faut Taller chercher dans l'histoire de son passé.

La dépense du gouvernement fédéral décuplée ; la dette augmentée de douze milliards, les grandes villes devenues des foyers de corruption plus intenses que celles de l'Europe; les classes élevées repoussées ou s*exllant volontairement du pouvoir et des emplois, rabaissement des mœurs politiques et commerciales, la vénalité, Timprobité régnant sur les représentants de la nation, sur la justice et l'administration; le sufiTrage universel faussé et dénaturé, voilà les conséquences de Tavénement du parti radical et des politiciens. Ajoutons que si tout le monde jouit des bienfaits de Tinstruction populaire et moyenne, les hautes études, les sciences sociales et les arts sont singulièrement négligés aux États-Unis. Du côté des Chinois, du côté des Allemands se dressent des problèmes économiques, des problèmes politiques d'une gravité pénétrante. Les Chinois émigrent en masse aux États-Unis où le quinzième amendement constitutionnel leur accorde comme aux nègres le droit de suffrage; loin de prendre les habitudes de la race anglosaxonne, ils conservent leur langue, leur religion, leurs traditions immobiles, leur immoralité profonde, leurs idées si antipathiques au génie américain. Les fils du Ciel sont, il est vrai, patients, industrieux et sobres, se contentent d'une modeste rémunération, abordent les travaux les plus humbles et les plus pénibles; mais si, grâce à eux, les spéculateurs, les industriels de la Californie, les planteurs du Sud peuvent ramener le taux des salaires à un certain équilibre, ils excitent la colère des ouvriers blancs qui redoutent l'importation de ces travailleurs à bas prix. D'autre part l'émigration germanique prend depuis trente ans des proportions extraordinaires ; ce sont les Allemands qui peuplent principalement les États de l'Ouest :

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investis de tous les droits des citoyens de l'Union, ils estiment l'Américain pur sang pour sa persévérance, son courage, son aptitude au se/f-govemmcnt; pour le reste, ils se croient supérieurs à lui, et leurs tendances antichréliennes, matérialisles et autoritaires dunnont lieu de craindre qu'ils n'allèrent profondément le caractère national.

Les penseurs les plus élevés, les hommes d'État les plus éminents de l'Union s'elTrayent 1 bon droit de cet antagonisme d'intérêts et d'idées, de cesTerments de discordes qui s'accentuent de plus en plus entre les trois grandes régions de l'Ouest, du Nord cl du Sud, déjà séparées par d'énormes distances; la différence des climats, des conditioos géographiques, des modes de labeur, des getires de production enTantent des dissentiments dejour en jour plus caractérisés, Beaucoup expriment les appréhensions les plus vives au sujet de ces difTérences profondes qui pourraient amener dans l'avenir la formation de trois grands États complètement distincts et indépendants. Ue souvenir de la guerre de Sécession devrait rester présent k tous comme une leçon douloureuse et menaçant comme une épée de Damoclës. En matière de relations extérieures, les Américains poursuivent un idéal politique qui atteste chei; eux un grave défaut de prévoyance et de raison ;ils veulent l'extension indéfinie de leurs frontières, la réalisation do cette fameuse doctrine de MonroC : « l'Amérique doit appartenir tout entière aux Américains ;» ils n'ont pas respecté les règles du droit des gens et de la justice internationale dans les guerres qui ont amené l'annexion du Texas, du Nouveau- Aiexique et de la Californie; ils se (latlent de réduire bientôt sous leur domination l'Amérique anglaise, le Canada et les Antilles : « lis ne voient pas, écrit M. Passy dans son beau liTre sur les formes de gouvernement, qu'il y a pour toutes les agglomérations de peuples etde territoires un degré d'é-

I tendue au delà duquel aucun gouvernement ne saurait suffire

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à sa tâche, et il n'y a rien de trop téméraire à affirmer qu'il ne s'écoulera pas un demi-siècle sans que de nouvelles et sanglantes collisions ne Yiennent le leur apprendre. »

On le voit, les points noirs ne manquent pas à rhorizon politique de l'Union et il eût été facile de charger davantage le tableau. La prédiction de M. de Maistre s'est accomplie, l'enfant est devenu un homme fait, et il a les défauts de la maturité. Cependant nous sommes bien loin de croire que l'Union soit impuissante à se relever; les hommes comme les nations sont un composé de bien et de mal, les uns et les autres étonnent sans cesse par un mélange de qualités, de vertus, de vices, de passions contradictoires, qui se font contre-poids, se compensent. C'est dans cet amalgame étrange et surnaturel, dans cette fusion, que se forme cet ensemble puissant et bizarre, grandiose et parfois mesquin qu'on appelle une société; l'histoire nous renseigne, il faut qu'un peuple commette de bien grandes fautes, il faut que sa religiou, son patriotisme, l'abandonnent pour que Dieu permette sa décadence fatale et irrémédiable. Loin de là, l'Union demeure, en dehors des grands centres de population et malgré les défaillances de la politique, une puissante démocratie rurale, appuyée sur la propriété, le travail et la religion ; elle a rompu ouvertement avec le préjugé français, et ses fondateurs ont établi le siège du pouvoir exécutif, du Congrès fédéral, dans une petite ville, à Washington, donnant par là aux gouvernements européens une admirable leçon de sens pratique, et coupant court au fléau de nos vieilles sociétés, aux révolutions de la populace. Ne l'oublions pas, la race anglo-saxonne est la race individualiste par excellence et la plus propre à jouir de la libertés II faut louer encore dans le peuple américain ce patriotisme ardent, ce respect du droit des majorités, cet esprit énergique, actif, ingénieux, qui l'ont conduit si vite à une si haute fortune ; sa générosité est proverbiale, et le citoyen des États-Unis n'hésite

IKTBQDIJCTIOK

B jamais à Taire les plus grands sacriSces pour In cause qu'il veut servir. 11 a le culte do la femme et de la raniille. Ses iagéoieurs, ses mécaniciens, ses industriels, ses agriculleitrs seraient partout au premier rang. L'Union ne renferme pas plus de 40 millions d'habitants, et elle possède ua continent grand comme l'Europe où elle a créé de toutes piët'.es les assises et le matériel d'une civilisation ; il y a là des territoires aussi étûodus que la France qui sont à peine eiplorés et qui renferment des richesses incalculables au point de vue agricole et industriel: Après la guerre de Sécession, on a pu licencier dujour au lendemain un million d'hommes sans le moindre embarras, tant le paya est vaste, tant le champ offert au travail est varié. Aussi la question sociale n'existe pas aux États-Unis ; les relations du salaire et du capital ont lieu naLuretlemcnl, paciliqucnu'ul, la moyenne des salaires est de deux à trois dollars, dix à quinze francs par jour, et l'on trouve tout simple de payer un haut prix les services de l'homme, auquel la propriété s'offre en quelque sorte presque gratuitement. Mais supposez ce contiaeut habité par trois cents millions d'hommes, et, comme on l'a dit, le combat pour la vie ^Mt! stragyle fui' life) y sera tout aussi terrible que dans l'ancien moude, plus dur même, à cause des habi- - tudes de prodigaUté et d'imprévoyance qui atteignent toutes lea

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11 n'y a pas d'assimilatioa possible entre lea États-Unis et la France; les différences sont profondes comme l'Océan qui sépare les deux pays, et celte vérité jaillit, nous l'espérons, de notre court exposé. Vouloir appliquer à l'uB de ces peuples les institutions de l'autre, c'est prétendre guérir indifféremment toutes les maladies avec le même remède et sevoueràl'empirisme politique. Les Etats-Unis, nés d'hier, grandissent et se développent sans craindre de se heurter i d'autres nations : la faiblesse de leurs voisins vient encore augmenter leur force, leur armée permanente dépasse à peine le chiffre de

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vingt-cinq mille hommes. La constitution américaine est purement démocratique ; la race qui peuple cet immense territoire est surtout anglo-saxonne, c*est-à-dire profondément indiyidaaliste et propre au self govemmeni; le principe fédéra lif |a été jusqu'ici la sauvegarde de son gouvernement et le contrepoids de la démagogie; la religion est le protestantisme, avec ses innombrables sectes dissidentes, c'est-à-dire la raison opposée à la foi. Au contraire le génie de la France est essentiellement monarchique, centralisateur et unitaire, sa civilisation est franco-romaine et vingt fois séculaire ; le droit romain, la civilisation romaine ont laissé une profonde empreinte dans toute notre histoire, dans nos sciences, dans nos arts ; notre religion est le catholicisme avec sa majestueuse et grandiose unité, et cette religion est Thumiliation de la raison devant la foi. En face de grandes et puissantes nations, qui nous coudoient, nous jalousent et nous épient, qui voudraient noas appliquer la loi de Darwin? la nécessité des armées permanentes s'impose fatalement à nous. Enfin la France a moins d'étendue que certains États de l'Union, et cependant sa population est presque aussi nombreuse que celle des États-Unis ; aussi les hommes s*y pressent, drus et serrés, se combattent pour l'existence, pour la propriété, et leur agglomération engendre ces terribles questions sociales, qui sont, en quelque sorte, la tunique de Ncssus des vieilles sociétés.

SUISSK

A côté des inQniment grands, les infiniment petits; leprincipe fédératif a rencontré une seconde application chez un peuple européen, voisin de la France, dont le territoire égale à peine celui de trois de nos départements. Cette énorme différence d'étendue suffirait seule pour détourner d'établir unocompa-

iit-rnoDrcTiOK sxsm

raison entrû les deux pays, et repousser les assimilatious de nos docteurs ôsstiences politiques, ingénieux mais chimériques, qui n'aperçoivent pas quels rapports intimes existent entre la constitution et la taille des sociétés. Comme l'écrit M. Guiiol : « si l'on adaptait une macbine à vapeur de six cents chevaux à un petit bâtiment, elle le mettrait en pièces au lieu de le faire matcher; il en est de môme des constitutions : c'est une erreur immense en théorie et fatale en pratique de croire que la machine qui convientàun grand État, convienne égalementàun petit " .

A en croire certains observateurs peu réHéchis, la Suisse serait un véritable paradis, un empyrée politique et social; l'harmonie el la conBance seraient sans cesse k l'ordre du jour, jamais de discordes, jamais de conQits dans les communes et les cantons ; le principe fédératif serait reconnu el respecté par tous, C'est là une véritable idylle, que les faits démontrent controuvée, c'est un portrait que les peintres ont singulièrement embelli; en dépit de nos Shéhérazades idéologues, l'histoire de la démocratie en Suisse nous apparaît pleine d'enseignements contraires; elle nous apprend combien le principe fédératif est de fraîche date en ce pays, quels échecs il a déjà regus, s'il a pu garantir la liberté cantonale el individuelle, ce qu'il faut penser de la prétendue supériorité des Suisses à notre égard. Comme aux États-Unis, on trouve ici en désaccord le mot et la chose, les principes et leur application; on voit l'orgueil, la passion, l'inconstance des hommes dénaturer les institutions les plus sages, les interpréter de manière à les détruire.

Rien de plus difficile que de fixer, do préciser les caractères la constitution suisse; pareille aux divinités hindoues, cette constitution change sans cesse d'aspect, de forme, de ligure, el il devient presque impossible de ta suivre dans ses avatars; c'est encore pis, si l'on veut pénétrer dans t'inihrogtio, dans le dédate des lois cantonales; il est aussi téméraire de

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