A notre insu, without onr knowing it
L'élite de l'armée et l'empereur était perdu si une seule des flammèches qui volaient sur nos têtes s'était posée1 sur un seul caisson. C'est ainsi que, pendant plusieurs heures, de chacune des étincelles qui traversaient les airs dépendit le sort de l'armée entière.
Enfin le jour, un jour sombre, parut ; il vint s'ajouter à cette grande horreur, la pâlir, lui ôter son éclat. Beaucoup d'officiers se réfugièrent dans les salles du palais. L,es chefs, et Mortier lui-même, vaincus par l'incendie, qu'ils combattaient depuis trente-six heures, y vinrent tomber d'épuisement et de désespoir.
Ils se taisaient et nous nous accusions. Il semblait à la plupart que l'indiscipline de nos soldats avait commencé ce désastre et que la tempête l'achevait Nous nous regardions nous-mêmes avec une espèce de dégoût. L,e cri d'horreur qu'allait jeter l'Europe nous effrayait. On s'abordait les yeux baissés, consternés d'une si épouvantable catastrophe : elle souillait notre gloire ; elle menaçait notre existence, présente et à venir.2 On ne sortait de cet abîme de pensées, et des accès de fureur qu'on éprouvait contre les incendiaires, que par la recherche avide des nouvelles, qui toutes commençaient à accuser les Russes seuls de ce désastre.
En effet, des officiers arrivaient de toutes parts, tous s'accordaient. Dès la première nuit, celle du 14 au 15, un globe enflammé s'était abaissé sur le palais du prince Troubetskoï, et l'avait consumé : c'était un signal. Aussitôt le feu avait été mis à la Bourse ;3 on avait aperçu des soldats de police russe l'attiser avec