Sur beaucoup de pointa, in raany cities
DU XIXe SIECLE. 277
Lorsque le commandant en chef de la garde nationale, le général Jacqueminot donna Tordre de réunir les légions, un grand nombre de gardes nationaux, honnêtes et paisibles, ne se rendirent pas à l'appel. Ils ne voulaient ni révolution, ni réformes arrachées par l'émeute aux pouvoirs légaux, mais ils hésitaient à entrer en lutte avec l'uniforme de leur corps et le vœu en apparence modéré de leurs camarades. Ils restaient dans leurs demeures, tristes et inquiets.
Le roi était triste et plus inquiet que les bourgeois de Paris. L'agitation était grande au château. Elle l'était plus encore dans les rues, habilement excitée par quelques meneurs de l'insurrection, étourdie et spontanée parmi les masses, facilement entraînées par les clameurs révolutionnaires. Le flot curieux des oisifs accroissait dangereusement la foule dans les places et sur les boulevards.
Tout à coup, en face du ministère des affaires étrangères, vers neuf heures du soir, se fit entendre une de ces détonations fatales, accidentelles ou préméditées, qui se retrouvent souvent dans l'histoire à l'origine des grands soulèvements populaires. La troupe était jusqu'alors restée immobile et patiente ; elle se crut attaquée et fit feu à son tour, plusieurs personnes tombèrent, les unes frappées à mort, les autres blessées, d'autres renversées et foulées aux pieds. Un désordre immense, mêlé d'effroi et décolère, éclata sur le théâtre et tout à l'entour des événements ; c'était pour les insurgés, acharnés et résolus, le moment d'agir. Une charrette se trouvait là qui fut aussitôt chargée des cadavres et promenée à travers la ville, d'un bureau de journal à l'autre, dans les quartiers les plus populeux, aux cris de : * ' Vengeance ! aux armes ! A bas Guizot !
la tête de Guizot ! " Au point du jour,1 Paris se trouva couvert de barricades.
Depuis soixante heures les troupes étaient restées immobiles devant l'émeute, les pieds dans la boue, le sac au dos,2 laissant les émeutiers attaquer les gardes municipaux, brûler les corps de garde, couper les arbres, briser les réverbères et haranguer les soldats. Elles étaient d'ailleurs mal pourvues de vivres et de munitions. Nulle part le combat n'était engagé ; une foule suppliante d'hommes honnêtes, effrayés et consternés, assiégeait l' état-major, conjurant le maréchal Bugeaud de retirer les troupes qui irritaient le peuple et de laisser à la garde nationale le soin d'apaiser l'émeute. Sur ces entrefaites la nouvelle arriva que M. Guizot n'était plus ministre. L,e maréchal dicta à ses officiers leurs instructions de retraite : i ' Par ordre du roi et des ministres, vous devez vous replier sur les Tuileries.3 Faites votre retraite avec une attitude imposante, et si vous êtes attaqués, retournez-vous et prenez l'offensive." Un moment, le roi avait paru dans la cour des Tuileries, passant en revue quelques bataillons de la garde nationale. Aux cris de ' ' Vive le roi !" se mêlaient des cris plus nombreux : ' ' Vive la réforme ! à bas Guizot ! " ' ' Vous avez la réforme, M. Guizot n'est plus ministre ! ' ' disait le roi . Les cris redoublaient, il rentra dans le palais.
L,à se pressait aussi une foule confuse, animée de sentiments divers, troublée par des craintes évidentes