Ils tairait tête, they resisted
DU XIXe SIECLE. 30f
bandes républicaines finirent par être enveloppées et accablées entre les niasses de troupes parties des boulevards, de Saint-Eustache et de l'Hôtel-de- Ville.
Ce fut la fin de cette affreuse journée.
L,' aspect de Paris fut sinistre le lendemain matin. Des mares de sang se voyaient çà et là sur les trottoirs des boulevards. Des cadavres avaient été rangés à l'entrée du faubourg Montmartre. Un bien plus grand nombre, plus de 350, suivant le témoignage du conservateur du cimetière du Nord, furent transportés dans ce cimetière; le conservateur avait eu ordre de les enterrer immédiatement; il n'obéit qu'à moitié et laissa les têtes hors de terre, afin que les familles pussent du moins reconnaître leurs morts !
Les Parisiens ne devaient plus rire de Louis-Napoléon : il avait réussi à se faire prendre au sérieux;1 le ridicule avait disparu sous l'horreur. Le coup d'État l'emportait. Les faibles se hâtent de se rallier; les forts s'indignent de leur impuissance à punir le crime triomphant; la foule, abasourdie, se tait; le grand nombre s'affaisse dans la prostration. On voit, durant la journée du 5 décembre, circuler lentement sur les boulevards des figures silencieuses et sombres, qui respirent une fureur concentrée; dans les quartiers du centre, on renouvelle quelques faibles essais de barricades, presque aussitôt abandonnées. Tout était bien fini dans
Paris !
Hknri Martin.
1. Il avait réussi à se faire prendre au sérieux, ne had succeeded in making himself f eared.
302 LKS HISTORIENS FRANÇAIS
En dépit des violences du coup d'État, la France accepta la nouvelle constitution qu'on lui proposait et, le 7 novembre 1852, le Sénat proclama Louis-Napoléon empereur des Français, sous le nom de Napoléon III. La proclamation officielle se fit à Saint-Cloud le 2 décembre.
Dans un de ses discours, le nouvel empereur avait prononcé ces mots fameux : " L'Empire, c'est la paix." Mais en dépit de cette déclaration, les 18 années du règne de Napoléon III furent ensanglantées par plusieurs guerres dont la première fut la guerre de Crimée (1854-1855).
La Russie, gouvernée par Vempereur Nicolas, ayant voulu s'emparer de Constantinople et se rendre ainsi maîtresse absolue de toute l'Europe orientale, la France, l'Angleterre et la Turquie s'unirent pour mettre un frein à son ambition.
C'est dans la presqu'île de Crimée, sur la mer Noire, que furent livrées les batailles les plus célèbres, parmi lesquelles il faut citer celle d'Inkermann, dans laquelle l'armée anglaise, surprise par les Russes, courut le plus grand danger.
BATAILLE D'INKERMANN [6 novembre 1854]
Il était près de cinq heures du matin; le brigadier général Codrington venait de visiter les gardes avancées de sa brigade de la division légère. Aucun mouvement de P ennemi n'avait encore donné l'éveil et fait soupçonner sa présence; cependant il s'avançait déjà en masses énormes, commençant à escalader les hauteurs, presque à pic,1 qui commandent la vallée; les pièces d'artillerie étaient prêtes à prendre leurs positions, aussitôt que les premières clartés du jour leur permettraient de se placer et d'assurer la direction de leur tir.