‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 195 sur 249 · Piquets, hitching posts · texte numérisé non relu

Piquets, hitching posts

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Pennefather, s'est formée, pendant que les avant-postes combattent et meurent un à un : une brigade se jette sur la pointe des hauteurs avec le général Adams pour arrêter l'ennemi qui s'avance à travers les taillis touffus, sous la protection d'une nuée de tirailleurs dont le feu est terrible.

La belle brigade des gardes est debout, elle s'élance au front de bataille, à l'extrême droite de la 2e division; à sa tête sont le duc de Cambridge et le major général Bentinck. Rien ne les arrête; la mitraille troue leurs rangs qui se reforment aussitôt.

Les bataillons de la division légère, commandée par Sir George Brown, courent au feu à mesure qu'ils se forment;1 l'une des brigades s'arrête sur les terrains en pente qui descendent à Sébastopol, l'autre se porte en avant; plus loin, la 4e division du général Cathcart s'est jetée adroite du point d'attaque ; une de ses brigades, celle du général Goldie, occupe la gauche d'Inkermann.

Les batteries de la ire et la 2e division ont pris position sur le front des lignes et commencent aussitôt un feu inégal contre cette pluie de fer qui vient à la fois de l'artillerie que les Russes ont amenée, des canons de la place et surtout des vaisseaux de guerre qui lancent du fond de la baie des volées de mitraille.

Toutes les dispositions sont prises à la hâte pour arrêter ce torrent humain qui envahit à la fois tout le plateau. Sur la 20 division qui défend le front d'attaque et occupe une petite redoute non armée, d'épaisses colonnes s'élancent en poussant des cris sauvages; d'autres gravissent les pentes qui font face à l'extrémité du

1, A mesure qu'ils se forment, as soon us thoy n; 0 formod in line.

port, tandis que de nombreux bataillons viennent aussi menacer le flanc et les derrières des lignes anglaises par les deux routes qui, du fond de la vallée d'Inkermann, conduisent sur la hauteur.

Toutes les divisions sont accourues, nos intrépides alliés ont reconquis une partie du terrain un instant envahi. Mais l'ennemi est là; de toutes parts ses colonnes se pressent, et reparaissent chaque fois plus menaçantes, plus compactes, plus furieuses.

C'est du côté de la redoute où était accourue la brigade des gardes que le combat fait fureur, au milieu du brouillard et de la pluie. Là, se fit remarquer dans toute son étendue le froid et infatigable courage des Anglais, couvrant, sans l'abandonner, de leurs cadavres amoncelés, ce sol qu'ils ne peuvent plus défendre.

Le lieutenant général Cathcart, voyant une colonne d'infanterie russe déborder la position, espéra, par un mouvement audacieux, faire une diversion1 en prenant l'ennemi de flanc, et s'élança avec quelques compagnies dans le ravin; mais les Russes étaient déjà maîtres des hauteurs voisines. Le général n'hésite pas, il se met à la tête de ses soldats, l'épée à la main, et ayant à côté de lui son aide de camp, le colonel Seymour, se précipite sur les rangs ennemis. Bientôt, enveloppé par une autre colonne, que cachait à la fois un pli de terrain et ce voile épais tombé du ciel sur la terre, le général Cathcart est frappé mortellement un des premiers, et près de lui le colonel Seymour, qui cherchait à relever le corps sanglant de son général. Cette poignée de soldats s'élance alors au travers des rangs ennemis avec l'élan du désespoir, et se fraye, pour

1. Faire une diversion, change the scène of figkting, attract the enemy to some other place.

rejoindre la division, un chemin qu'elle teint de son sang.

Il était près de huit heures, lorsque les troupes commandées par le général Bourbaki se précipitèrent sur le champ du combat, et que les batteries à cheval de la réserve du commandant de La Boussinière ouvrirent le feu. Sur remplacement des camps anglais que traversait la colonne, les cadavres russes étaient mêlés aux cadavres anglais, et indiquaient qu'une lutte terrible avait eu lieu sur ce point. De tous côtés on voyait des tentes renversées et déchirées en lambeaux par la mitraille, des débris d'uniformes, des armes appartenant aux deux nations, que les terres humides recouvraient à moitié, et des blessés oubliés au milieu des morts et des mourants. En arrivant vers la batterie fixe que les Anglais avaient établie, en avant de leur camp, sur le plateau, le général Bourbaki forma ses bataillons en bataille, et, sans attendre un seul instant, s élança, l'épée haute, à la tête de ses vaillants soldats, au milieu des broussailles élevées qui couvraient le sol. — La France tendait la main à l'Angleterre, et venait prendre sa part du combat.

En voyant accourir leurs alliés avec cet élan impétueux qui leur est propre, les Anglais poussèrent une longue acclamation et cessèrent un instant de combattre pour agiter leurs armes ensanglantées. Les blessés se relèvent à moitié et crient : hourra !... Les troupes françaises répondent par les cris répétés de vive l'Empereur ! puis les bataillons chargent avec fureur. On dirait une, masse de fer mue par une puissance invisible. Déjà ils ont fait deux larges trouées dans les rangs ennemis; sous leurs pas, les morts s'entassent et les Russes rétrogradent; les pieds marchent sur des ca-

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davres que cachent les broussailles, et étouffent des mourants qu'on ne voit pas.

L'ennemi, un instant épouvanté par cet ouragan humain, resserre ses rangs éclaircis; les chefs animent leurs soldats et s'élancent les premiers sur nos baïonnettes avec une intrépidité sans égale ; alors le combat redouble. Nos deux bataillons, écrasés par le nombre, sont à leur tour repoussés par le flot toujours croissant; mais ils se retirent pied à pied, combattant comme des lions. Le brave colonel de Camas est tombé frappé d'une balle dans la poitrine; car il s'était jeté au plus fort de la mêlée, donnant à tous l'exemple du plus intrépide et du plus audacieux courage. Deux fois refoulés et deux fois revenant à la charge, les Russes reprennent pied sur ce même terrain1 où gît déjà privé de vie le corps du colonel, entouré de ses soldats morts, comme il était, quelques instants auparavant, entouré de ses soldats vivants.

Le lieutenant-colonel de Roujoux, dont l'Aima2 a déjà montré l'audace et l'énergie, est au milieu de son artillerie, se multipliant partout où le danger l'appelle. Déjà il a eu deux chevaux tués sous lui ; et, frappé luimême par un biscaïen, il quitte à regret le combat.

Le commandant de La Boussinière, malgré le feu de mitraille qui hache à tout instant ses hommes et ses chevaux, résiste en désespéré et continue son tir sur les batteries qui couronnent les hauteurs. Les bataillons français sont débordés sur la droite3 par des forces su-

1. Reprennent pied sur ce même terrain, took again a foothold on that very same ground.

2. L'Aima is a small river in Crimea, near which the allied forces of France and England conquered the Kussians on September 20th, 185é.

3. Sont débordés sur la droite, were outfl anked on the right.

périeures; aussitôt le commandant prend la batterie placée à gauche de la redoute et la porte vigoureusement à sa droite; là, il recommence son feu à courte distance sur les colonnes russes, et y sème le désordre par ses boulets et ses obus.

Le général Bosquet est accouru; il voit l'ennemi envahir les abords du plateau; il voit ses braves régiments plier sous le fardeau d'une lutte inégale, et il lance pour les soutenir de nouveaux renforts. A côté d'eux, il les anime, il les guide, et, au milieu de la mitraille, avec son état-major, sonde la profondeur des masses qui débouchent de toutes parts. Presque sur ses pas arrive une batterie de la seconde division que conduit le commandant Barrai; cet officier supérieur rejoint le général Bosquet au moment où celui-ci, l'épée à la main, revenant d'examiner d'un coup d'oeil calme et résolu la gravité de la position, organise en nouvelles colonnes d'attaque les troupes du général d'Autemarre. Le commandant lui annonce l'arrivée de sa batterie et lui demande ses ordres.

— " Je vais, lui répond le général, charger à fond avec les troupes que j'ai sous la main, pour reprendre aux Russes toutes ces positions ; les Anglais doivent garder ma gauche; établissez vos pièces de manière à appuyer mon mouvement. ' '

Aussitôt la batterie de la seconde division vint prendre place sur le terrain où l'artillerie de la réserve, à bout de munitions,1 lutte encore avec des pertes considérables en hommes et en chevaux. Le colonel Forgeot fait ranger les pièces en batterie sur la crête, pendant que le commandant Barrai, se portant en avant, veut

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