‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 55 sur 249 · PRISE DE LA BASTILLE · texte numérisé non relu

PRISE DE LA BASTILLE

L,e peuple, qui ne se contentait ce jour-là d'aucune excuse et qui se croyait de plus en plus trahi, se porta en masse vers l'Hôtel des Invalides,1 qui contenait un dépôt d'armes considérable. Il ne montra aucune crainte des troupes établies au Champs-de-Mars,2 pénétra dans F hôtel malgré les instances du gouverneur, trouva vingt-huit mille fusils cachés dans les caves, s'en empara, prit les sabres, les épées, les canons, et emporta toutes ces armes en triomphe. Les canons furent placés à l'entrée des faubourgs, au château des Tuileries, sur les quais, sur les ponts, pour la défense de la capitale contre l'invasion des troupes, à laquelle on s'attendait d'un moment à l'autre. Pendant cette matinée même on donna l'alarme en annonçant que les régiments postés à Saint- Denis3 étaient en marche et que les canons de la Bastille étaient braqués sur la rue Saint-Antoine.4

1. L'Hôtel des Invalides, the construction of which was begun in 1674, was built under the direction of the celebrated architect Mansard. It is used as a home for old soldiers and contains the romains of Napoléon I.

2. Champ -de- Marx, the drilling grounds of the Taris Garrison.

3. Saint-Denis, is a small town situated a fow miles north of Paris where the tombs of Frenoh Kings are to be seen.

4. La rue Saint-Antoine^ is a long street extending east of the "place de la Bastille '' and is mainly inhabited by cabinet-makers.

DO XIXe SIECLE. 6l

Le comité envoya de suite à la découverte,1 plaça des citoyens pour défendre ce côté de la ville, et députa au gouverneur de la Bastille pour l'engager à retirer ses canons et à ne commettre aucune hostilité. Cette alerte, la crainte qu'inspirait la forteresse, la haine des abus qu'elle protégeait, la nécessité d'occuper un point si important et de ne plus le laisser à ses ennemis dans un moment d'insurrection dirigèrent de ce côté l'attention du peuple. Depuis neuf heures du matin jusqu'à deux heures, il n'y eut qu'un mot d'ordre d'un bout de Paris à l'autre : A la Bastille ! à la Bastille ! Les citoyens s'}r rendaient de tous les quartiers par pelotons, armés de fusils, de piques, de sabres. La foule qui l'environnait était déjà considérable; les sentinelles de la place étaient postées, et les ponts levés comme dans un moment de guerre.

Un député nommé Thuriot de la Rosière, demanda alors à parler au gouverneur, M. Delaunay.2 Admis en sa présence, il le somma de changer la direction de ses canons. Le gouverneur répondit que les pièces avaient été de tout temps sur les tours; qu'il n'était pas en son pouvoir de les faire descendre; que du reste, instruit des inquiétudes des Parisiens, il les avait fait retirer de quelques pas et sortir des embrasures. Thuriot obtint avec peine de pénétrer plus avant et d'examiner si l'état de la forteresse était aussi rassurant pour la ville que le disait le gouverneur. Il trouva, en avançant, trois canons dirigés sur les avenues de la place et prêts à balayer ceux qui entreprendraient de la forcer. Envi-

1. Envoya de suite à la découverte, sent at once somebody to reconnecter.

2. Delaunay, sometimes wiitten " de Launay," was born at Paris in

ron quarante Suisses et quatre-vingts invalides1 étaient sous les armes. Thuriot les pressa, ainsi que l' état-major de la place, au nom de l'honneur et de la patrie, de ne pas se montrer ennemis du peuple ; les officiers et les soldats jurèrent tous de ne pas faire usage de leurs armes s'ils n'étaient point attaqués. Thuriot monta ensuite sur les tours ; de là il aperçut une multitude immense qui accourait de toutes parts et le faubourg Saint- Antoine qui s'avançait en masse. Déjà au dehors on était inquiet de ne pas le voir revenir, et on le demandait à grands cris. Pour rassurer le peuple, il se montra sur le rebord de la forteresse, et fut salué par des applaudissements qui partirent du jardin de l'Arsenal. Il descendit, rejoignit les siens, leur fit part du résultat de sa mission, et se rendit ensuite au comité.

Mais la multitude impatiente demandait la reddition de la forteresse. De temps en temps on entendait s'élever du milieu d'elle ces paroles : Nous voulo?is la Bastille ! nous voulons la Bastille ! Plus résolus que les autres, deux hommes sortirent tout à coup de la foule, s'élancèrent sur un corps de garde, et frappèrent à coups de hache les chaînes du grand pont. Les soldats leur crièrent de se retirer, en les menaçant de faire feu ; mais ils continuèrent à frapper, et eurent bientôt brisé les chaînes, abaissé le pont, sur lequel ils se précipitèrent avec la foule. Ils avancèrent vers le second pont pour l'abattre de même. La garnison fit alors une décharge de mousqueterie qui les dispersa. Ils n'en revinrent pas moins à l'attaque, et pendant plusieurs heures tous leurs efforts se dirigèrent contre le second pont, dont l'approche était défendue par le feu continuel de la

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