ARRESTATION DU ROI A VA RENNES
Le roi partit de Paris dans la nuit du 20 au 21 Juin. Les préparatifs tenus fort secrets, avaient été maladroitement dirigés; la voiture était énorme et chargée de bagages, les détachements de troupes placés sur la route, devaient attirer l'attention ; le départ même fut mal combiné: la reine sortit à pied des Tuileries, s'égara et fit attendre ses compagnons de fuite. Le roi, la reine, Madame Elisabeth,1 le Dauphin et Madame Royale, Madame de Tourzel, gouvernante des enfants de France, se trouvaient dans la même berline ; les passe-ports étaient rédigés au nom de la baronne de Korf; le roi passait pour un valet de chambre. La première partie du voyage s'accomplit sans difficultés. " François ! disait joyeusement la reine à l'un des gardes du corps, M. de Valory, qui lui servait de courrier, tout va bien ; nous serions arrêtés déjà, si nous devions l'être." Déjà quelques personnes sur la route avaient cru reconnaître le roi. "On passa la grande ville de Châlons-sur-Marne,2 écrivit la jeune princesse dans son naïf récit, là on fut reconnu tout à fait. Beaucoup de monde louait Dieu de voir le roi, et faisait des vœux pour sa fuite." Il était cinq heures. Inquiet du retard et de l'émotion que la présence des soldats causait aux paysans, M. de Choiseul, qui commandait à quatre lieues de Châlons le premier détachement, poussa vers Montmédy. A Sainte-Ménehould le roi fut reconnu ;
1. Madame Elisabeth, the sister of Louis XVI, was boru at Versailles irfl7G4:f and exocuted iti 1794.
2. Châlons-xur-ManiP, a city situated about 105 miles east of Paris, has a population of about 25,000 and is fainous for its Champagne.
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lorsque les dragons voulurent suivre la voiture îe peuple coupa les sangles des chevaux ; le fils du maître de poste Drouet, ardemment révolutionnaire, était monté à cheval, il devançait le roi.
A minuit, la lourde voiture arrivait à Varennes, les chevaux n'étaient pas prêts. Drouet avait réveillé les autorités et quelques habitants, on commençait à sonner le tocsin, les soldats du détachement étaient ivres.
On avait porté les passe-ports au procureur de la commune, nommé Sausse, pauvre petit marchand timide, effrayé de la responsabilité qui lui tombait en partage; il engagea le roi à entrer chez lui. "Le bruit s'est répandu, dit-il, que nous avons le bonheur de posséder notre roi dans nos murs ; pendant que le conseil municipal délibère, Votre majesté pourrait se trouver exposée à des avanies " Comme Louis XVI
entrait dans la boutique de l'épicier, quelques hommes armés qui en gardaient la porte dirent brutalement au roi qu'ils le reconnaissaient. "Si vous le reconnaissez, dit vivement Marie- Antoinette, parlez-lui avec le respect qui lui est dû."
Les officiers municipaux se présentèrent, demandant les ordres du roi. Celui-ci avait renoncé à tout déguisement. ' ' Faites que mes voitures soient attelées au plus tôt, dit-il à Sausse, et que je puisse prendre la route de Montmédy." On tardait cependant sous différents prétextes; le jour approchait. M. de Choiseul et ses hussards venaient d'arriver à Varennes ; il proposa au roi de monter à cheval et de s'ouvrir un passage à travers la foule. "Si j'étais seul, je le tenterais, dit Louis XVI, je ne le puis aujourd'hui."
Le roi commençait à perdre courage ; le pont de Varennes était barricadé, la foule augmentait dans les
rues, la municipalité avait envoyé à Paris pour demander les ordres de l'Assemblée nationale. Mme Sausse avait répondu aux instances de la reine: "Dame! vous pensez au roi, je pense à M. Sausse, chacune pour son mari." A Paris, à Paris ! criait-on sous les fenêtres.
Deux aides de camp de M. de la Fayette venaient d'arriver. Ils étaient partis de Paris le 21 à dix heures du matin. Le bruit de la fuite du roi s'était répandu dans la ville confondue et morne. M. de la Fayette, amèrement déçu, avait aussitôt donné des ordres pour l'arrestation de la famille royale. L'assemblée avait décrété la poursuite et confié le pouvoir exécutif aux ministres. Louis XVI se décida à reprendre le chemin de Paris.
Partout la foule couvrait la route; elle était immense à Paris dans la soirée du 23 Juin lorsque le lugubre cortège descendit les boulevards jusqu'aux Tuileries; les gardes nationaux formant la haie tenaient leurs armes renversées, les hommes gardaient leur chapeau sur la tête. Les marques de respect avaient disparu avec la fuite du roi ; on avait reconnu qu'il tenait peu de place dans le gouvernement de son pays. On avait affiché dans les rues : " Celui qui applaudira le roi sera battu, celui qui l'insultera sera pendu." Le silence régnait dans la foule; à l'entrée des Tuileries, quelques forcenés se jetèrent sur les gardes du corps; on les arracha avec peine de leurs mains. La reine entra au château la dernière, entre une double haie de gardes nationaux. Les portes des Tuileries se refermèrent sur elle : c'étaient désormais les portes d'une prison. Le matin même,1 un décret de l'Assemblée avait suspendu le roi
1, Le malin même, on tbat very morning.
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de ses pouvoirs; une garde était placée autour du palais; lorsque le roi voulut sortir pour se promener dans les jardins, les soldats croisèrent la baïonnette. L'Assemblée nationale régnait seule.
Guizot.
Le jour même où le roi prenait le chemin de Varennes, Pem< pereur et le roi de Prusse s'étant rencontrés à Pilnitz (Saxe), livrèrent au public une lettre promettant à Louis XVI l'appui des souverains étrangers. Sa situation se trouva ainsi singulièrement aggravée .
Le 3 septembre 1791, l'Assemblée mit la dernière main1 à la Constitution et serment de fidélité et d'obéissance lui fut prêté le 14.
Le 30 septembre, l'Assemblée Constituante se sépara après après avoir malheureusement décidé, dans un accès de désintéressement intempestif, qu'aucun de ses membres ne pourrait être réélu. ,
l. Mit la dwnière main, put the last touch.