‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 100 sur 121 · ET MALESHERBES · texte numérisé non relu

ET MALESHERBES

M. François, intendant du cardinal de Fieury, avait deux filles : Tune, M"" Douet, riche financière, qui avait beaucoup d'esprit; l'autre, M""" de Blondel, veuve d'un conseiller d'État, qui n'avait pas moins d'esprit que sa sœur, et qui avait de plus une physionomie si douce, si agréable, qu'elle entraînait tous ceux qu'elle avait intérêt à captiver.

Ces deux femmes étaient le conseil intime de Turgot et Malesherbes, après que Louis XVI les eut élevés au ministère. Trois fois par semaine, ils venaient conférer avec elles sur les objets les plus importants. M. François, le frère de ces dames, qui avait eu une mission en Angleterre, et qui depuis s'était toujours mêlé de politique, était admis dans ce conseil.

Tel était l'ascendant do M"' de Blondel, qu'elle sut obtenir une injusiice de ces deux ministres

naturellement portés à être justes. Il s'agissait dun passe-droit en faveur de M. Douet, maître des requêtes. Elle trouva le moyen de l'obtenir, tout en convenant que la chose était injuste puisqu'elle contrariait tous les usages.

J'ai eu souvent, à mon retour d'émigration, l'occasion de voir cette dame. La famille de ma belle-sœur était alliée à celle de son mari. Malgré les malheurs de la Révolution, elle avait conservé toute son amabilité et ses grâces. Elle m'accueillait toujours avec bonté.

LXXYII

LE PRINCE JUSTIXIANI

Un particulier, sous le nom de prince Jusliniani, a longtemps joué, à Paris, le rôle d'un homme d'une grande naissance et d'une grande fortune. Il n'avait point de fortune et l'on a douté de sa naissance. Voici à son sujet un fait bien positif.

Il se présenta un jour chez M. de Malesherbes et le valet de chambre de ce ministre, ayant bien considéré le prince, crut le reconnaître. Il fit part à son maître de ses soupçons et pria de lui laisser un instant pour causer avec lui.

Le ministre ayant consenti, le valet de chambre fut s'entretenir avec le prince. Après l'avoir bien fixé et étudié, il crut se rappeler que le prince était son ancien camarade et ami Chariot, avec lequel il avait été élevé au château de Malesherbes.

Il en [)arle à son maître après l'audience, et celui-ci se rappelle fort bien d'un Ilalien qui se

qualifiait de comte .lustiniani, qui était veuu s'établir au village de Malesherhes où il vivait à peu de fiais.

Cet Italieu avait un fils qui venait souvent au château et qui, n'avant point d'autres compagnons de son âge que les laquais, passait son temps à jouer avec eux. Il ne fut donc pas étonné que son valet de chambre reconnût Chailot dans le prince .lustiniani. Pour avoir été pauvre dans sa jeunesse et le camarade de ses laquais, il n'en était peut-être pas moins ce qu'il prétendait être. C'est dans ce goût qu'en parlait M. de Mâlesherbes.

Quoi qu'il en soit, le véritable ou prétendu prince, après avoir épuisé tous les moyens que les aventuriers mettent si adroitement en usage pour se procurer de l'argent et faire des dupes, se trouvant à la veille d'être mis à Bicêtre* comme escroc, trouva le moyen d'échapper de Paris et de sortir du royaume.

Tout cela ne l'empêcha pas de marier son fils, qu'il appelait le prince de Chio, avec la nièce du prince évêque de Liège.

I. Louis Mil en voulut l'aire une maison de retraite pour mililaires ; Louis \IV en fit un hôpitaL ce devint en même temps un pensionnai cl une maison de force.

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