FORTUNE DE M^' DE LORY
Pendant la maladie de Louis XV', à Melz, toute la Cour s'empressa de se rendre dans cette ville. Les logements y étaient devenus très rares et fort chers.
Le duc de La Roclieloucald eut bien de la peine à en trouver un dans une auberge, à un troisième étage. Vis-à-vis de cette auberge, logeait ^1. Louet de Lorv, conseiller au Parlement de Metz. 11 avait vu arriver le duc, dont il ignorait le nom; mais qu'il jugeait bien être un grand seigneur par ses équipages et ses valets. Il le voit bientôt après à une fenêtre du troisième étage. Touché de pitié de le voir si mal logé, il va le trouver et lui oHVe obligeaniinenl un ap|)artement dans sa maison.
I. Août 17^; c'est à sa faïKM-ison quo Louis \V" loçul le surnom do Louis lo IMon-Aimé. du fait du poèto ^ ado.
Le duc accepte avec satisfaction. Son hôte et sa femme sont pleins de prévenances pour lui. La maladie du roi se prolonge et le duc se trouve heureux de se trouver chez d'aussi honnêtes gens.
Lorsqu'il fut ([uestion de se séparer : « Je voudrais bien, leur dit-il, vous témoigner ma reconnaissance pour tout ce que vous avez fait pour moi, mais d'après la connaissance que j'ai de votre caractère de modération, j'ignore ce que je pourrais faire pour vous lendre plus heureux. 11 me vient une idée. Vous avez plusieurs enfants, donnez-m'en un, le deuxième ou le troisième, celui ({ue vous destinez à l'Eglise ; j'aurai soin de son éducation, il recevra la même que mon fils et j'anangerai si bien les choses qu'il ne sera jamais à votre charge. »
Le père et la mère pleurèrent de tendresse à cette proposition, l^e duc leur avait inspiré tant de confiance, qu'ils ne crurent pas devoir lui refuser leur enfant.
Le duc le conduisit à Paris, lui fait donner les mêmes maîtres qu'à son propre fils et il en prend le même soin. Il le place au séminaiie quand il en est tenq^s et ne le perd pas de vue. A peine est-il prêtre, qu'il le met aupiès dun évêque en qualité de vicaire général, et, vers l âge de trente ans, il le fait nommer à l'évêché de Tarbes, d'où il a depuis passé à celui d'Angers.
Tel est le principe de la fortune de ce prélat qui, par ses qualités personnelles, ne serait vraisemblablement pas parvenu à cette dignité, sans cette protection inspirée par la reconnaissance.