NOMINATION A L'ARCHEVECHE DE PARIS
Après la mort de M. de Beaumont', la reine, à l'instigation de labbé de Vermont-, s'empressa d'aller demander au roi rarclievêché de Paris pour M. de Brienne% archevêque de Toulouse. Le
1. Ghristoplio de Beaumont (i 703-1781), prélat d'une grande charité et une belle figure d'évèque, eut à lutter, à rarchevêchc de Paris (i7'j6-i78ij. contre les Jansénistes et les philosophes.
2. Mathieu-Jacques de Vermond (1735-fin dix-huitième siècle), bibliothécaire du collège Mazarin , fut envoyé à Yienne en 1769, sur l'indication de Brienne, pour enseigner le français à l'archiduchesse Marie-Antoinette, devint son lecteur en France lors de son mariage et lui fut toujours un excellent conseil de pondération. Brienne lui dut d'être appelé aux finances.
3. Etienne-Charles de Loménie de Brienne (1737-1794), qui fut un administrateur excellent dans son archevêché de Toulouse (1763), un ministre des finances de bonnes intentions (1787), était surtout un homme faible, il ne mérite pas ce qu'en dit cette anecdote, quoique ayant prêté serment à la constitution civile du clergé. Cardinal et de l'Académie française.
roi lui promit de faire cette nomination dès le lendemain.
La reine l'annonça à l'abbé de Vermont, et celui-ci en fit aussitôt part à l'archevêque. Ce dernier crut, à son tour, devoir en instruire M*"* de Vernage, veuve d'un médecin célèbre et riche*, qui était sa bonne amie, par un billet qui lui fut remis en présence de trois militaires. L'un d'eux était le marquis de Grégoire de Saint- Sauveur.
AI"" de Vernage ne put contenir sa joie et, tout en demandant le secret à ces Alessieurs, c^lle leur fit part de la bonne nouvelle.
L'un des militaires fat en toute hâte avertir M""" la comtesse de Marsan. Celle-ci, après avoir dit aux personnes qu'elle avait à souper qu'une affaire importante l'appelait à Versailles, et les avoir priées de souper sans elle, fait atteler son carrosse et part pour la Cour.
Arrivée à Versailles, elle demande à voir la reine, et s'enferme avec elle dans son cabinet. Elle lui parle avec tant de chaleur, d'éloquence et de force, sur la fausse démarche qu'on lui a fait faire, en l'engageant à proposer au roi, pour l^aris, un homme aussi décrié pour ses principes et pour ses mœurs. Elle lui représente, d'une ma-
I. Célobrô par \ollairo. 11 avait vie anobli pour avoir giuMi do la i)olito vt-role 1(^ daupliiii. lils do Louis \\ .
nière si pioprc à l'en convaincre, le deshonneur qui rejaillirait sur elle, la haine et le mépris^ qu'elle s'attirera de la part de tous ceux qui ont de la religion et des uiœurs, que la reine, après l'avoir écoutée avec beaucoup d'attention et sans mot dire, reconnaît son imprudence, la confesse et veut tout aussitôt la réparer.
En effet, elle va rendre compte au roi de sa conversation avec M""' de Marsan, et rend à Sa Majesté la parole qu'il lui avait donnée pour sou protégé.
Le roi était enchanté, car c'était uniquement par complaisance pour elle qu'il s'était arrêté à faire un pareil choix.
(( Mais, dit-il alors à la reine, qui nommeronsnous P
— Sire, nommez qui il \ous plaira, pour moi je ne veux plus m'en mêler. Je suis trop honteuse de vous avoir proposé un homme qui convient si peu à cette place, pour ne pas désirer vous en indiquer un autre.
— Voyons donc, dit le roi. » Il piend son almanach et lit la liste des évêques. Lorsqu'il arriva à M. de JuignéS évêque de Châlons :
« Eh! dit-il, c'est celui-ci qui paraît convenir le mieux, car il faut à Paris un homme régulier
I. Aiitoiiie-Éléoiior-Loon Leclerc de Jui^né (1728-181 1), digne successeur de W de Heaumont, émigré il vécut depuis dans la retraite.
et fort aumônier, or il a ces deux qualités. » Il le nomma effectivement.
Voilà toute l'intrigue qu'il y a eue pour cette nomination. Ce n'est ni M. de Vergènes, ni aucun autre, comme on Ta prétendu, qui ait fait prendre au roi cette détermination. On tient tous ces détails de M'"" la comtesse de Marsan et c'est l'un de ses affidés qui me les a racontés.