LA FORTUNE DE M. DE LABORDE
M. de Laboide', banquier de la Cour, avait plus de trente millions, et n'avait qu'une cinquantaine d'années à la Révolution. D'où lui venait celte si grande, si prompte fortune? Le voici :
Il avait commencé par être « falot» à Rayonne, cest-à-dire qu'il servait à éclairer le soir les personnes qui voulaient se transporter d'un quartier à un autre. Les sols qu'il gagnait à ce métier étaient employés à apprendre à écrire et à compter.
Il demeurait chez une vieille tante qui faisait un petit commerce, il y prit le goût du négoce.
I. Jean- Joseph, marquis de I-aborde, né à Jaca (Arafron) en 1724, mort en 1794 guillotiné. C'était un grand banquier de Bayonne, qui vint à I^aris, y amassa une fortune énorme, dont il fit du reste un usage généreux ; il fonda la Caisse d'Escompte en 17G3. Clioiseul lui donna le titre de marquis. C'est le ptMe du comte de Laborde, le grand archéologue du div-iieuvième siècle.
Il avait dix-neuf ou vingt ans lorscjne cette tante mourut, elle lui laissa la I)outique qu'il vendit pour un milier d'écus. Avec ces fonds, il aclieta deux mulets et des marchandises qu'il alla vendre à Pampelune. Là, il en acheta d'autres dont il charge ses mulets et qu'il vendit avantageusement à Bayonne. Bientôt il eut quatre mulets et deux muletiers, puis vingt-cinq qui allaient et venaient continuellement.
Pampelune ne horna passes spéculations, il les étendit jusqu'à Madrid et fit avec cette ville un commerce immense.
Ses observations lui firent concevoir un heureux projet qu'il soumit au plus rigide calcul. Il savait que la France achetait son or à la Hollande pour la fabrication de ses monnaies. Il pensa qu'il y aurait un grand profit à employer préférablement les piastres. Il résulta de ses calculs que le profit serait au moins de deux millions par an.
Il vient à Paris et se présente chez M. le duc de Ghoiseul, lui communique son plan et lui en démontre l'utilité, sans lui rien dire de son secret. Il ne voulut lui dire son dernier mot que lorsque le ministre eut pris l'engagement de le placer à la tête de cette entreprise avec cent mille écus de profits annuels.
Cette entreprise s'exécute avec le plus grand succès. C'est du Mexique que Laborde tire son or, ce qui lui donna l'occasion d'en tirer beau-
coup d'autres objets sur lesquels il fit les plus heureuses spéculations.
Bref, tout lui fut prospère, si bien que la place de banquier de la Cour étant venue à vaquer, queleducdeChoiseulcroit ne pas pouvoir mieux faire que de l'y nommer.
Cette place était comme le palais de Plutus et la fortune de M. de Laborde ne pouvait que s'y augmenter encore.
Voilà comment cet homme intelligent, intègre et laborieux, est arrivé à une immense fortune.
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LA CHANOIXESSE DU PEROX
Le comte duPeron, gentilhomme de la Marche, monté sur un cheval, conduisait sa fille, aussi à cheval, et que suivait un valet à pied, à Baumeles-Dames en Franche- Comté.
Il n'était pas loin de Besançon lorsque, s'élant arrêté à une auberge, auprès de laquelle stationnait une belle voiture, il entend prononcer le nom de du Peron. Il croit que c'est à Inique l'on en veut, mais un autre répond à ce nom. Celait le maître de la voiture, qui était un très riche négociant de Neufclîàtel voyageant pour ses affaires.
Le comte lui demande s'il se nomme elïectivement du Peron, lui dit que c'est aussi son nom et qu'il va à Baume-les-Dames, pour faire recevoir sa fille chanoinesse.
Du Peron, le négociant, lui dit qu'il n'a point d'autre nom, que son père était comme lui né-
gociant, mais que son grand-père était un gentilhomme d'Auvergne qui avait été aux lies, oii il avait fait une petite fortune, qui s'était fort augmentée dans les mains de ses deux descendants,
«L'Auvergne et la Marche se touchent, répondit le comte du Pcron, et ce qu'il y a de certain c'est qu'il y avait une branche de ma familh^ établie en Auvergne. »
Il n'en fallut pas davantage pour constater la parenté, et du Pérou le riche, qui en était flatté, s'empressa de dire :
« Vous allez à Baume-les-Dames, je suis connu dans cette maison, entrez dans ma voiture et je vous y conduirai. »
Cette parenté fut on ne peut plus avantageuse à la jeune chanoinesse. Son nouveau parent lui fit bâtir une maison dans le chapitre, lui fit une pension et de fréquents cadeaux. Enfin, à la Kévolution, il l'attira chez lui, à ^eufchàtel, lui donna un bel appartement dans sa superbe maison, et lui laissa à sa mort plus de cent mille écus.
Peu de dames émigrées ont joui d'un bonheur semblable.
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