I. Frédéric-Guillaume II
comme elle avait beaucoup d'espiil, elle ne pul poiul blâmer la délicatesse du geulilbomme IVançais. Le roi fut prévenu, et le lendemain, M. de Dammailin s'élant trouvé chez M'"' de Listenau lorsque le roi y vint, Sa Majesté lui demanda gracieusement sil voudrait se cliarger de l'éducation de son lils. 11 répondit qu'il serait 1res heureux de lui donner celle mai([ue de son i-espect.
La chose ainsi arrêtée, M"" de Listenau s'engage par contrat à lui donner une somme de I2.000 francs -et de lui faii-e une pension annuelle de i.ooo écus sa vie duiant.
M. de Dammartin se consacre tout entier à son élève. On lui avait laissé contracter quelques mauvaises habitudes, il réussit à l'en corriger, et au bout de six mois cet enfant était devenu chaimant.
Le roi meurt et M'" de Listenau est soupçonnée . d'avoir soustrait des trésors, on laccuse encore de crimes d'État. Elle est arrêtée et étroitement gardée chez elle. Le précepteur est aussi privé de la liberté, on veut la lui rendre, mais il préfère rester enfermé avec son élève et la malheureuse mère.
Enfin, après un an de détention, et l'examen de tous ses papiers. M"'* de Listenau est déclarée innocente, et néanmoins on confisque tous ses biens. On ne lui laisse que sa maison de Berlin
et I2.000 francs de pension, encore exige- t-on; qu'elle se retire à Breslau.
Cette femme, pénétrée de reconnaissance pour M. deDammartin, fait en sa faveur par-devant notaire, une délégation de S.ooo francs sur les I2.000 qu'on lui avait assignés, et lui remet cette délégation en lui témoignant tous ses regrets de ne pouvoir lui assurer le paiement de cette pension au delà du terme de sa propre vie.
M. deDammartin, touché d'un si beau procédé, et le cœur navré du dépouillement d'une femme naguère si opulente, lui répond :
c( Vous aviez pris, il est vrai, l'engagement de me faire une pension viagère de i.ooo écus, mais je m'étais engagé aussi à terminer l'éducation de votre fils. Or, comme je ne puis pas tenir mon engagement, vous êtes dégagée du votre. »
Il refusa la délégation.
Le roi de Prusse' ne tarda pas à être informé de ce double trait de générosité, et, pour récompenser M. de Dammartin, il lui fît une pension de 5o louis.