MEDECIN ALLEMAND
Le grand Condé passant dans une ville d'Allemagne, s'y trouve incommodé. On s'empressa d'appeler auprès de lui le médecin le plus renommé du pays. Il vient, la te le pouls à Son Altesse et lui prescrit quelques remèdes. Ce médecin était un Français. Le prince le fixe et croit le reconnaître. Le lendemain, il se trouva fort bien du remède qu'il avait pris, et lorsque le médecin vint le voir : « Je ne sais, lui dit-il, où je vous ai vu, mais votre figure ne m'est pas inconnue. »
Le médecin, tout fier d'avoir guéri le prince, dit :
« Oui, Monseigneur, vous devez me reconnaître, car j'ai eu l'honneur d'être longtemps à votre service.
— Gomment, à mon service, en quelle qualité:»
— J'étais votre garçon maréchal.
— Quoi! c'est toi Chariot!
— Oui, Monseigneur.
— Et par quel hasard t'es-tu fait médecin ")
— Je vais vous le dire : j'étais devenu assez habile dans l'art de guérir les chevaux, et dans une maison, oii un malade avait besoin d'un médecin, faute d'autre, je m'offris à le traiter et je réussis. Ce succès fut suivi de quelques autres. Cela me donna l'idée de me faire médecin des hommes» mais je crus pour cela devoir m'éloigner de mon pays. Je vins donc en Allemagne, où je ne tardai pas à me faire une réputation qui ne fait que s'accroitre de jour en jour et qui va bien plus s'augmenter encore, lorsqu'on saura que j'ai eu l'honneur de traiter Votre Altesse.
— C'est-à-dire, donc, que tu traites les Allemands comme on traite les chevaux.
— Oui, Monseigneur, mais seulement à midose; à cela près, c'est tout de même, et cependant je suis sûr qu'il ne meurt pas plus de monde entre mes mains que dans celles des plus habiles docteurs de Paris. )>
Le prince rit beaucoup, complimenta son nouveau médecin, mais ne lui proposa pas de le suivre, pour continuer auprès de lui l'exercice de sa profession.