SOTTISE OUI TOURNE A BIEN
Un grand-oncle du Comte de Toulouse-Lautrec fit, à rage de douze ou treize ans, quelque faute grave qui lui fit prendre le parti de quitter la maison paternelle et de gagner le grand chemin de Paris, ayant ouï dire que tous ceux qui allaient dans cette ville y faisaient fortune.
Il avait beaucoup à marcher, partant du Languedoc, et peu d'argent pour faire la route. Il vient, néanmoins, à bout de son entreprise. Arrivé à l^aris, il songe à se tirer d'affaire. Ce n'était pas chose aisée, puisqu'il n'y connaissait personne. A force de ruminer dans sa tête, il se souvint d'avoir entendu beaucoup parler, par un de ses oncles, de M. le Régent qui était à Paris, €t qu'il disait être son ami (ce qui ne signifiait autre chose, sinon qu'il en était un peu connu, ce que son oncle avait rehaussé d'un bien plus beau nom pour se faire valoir dans sa province).
Quoi qu'il en soit, le jeune homme résolut d'aller chez M. le Régent, bien persuadé qu'étant Tami de son oncle il ne le laisserait pas dans l'embarras. 11 demande où demeure ce M. le Régent. Il se présente pour lui parler, on le repousse. Il pleure et dit que M. le Régent est l'ami de son oncle et qu'il veut le voir. A force d'importunités on va dire au prince qu'ily a un enfant qui s'obstine à vouloir lui parler.
Le Régent le fait entrer. Le drôle lui parle avec assurance, lui dit qui il est et réclame ses bontés au nom de son oncle. Le prince se plaît à le questionner et comme il lui répond avec esprit,^ et quelquefois en pleurnichant, il le reçoit au nombre de ses pages.
Le petit dr(Mc sentit l'importance de se bien conduire. Son application à ses exercices le fait bientôt distinguer de ses camarades. Il eut le talent de satisfaire tous ses maîtres et par là fit bien sa cour au Régent qui le prit en amitié.
Je ne sais dans quel corps il le plaça, mais il sut s'y distinguer et parvint de bonne heure au grade de lieutenant-général.
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