‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 36 sur 121 · HISTOIRE DE M. DE LOWENDAL · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE M. DE LOWENDAL

Le comte de Lowendal* était Danois. Envoyé par le roi à Varsovie pour régler quelque affaire politique, il eut occasion d'y faire la connaissance d'une jeune princesse de Lubomirska ' qu'il aima et dont il sut se faire aimer. D'accord avec elle, il la demanda en mariage à ses parents qui ne jugèrent pas M. de Lowendal assez grand seigneur pour lui donner leur fille.

Ce refus ne fit que fortifier l'inclination qu'ils avaient l'un pour l'autre et ils trouvèrent le moyen d'entretenir une correspondance secrète.

1. Frédéric ^^'oldoma^. comte de Lowendahl. né à Hambourg (i 700-1755), servit successivement l'Autriche, la Pologne, la Russie et la France. Il emporta Berg op-Zoom et reçut le bâton de maréchal (1747).

2. D'une des plus anciennes et plus illustres familles de Pologne. Son père, le prince Théodore, feld-maréchal, se distingua dans la guerre contre les Turcs, obtint un grand nombre de voix comme candidat au trône en 1735.

Quelques années se passent pendant lesquelles M. de LoAvendal était entré au service de la Russie. Il se distingua si bien qu'il obtint le titre de feld-niaréchal et le commandement d'une armée sur la frontière de Tartarie. Il en informa la princesse Lubomirska et écrivit encore une fois à ses parents pour la leur demander en mariage, se flattant que le grade, les décorations et les honneurs dont il jouissait en Russie lèveraient les obstacles qu'on y avait d'abord opposés.

Mais les parents ne voulurent point exposer leur fille en l'envoyant en Tartarie. La fille, qu'on n'avait point consultée, pensait tout autrement. C'était une grande demoiselle de cinq pieds quatre pouces, forte d'esprit et de corps, âgée de vingt-cinq ans. Elle ne s'amusa point à gémir sur le refus que l'on faisait à son amant.

Elle se procure secrètement des habits d'homme, emprunte de l'argent à ses amies et partit en chariot de poste pour aller le rejoindre en Tartarie. Elle était déjà bien loin avant que l'on connût son départ, de sorte que les recherches que l'on fit pour la retrouver devinrent inutiles.

Cependant elle arrive à la ville dont M. de Lo^vendal avait le commandement et ne l'y trouve pas. La Russie était alors en guerre avec les Tartares, et il élait allé faire contre eux une expédition imporlante avec la plus grande partie de ses troupes.

Un corps de Tartares sachant qu'il était sorti de la ville, et voulant profiter d'une si belle occasion, s'approche pour en faire le siège. C'est dans ce moment critique qu'y arrive la princesse. Elle trouve les habitants alarmés, et le peu de troupes qui étaient restées dans le découragement. Bientôt elle leur rend à tous le courage en disant : « Je suis la princesse Lubomirska, la femme de votre général, et je dois vous commander en sa place ; ne craignez pas d'obéir à mes ordres et je vous réponds du succès. »

Elle se fait iustruire de Tétat de la place par les personnes qu'elle reconnaît pour être les plus intelligentes. Elle se porta partout avec une activité incroyable, elle répand un peu d'argent parmi les soldats et leur inspire un tel enthousiasme, qu'ils font la plus vigoureuse défense. Le lendemain elle se met à la tête d'un détachement et fait une sortie dans laquelle les assaillants sont très maltraités. Enfin, dès le troisième jour, ils se virent obligés de lever le siège et de se retirer.

■ Bientôt après, M. de Lowendal arrive victorieux, et, s'il est agréablement surpris de retrouver la dame de ses pensées, il l'est bien davantage en apprenant que c'est à son courage qu'il doit la conservation de la place qu'il commande. Cette ville fut la dot de la princesse qui ne tarda pas à devenir son épouse.

La grande réputation que s'était faite M. de Lowendal engagea M. le maréchal de Saxe à l'attirer au service de la France, dans lequel il entra en qualité de premier lieutenant-général. Mon ami, M. de Saint-Maxient, qui m'a rapporté celte histoire, m'a dit que M'"" de Lowendal la lui avait contée elle-même en présence de son mari. Cette dame était parente de la reine Marie Lekzinska. Elle disait qu'en Pologne les Lekzinski étaient très flattés d'appartenir aux Lubomirski, mais qu'en France elle était très flattée d'appartenir aux Lekzinski.

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