‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 38 sur 121 · HUMILIATION SAUVEE PAR L'ESPRIT · texte numérisé non relu

HUMILIATION SAUVEE PAR L'ESPRIT

Le sentiment sait tout embellir et changer les humiliations en triomphe. Au défaut du sentiment, son image suffît pour consoler Famourpropre, et l'esprit ne consiste alors qu'à savoir imiter les sentiments.

Le prince de Condé, dans sa jeunesse, voulut s'exercer dans un jeu de paume. Il y trouve un jeune homme dont le jeu lui plaît, et passe toute la matinée à jouer avec lui, sans s'informer qui il est. Il est tellement satisfait qu'il le prie de revenir le soir continuer la partie.

Le jeune homme se retire très flatté de l'honneur que lui a fait le prince. Celui-ci, après le départ du jeune homme, fait courir un de ses gens après lui, afin de lui remettre un louis pour payer son repas. Le jeune homme, qui appartenait à des parents nobles et riches, ne pouvait qu'être humilié de ce cadeau, mais, bien loin

de le témoigner, il a l'air de prendre le louis avec bien de la satisfaction, et charge le valet de dire à son maître qu'il le conservera à jamais comme une marque flatteuse de l'intérêt de Son Altesse pour lui. En même temps il tire sa bourse, où se trouvaient cinq louis, qu'il remet au valet de pied pour ses peines.

Que dut penser le prince de Condé, lorsque le valet lui conta l'aventure?

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