‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 41 sur 121 · LA BONNE SŒUR · texte numérisé non relu

LA BONNE SŒUR

Voici un singulier exemple d'attachement d'une sœur cadette pour sa sœur aînée et qui, sans doute, trouvera peu d'imitateurs.

Il s'agit de deux demoiselles de Montagnac qui ne devaient avoir chacune pour toute fortune que 1 5. ooo livres de dot. L'aînée de ces demoiselles avait du goût pour M. Gimel de Lantillac et en était aimée. Celui-ci aurait bien voulu l'épouser, mais ses parents refusèrent le consentement à moins que la demoiselle n'apportât une dot de oo.ooo francs. Cet obstacle paraissait invincible, mais quels miracles ne fait pas quelquefois l'amitié fraternelle ')

Le sœur de cette demoiselle était aimée d'un vieillard de soixante-seize ans, le marquis de Saint-Mexent et lui donna à entendre qu'elle ne serait point du tout fâchée de l'épouser à une seule condition. Elle se fit presser pendant quelque temps

pour déclarer sa pensée, el lui dil enfin (ju'elle l'épouserait s'il voulait lui laisser la disposition de sa dot.

Le vieux amant, sans s'informer de ce qu'elle voulait en faire, et ayant d'ailleurs assez de fortune, Y consentit. Quelle ne fut pas sa surprise, sa joie et son admiration pour le beau caractère de celle qu'il allait prendre pour é})Ouse, loisqu'il apprit qu'elle ne se dépouillait de sa dot que pour faire le bonheur de sa sœur.

Les deux mariages se firent, et, ce qu'il y eut de particulier, c'est que celui de M. et de M"" de Gimel, bien qu'ils fussent jeunes et passionnés l'un pour l'autre, ne fut point heureux. Celui de M. et de M""' de Saint-Mexent fut parfait, mais le bonheur ne fut pas de longue durée, l'époux étant mort quatre ou cinq ans après.

C'est de ce mariage qu'est né le marquis de Saint-Mexent, oiricier des gardes du corps, homme de beaucoup d'esprit, député à l'assemblée nationale, puis émigré. J'ai vécu avec lui pendant trois ans en Lithuanie, dans une intime liaison.

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