‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 42 sur 121 · EFFET DE LA PITIE · texte numérisé non relu

EFFET DE LA PITIE

Tel est le charme heureux du sentiment de la pitié qui nous lie les uns aux autres, qu'en soulageant ceux qui souffrent nous nous soulageons nous-mêmes.

M. Péricart, riche négociant de Bordeaux, avait éprouvé tant de pertes et d'infidélités dans son commerce, que, dégoûté de l'espèce humaine et de lui-même, il était sur le point de se détruire, lorsque les cris plaintifs d'un malheureux lui firent ouvrir machinalement la fenêtre de la chambre où il était renfermé.

La pitié qu'il éprouve envoyant le malheureux fait qu'il lui jette sa bourse, car, disait-il, qu'ai-je besoin de cet argent puisque je veux me tuer. Mais cette pitié même fait qu'il ne se tue pas. Le pauvre, après s'être assuré si c'est bien son ijitention de lui donner cet argent, lui témoigne une telle reconnaissance et dans sa joie prie Dieu

avec lant d'ardeur, qu'il se sent aussitôt réconcilié avec le monde. Dès lors il devient un autre homme, reprend ses affaires, les voit prospérer, fait autant qu'il le peut des heureux et le devient lui-même.

Page 1