TESTAMENT DU GROS THOMAS EN FAVEUR DE M. LE DAUPHIN
11 n'est point d'éloge que ne mérite le grand dauphin 1 père de Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, mais il n'en reçut jamais de plus flatteur et de plus vrai que celui du testament que fît en sa faveur le gros Thomas.
Qu'était-ce donc que ce gros Thomas ?
C'était un homme de près de six pieds, monté sur un beau cheval richement harnaché et précédé d'un trompette richement vêtu et aussi à cheval, qu'on a vu longtemps se promener sur le Pont-Neuf et les quais attenants. Sa profession était d'arracher les dents ou de vendre des remèdes pour en apaiser les douleurs. Il avait dans
1. Louis, dauphin de France (i 729-1 7O5) , quatrième enfant de Louis XV et de Maric-Leczinska, épousa, en premières noces, Marie-Thérèse d'Espagne (i745), et en secondes noces, Marie-Josèphe de Saxe (17^7).
la main une force et une adresse incroyables. On ne doit donc pas s'étonner qu'il eût la plus grande vogue. Il avait gagné à ce métier-là plus de 200.000 francs et il légua en mourant toute cette fortune à M. le Dauphin. Quoi de plus honorable à la mémoire de ce prince que le motif de ce testament.
Le gros Thomas y disait en substance qu'il ignorait de qui il était fils, qu'il n'avait ni femme ni enfant, ni frère ni sœur, ni aucun parent, ni personne en un mot à qui il fut obligé de laisser ses avoirs. Que ne le devant qu'à son industrie et à son travail, il était parfaitement le maître d'en disposer comme il lui plairait, que s'il eût connu au monde un plus honnête homme que M^' le Dauphin, il l'aurait supplié de recevoir cette succession. Qn'il ose donc supplier Son Altesse Royale de vouloir bien l'accepter, que ce n'est point à la qualité de Dauphin, mais à la personne individuelle qu'il prend la liberté de faire cette humble prière, parce qu'en lui léguant tout ce qu'il a, il est convaincu qu'il en fera le meilleur usage.