‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 50 sur 121 · LES COUPS DE BATON · texte numérisé non relu

LES COUPS DE BATON

Les coups de bâton, Monsieur, vous en parlez tout à votre aise. Vous croyez donc que, parce que quelqu'un vous aura déplu, vous pouvez impunément le faire frapper! Vous ignorez donc, que dans les pays policés, c'est jouer à un très gros jeu que de faire donner des coups de bâton à qui que ce soit. Voulez-vous savoir comment le Parlement de Paris traitait ces sortes d'affaires, je vais vous l'apprendre.

M. le duc de Montmorency d'Olonnc avait une femme un peu coquette. Un jeune liomme lui plut et en était fort bien traité. C'était le fds du procureur fiscal de quelque terre du duc, sur lequel il semblait conséquemment avoir quelque autorité. Il voulut le renvoyer en province, mais le jeune homme se trouvait trop bien à Paris pour se résoudre à le quitter.

« Eh! bien, je te préviens, lui dit le duc, que

je te ferai partir à coups de bâton, si tu ne veux pas autrement. »

Cette menace n"efFraya pas le jeune homme.

Le duc dit à son valet de chambre :

« Va chercher quatre gardes françaises, pour qu'ils se posent de manière à saisir mon drôle pendant la nuit et à le bàlonner. Voilà 3o louis, que tu leur donneras d'avance, et je leur en promets autant après Texècution. »

Le valet de chambre trouva facilement des gardes françaises assez complaisants pour satisfaire la petite fantaisie de M. le Duc, mais, avant que de se poster au lieu indiqué, ils vont au cabaret pour se donner du courage. Là, Tun deux fit la réflexion que cette plaisanlerie pourrait bien les conduite à la potence. Ils raisonnent là-dessus, et finissent par chercher le moyen de concilier les 3o louis qu'ils ont à gagner, avec leur sûreté; et ce moyen, ils le trouvent en allant mettre la justice dans leur confidence.

Les voilà autorisés à gagner les 3o louis en rouant le jeune homme. Ils vont donc se poster au lieu convenu. C'était auprès d'un poste de gardien par où devait passer le jeune homme, en venant de chez la duchesse. 11 y passe, en effet, et il est aussitôt saisi et battu d'importance, mais l'expédition est à peine faite que les agents de la police, qui s'étaient cantonnés dans le voisinage, arrêtent le jeune homme et les gardes

françaises. On les interroge, et, sur leurs réponses, le valet de chambre et le duc d'Olonne sont arrêtés et mis en prison.

Le Parlement saisi de celte affaire finit par condamner le valet de chambre à être pendu et le duc d'Olonne à avoir la tête tranchée. Le valet de chambre fut en effet pendu, mais le roi commua la peine du duc d'Olonne à une prison perpétuelle à Pierre-Encise' oii on l'a vu, pendant plusieurs années, mangeant à la table de M. de Bory, gouverneur de cette forteresse.

C'était un homme aimable, de beaucoup d'esprit, ayant assez de connaissance de tout, mais qui, malheureusement, avait ignoré qu'il n'était pas plus permis de faire assassiner quelqu'un à coups de bâton qu'à coups d'épée et de pistolet.

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