‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 51 sur 121 · DE LA NAISSANCE · texte numérisé non relu

DE LA NAISSANCE

C'est un genre de folie bien bizarre que celui de ces hommes qui se croient indignes de vivre, parce qu'ils ne sont pas élevés au rang où ils s'imaginent qu'ils doivent être piar leur naissance. On en a vu deux exemples frappants dans le dix-huitième siècle.

Le marquis de Courtenai' était sans doute d'une illustre maison, mais il se prétendait de la Maison royale de France, et réclamait les honneurs de prince du sang. Louis XIV les lui re-

I. Les Couricnai, originaires du Loiret, remontaient au dixième siècle et étaient alliés à la maison royale de France. Plusieurs Courtenai furent empereurs latins de Constantinople. La dernière delà branche aînée, Catherine, épousa Charles de \ alois. fds de Philippe le Hardi. La branche française cadette des Courtenay s'éteignit en 1780; il y en avait d'autres, notamment en Angleterre (les comtes de Devon). Quant aux Guise, de famille lorraine, ils prétendaient descendre directement de Charlemagne et considérer les Capétiens comme usurpateurs.

fusa, indiquant qu'Henri IV les aurait accordés à sa Maison, s'ils lui eussent été dus, qu'il n'avait donc plus rien à prétendre à cet égard. Le fils ou le neveu de ce Courtenai ayant renouvelé la même prétention,, et la réponse ne lui ayant pas été plus favorable, il ne s'en consola qu'en se brûlant la cervelle d'un coup de pistolet.

Le second exemple est du duc de Guise, de la Maison de Lorraine. Ce jeune homme, plein d'esprit, très aimabe, bien fait et, à l'àgc de vingtdeux ou vingt-trois ans, colonel d'un régiment, devait se promettre le plus grand avancement dans le monde, mais il se remplit malheureusement la tête de tout ce que l'histoire raconte de ses ancêtres, dont la puissance avait balancé l'autorité du roi. Rien ne lui semblait plus beau que le rôle qu'ils avaient joué, quoiqu'ils ne fussent dans le fond que des factieux, dont le châtiment et la honte avaient du rejaillir sur leur postérité. 11 ne se crut sans doute pas assez de génie pour essayer de troubler le royaume comme eux, il aima mieux s'abstenir. Il se brûla la cervelle dans sa chambre, où il laissa un écrit dans lequel il déclarait qu'il rougissait de n'être pas à la hauteur de ses ancêtres.

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