‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 52 sur 121 · MIRACLE DE VANITE · texte numérisé non relu

MIRACLE DE VANITE

M. de Fontenelle' était nonagénaire et assistait à une séance de T Académie, enfermé dans son fauteuil et la tête baissée sur ses épaules, il écoutait tout pensif le discours dun récipiendaire, lorsque deux mots qu'il entendit semblèrent donner à son âme un nouveau ressort et changèrent tout à coup sa posture et sa physionomie. Il était qualifié dans ce discours de ISestor du Parnasse, et ces deux mots en firent un autre homme. Il se redresse, son visage s'épanouit, et les rides de sa caducité se changent en grâces. Voilà de ces effets ou de ces sortes de miracles que produit la vanité. Hélas ! qu'est-ce donc que l'homme, puisque, dans

1. Bernard Lo Bovior de Fontcncllc (1657-1757). neveu du grand Corneille, adversaire de Racine et de Boileau dans la querelle des anciens et des modernes, poète el critique secondaire, mais grand savant et philosophe, homme d'infiniment d'esprit. De l'Académie française (1691), secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences (1C99).

cet âge où l'expérience et les longues réflexions doivent lui avoir enfin montré le ridicule et la sottise de la vanité, il en est encore l'esclave !

Fontenelle conserva jusqu'au dernier moment son caractère de plaisanterie. L'Académie lui ayant député quelques-uns de ses membres pour informer de son état :

c( Messieurs, leur dit-il, je suis bien reconnaissant des bontés de l'Académie, dites-lui que je m'en vais, ou je m'en vas, car elle n'a point encore décidé lequel on doit dire. »

B«BLIOTHECA

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