‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 6 sur 121 · I. MéiiKtires de mon nn'uiralion. cahier i, p. r · texte numérisé non relu

I. MéiiKtires de mon nn'uiralion. cahier i, p. r

vt. Ib'ul. .Nous n'avons pas retrouve', à la liibliollièque nationale. (Kiniprinié sous le titre de Réveil de l'Ar/ois. Xous n'avons relevé qu'un libellé intitulé la Ressource de l'Arlois 1 1790) et qui défend des idées chères à Fabry. la violation par rassemblée du contrat qui liait l'Artois à la Trance, dans un style qui ditfère un peu de sa forme habituelle.

(lucr d'alllicr sur lui l'iioslililé des factieux. On reprit en 1791 contre lui la perfide accusation d'accaparement qu'on avait fait courir en 1789; les révolutionnaires n'étaient pas tendres pour ce genre de suspects, surtout si par surcroît le soidisant accapareur était noble et prêtre insermenté. L'abbé de Fabry se sentit menacé; son cbapitre était dissous, son évéque émigré; ses meilleurs amis avaient déjà gagné la Belgique, en pailiculier M. de Beaufoit, son collègue de 1788'. Il était isolé, sortait peu, s'attendant cbaque jour, pendant quatie mois, à voir sa maison envabie par une (( populace en délire ou une soldatesque plongée dans l'yvresse »-. En mars 1791, lagueire étant ouvertement déclarée contre l'Eglise catboli(iue par le gouvernement, depuis que le pape avait lancé l'anatlièmc contre les prêtres consti-

1. Louis-Eugène-Maiic, coinlodc Beau fort, do Moullc, clc, l'poiix (1748) do Catherine-l^lisabolli-Honriolte de Lens do Hocourt de Boulogne do Licqiies, dont il sera question plus d'une fois dans le Récit d'émigration. Sa fdle aînée, Lonlse-t>rdinando-Henriette, épousa, en i7<)9, Ballliazar- Philippe, conile do Mérode et du Sainl-Empiro, membre de la meilleure noblesse des Pays-Bas; voir le Récit. Le eousindu comlo, le marquis de Beaufort, est l'aulour d'un pamphlet en faveur du. maintien des privilèges de l'Arlois (Considérationi^ sur les droits et les intérêts des habitants de l'Arlois dans les circonstances présentes — 1790, Bibl. nal., LK % 159).

2. Le jacobinisme triompha vile à Saint-Omei. (|ui prit, on le sait, sous la Gonvenlion. le nom do Morin-la-Monlasne.

lulionnels, il sentit s'évanouir ses derniers scrupules. Le i" mai 1791, après avoir déposé « dans le plus grand mystère » ses papiers, ses livres et son argenterie chez des amis sûrs, il quitta sa maison où il laissa ses gros meubles, et, muni d'un petit bagage, suivi de son domestique et accompagné d'un de ses confrères, l'abbé de Croizac, il quitta Saint-Omer par une pluie battante, pour se diriger sur Ypres.

« \()us élic)Ms à peine à un quart de lieue de la ville que riiorizori s'éclaircit et rue peimit devoir la naluie dans toute sa beauté; jamais elle ne ni'avoit paru si ravissante. Retenu dans la ville comme dans une j)rison, je n'avois point encore vu la campagne depuis le retour du printemps. Mes poumons avoient d'ailleuis besoin de se dilater, et c'est avec um sorte de délices (jueje respirois le grand air. Ce n'éloit pourtant pas encore un air libre; il me tardoit pour en jouir d'alteindre la frontière. Xous la franchîmes sans obstacles et nous nous félicilàmes de nous trouver enhn sur une terre hospitalière où nous pourrions petiser et j)arler librement '. »

I. Mémoires de mon cmufraiion, composés en liassie, pour être transmis après ma mort à ma famille. Manuscrit comprenant 33 caliicrs de 8 pages cliacuu, appaiicnanl à la famille d'Ayrenx. Les 3o premiers cahiers (1791-1799) ont été commencés au retour de Sibérie , à Tschebotsav sur la ^olga, près de >ijni-Novgorod, et terminés à \ ilna. A sa

C/est en ces termes que l'abbé, après un cbapilre (riulroduclion, commence le récit de ses longs voyages. Ces •.il)^ pages d'une écriture souvent microscopique, il se défend de les avoir écrites a pour se faire valoir » ou « pour satisfaire la curiosité»; son dessein est de laisser à ses neveux, « à défaut d'autie liérilage », un bagage d'instructions utiles pour leur propre conduite, dans les diverses positions où ils pourront eux-mêmes se trouver : il a voulu de plus leur léguer « le plus riche des trésors :», le goût des vertus chrétiennes; il a enfin tenu à perpétuer auprès des siens le souvenir des bienfaits qui lui ont permis de subsister pendant dix ans et le nom des personnes auxquelles il en était redevable, afin « de leur faire partager sa reconnoissance, de les en faire en quelque sorte les garants, pour leur faire saisir, rechercher même les occasions de rendre, s'il se peut, à ses bienfaiteurs et à ses amis tout le bien qu'il en a reçu ». Pieuses intentions qui permettent en même temps à l'abbé de Fabry de revivre ses pérégrinations et ses misères, et de léussir à y intéresser ceux même qui n'y cherchent ni règle de conduite,

rentrée en t'rance, il les communiqua, après les avoir coirif;;és cl recopiés, à son amie M""' de Soisy, à Ouïmes en Poitou; pour accéder au désir de ses holes, il les compléta par le récit de son séjour à Vilna et de son retour en France (i 799-1 802, 3 cahiers).

ni leçons de morale, ni raisons cracqniller des dettes de gratitude.

Quel attrait, en elVet, piéseiitent les souvenirs d'une vie si mouvementée et si errante : Mtilta inemlnlsce Jarabll ! Peu d'émigrés, et surtout bien peu de prêtres, ])euvent se flatter d'avoir été jetés aussi loin pai* le jacobinisme déchaîné. De Belgique en Allemagne, de Pologne en Russie, de Pétersboui'g aux steppes des Kirghiz, à Pétropaulosk, de Sibérie à Moscou, puis à Yilna et enlin en France, l'abbé de Fabiy a })arcouiu des pays piesque exotiques à son éi)oqu(* ; devant lui ont défilé les paysages et les villes et une foule de personnages divers. Il est hors de doute qu'il s'est vivement intéressé aux choses et aux êtres; son émigration, commencée par mesure de sécurité, il l'a poussée jusqu'en Russie et en Af-ie par goût de l'aventure et du voyage. Comme il n'a rien d'un solitaire, il n'a rien d'un casanier; il fait des crochets pour visiter des amis, mais aussi pour voir une curiosité naturelle ou ailistique. Que son urbanité, son indulgence, surtout le souci de ne pas blesser la mémoire de ses bienfaiteurs enlèvent souvent à son regard l'acuité du psychologue, lorscju'il parle des hommes ou des femmes, peut-être le lecteur pourra-t-il le regretter. Assurément, Fabry n'a rien d'un Saint- Simon; il parle avec ménagement de ceux qu'il n'aime pas. Alais lorsqu'il éciit sons l'impression

directe des évoncineiits, eu Russie et eu Sibérie, quand il oublie, malgré lui, ses préoccupalions pédagogiques et morales, son récit, simple, moins apprêté, d'une langue pure, se lit avec agrément et sans fatigue; on y peut noter des impressions justes, des visions nettes de villes ou de paysages avec un sentiment de la nature qui est bien de son temps, des tableaux, pittoresques sans trop le vouloir, de certains milieux et des portraits de personnages qui, pour sentir un peu riiuile de Texercice académique, peuvent exciter l'intérêt de l'historien . Mais surtout celui-ci puisera dans ces mémoires d'abondants lenseignemenls sur riiisloire générale de l'émigration. A Bruxelles, à ^laëstriclit, à Aix-la-Chapelle, à Hambeig, à Hayieuth, à Saint-Pétersbourg, l'abbé de Kabiy a vu des groupes importants d'émigrés; il les a mentionnés au passage; il s'est lié, chemin faisant, avec beaucoup d'entr'eux, particulièrement des prêtres. Par là, ces mémoires peuvent intéresser l'érudit. Il n'est pas juscpi'aux détails matériels ou personnels, dont l'abbé n'est pas avare, (jui ne soient caractéristiques et propres à nous donner une idée très précise de ce qu'était l'existence des voyageurs à la fin du dix-huitième siècle et surtout de ce que fut l'existence navrante des exilés français à létranger.

De mai 1791 jusqu'en oclobie 179^, l'abbé de Fabry demeuia en Belgique à portée de Saint-

Oincr, prêt à rentrer en France, dès que les circonstances le permettraient. Son quartier général, si Ion peul dire, est iîxé à '\ près ; de là, il pouvait surveiller les événements. Il restait au début ^n rapports constants avec les prêtres insermentés de son diocèse, dont beaucoup étaient venus loger au delà de la frontière et continuaient à exercer leur ministère, leurs paroissiens venant les Irouver en territoire autricbien. Le grand-vicaire, gouvernait ainsi l'évêclié de l'étranger; il y faisait parvenir clandestinement une instruction pastorale faite au nom de M^' de Bruyères-Cbaiabre, manifeste de guerre contre le clergé assermenté. Lorsque Louis XVI eut accepté la Constitution, Fabry revint à Sainl-Omer, fit une tournée d'inspection, toucba les arrérages de ses bénéfices des mains des administrateurs du département, et pava ses dettes; il se convainquit (pie l'esprit était très mauvais, que les clubs étaient les maîtres, que l'autorité du roi était nulle. 11 n'y avait ni motif, ni sûreté pour lui à rester. Il résolntdonc de retourner à Ypres. avec espoir que son exil serait de courte durée; non qu'il espérât grandchose de l'Assemblée législative, mais il comptait sur les etVets de la Convention de Pillsilz et dune intervention étrangère. H franchit une seconde fois la frontière, cette fois définitivement, le i5 septembre i-[)i. U était temps; le lendemain, un décret roval la fermait.

Il ne conserva pas loiiglemps ses illusions. La Législative, pour ses débuis, rendit le fameux décret contre les prêtres réfractai les. L'abbé de l'abry fut décrété personnellement (rajournement à Sainl-0[ner, comme auteur de rinstruclion pastorale. Il refusa, par lettre, de rentrer en France tant que les clubs domineraient . (( Je savois très bien, ajoute-l-il, qu'en prenant cette résolution, je m'exposois à mourir de faim. Mais je me vouai à la l^rovidence. » Bel exemple de iidélité à sa conscience ! H n'eut rien gagné d'ailleurs à obéir à la loi : Son confrère, l'abbé de Croizac, malade, crut devoir se soumettre; il fut si mal traité en France qu'il dut s'enfuir de nouveau, l^eu de prêtres consentirent à revenir. La très î^rande majorité imita l'abbé de Fabry. Ce n'élait là, à vrai dire, que le commencement des épreuves. La guerre avait éclaté, le 20 avril 1792, entre l'Autricbe et la France. Une colonne française se mit en marcbe sur Tournay ; le régiment autricbien de Colloredo, en garnison à Ypres, évacua la ville. Fabry se réfugia alors à Bruxelles, où il passa l'été de 1792. Les premiers désastres de l'offensive française lui permirent de retourner à Ypres en septembre; Valmy, .lemmapes et l'invasion de la Belgique par Dumouriez l'en cliassent de nouveau. Il eut d'abord l'idée de passer en Angleterre, tout l'attirait vers ce pays. Mais rien ne semblait encore perdu et il ne voulait pas s'éloi-

gncr de son diocèse; il se coiitenla donc d'aller dans la Flandre hollandaise, à peu de dislance de la frontière, à Ysendick. Il y demeura une partie de l'hiver 1792-93. Voici que Dumouriez est battu à Neerwinde ; les Français évacuent la Belgique. Vite Fabry, au milieu « des transports de la joie publique », regagne Ypres par Bruges. L'espérance renaît dans son cœur; comme lui, beaucoup d'émigrés se rapprochaient de la frontière; Valenciennes, Condé étaient successivement emportés par les troupes de la coalition. Fabry se rongeait d'impatience : c'est qu'au lieu de marcher sur Paris, les alliés allèrent assiéger Dunker([ue, opération inspirée par la <( mauvaise politique anglaise ». Ce siège de Dunkerque, qui mit Iloche hors de pair, libéra la France.

Le 8 septembre 1793, il était environ 11 heures du niatin lorsqu'on entendit à Ypres une canonnade du côté de Furnes; c'était le canon de llonschoole'. Le lendemain, jour de Sainl-Omer, Fabry venait à peine de quitter l'église, quun projectile, avec un fracas épouvantable, y démolissait une partie de la voûte; c'étaient les Français qui tiraient à coups de boulets rouges sur Ypres. Fabry assista donc à un bombardement. Il y montra quelque courage, monta sur les rem-

1. \ icloiro roiiiportoo par lloiicliard. qui paya i\o sa tôlo sa ïiôgli^eiHO à Toxploilcr coniinc ollo aiiraiUlù l'clro.

paris pour voir ce qui se passait au dehors, calfeutra dans une cave, à grands renforts de matelas, une demoiselle de ses amies, et vaqua à ses aflaires en se glissant le long des maisons.

«J'eus lien d'admirer, dil-il, avec quelle promplilude les Français avaient fait leurs dispositions pour bombarder la ville, et je regrettais que les Autrichiens ne missent pas la même activité dans leurs opérations. »

A la vérité, l'âme de Fabry n'était pas guerrière, il se lassa vite de ce « triste spectacle ». D'ailleurs, les Français se retirèrent le soir même. Mais de nouvelles alarmes finirent i)ar rendre précaire le séjour d'Ypres : l'abbé ne croyait plus au succès des alliés et ne les estimait pas.

(( Les vues des Autrichiens dans toute leur conduite à notre égard comme à l'égard de la France étaient bien loin d'être pures. Si le ciel n'a pas béni leurs entreprises, sans prétendre sonder les secrets divins, peutêtre ne doit-on pas en chercher la cause ailleurs. »

Il était donc nécessaire de s'établir plus loin et de quitter même la Belgique. Le 3 octobre 1793, F'abry sortait d'Ypres définitivement. La seconde étape de son émigration commençait.

Celle-ci fixa pour dix ans sa destinée matérielle. Il y apprit à être pauvre, après avoir souhaité jadis d'être bien rente. Depuis son départ de France, il avait vécu sur de modestes reliquats, patientant

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dans l'espoir d'un retour prochain. Quand ses illusions s'évanouirent, il fallut prendre un parti. Fabry était trop fier pour accepter la denii-doniesticité d'un préceptorat, ressource de beaucoup de préties émigrés; il était assez délicat pour déclic, ner les offres généreuses d'entretien que lui firent ^I"'""' de Chastenet-Pn\ségur et de Foiget à Bruxelles; il aimait sa liberté. Sans doute, il comi)tait sui" la Providence, qui ne l'abandonna pas; mais un (iascon ne laisse jamais à Dieu le soin exclusif de le tirer d'aflaire. 11 renvoya donc d'abord son domestique, sans pouvoir lui payer ses gages. Il y avait à cette époque de bons serviteurs; celui de l'abbé, non coulent de ne pas réclamer, coniia même à son maître ses économies. Puis Fabry s'ingénia à se nourri i- de lait et de pommes de lerie : sacrifice béroï(jue pour un homme qui apjuécia les ])laisirs de la table et mentionnait volontieis les bons menus. En dépit de ses soins, veis octobre 1792, sa bourse est vide. H fallut bien accepter l'ofïre gracieuse de son amie M""* de Soisy et emprunter 20 louis; mais, lors de sa seconde fuite d'Ypres, il les laisse chez son hôte, le curé-doyen. Au cours de son voyage, il reçoit d'une paysanne une pièce de monnaie, (( le denier de la Acuve » de l'I^vangile. « Me voilà donc constitué j)auvre et traité comme un mendiant », s"écrie-t-il. En octobre 1790, il iie lui reste que '?. louis; il a du vendre des couverts d'argent. Il

voyage à pied, malgré une atta([ue léceiUe de goutte, couiplant sur la eliaiilé des voituriers qui passent, poui' piviidie son l)agage ou lui-même; mais il a honte de quitter, comme un cliemiueau, le château de M'"" de Malcamp ^ et prélève sur sa maigre bourse pour montej' en diligence jusqu'à Bruxelles : « Je n'étais pas encore accoutumé, dit-il, à supporter noblement la pauvreté! » Ccst que, de tem])s à autre, reparaissait le vieil homme, Thabitué des salons d'avant 1789; pourtant l'abbé croyait l'avoir entièrement dépouillé. Il s'est étendu avec c()mi)laisance sui' sa «. conversion », qui fut celle de beaucoup alors, et dont il fait honneur au séjour d'Ypres. Le passage mérite d'être cité ^ :

« Je n'ctois point sans doute nn homme scandaleux et, dans les dernières aiméc^s surtout, l'on m'a voit vu remplir, d'une manière régulièio, tous mes devoirs publics. Mais la carrière des administrations temporelles m'avoit détourné des études ccclésiasticjues ; un goût prononce pour la littératuie italienne et anglaise m'avoit rendu comme insipide la science des choses saintes; j'en étois sulfisamment instruit pour pouvoir en parler avec assurance, eu imposer même aux hommes d'une instruction conmnuie mais au fond j'étais très ignorant des choses qu'il m'importoit le plus de savoir. Mes principes religieux n'étoient point métho-

1. Riche dame d'Ypres. Sa demeure se trouvail eiilie Oudenarde et (îand.

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