Mémoires cités, caliier 2. p
di(jncinent classés dans irion esprit, el comme j'avois négligé d'en bien pénétrer mon cœur, ils eussent élé facilement ébranlés, peut être entièrement renversés, si Dieu par sa grâce n'eut dessillé mes yeux pour me faire voir l'abîme alfreux ouvert sous mes pieds. J'ai souvent dit et je le répéterai tous les jours de ma vie, que la Révolution a été un bien et un très grand bien pour moi. Elle est certainement entrée dans les vues de la Providence pour opérer en moi, et dans des milliers d'autres personnes de tout état également engagées dans de mauvaises voyes, un beureux cliangement. Combien Uï'ont édifié ceux qui ont profité de cette utile leçon! VA combien je soubailerois voii' tous les autres en recueillir le même fruit! Si ce \œu éloit rempli, alors, ce me semble, celte Révolution, si affreuse qu elle soit d'ailleurs, n'auroit plus riend'odieux, puisqu'elle auroit si puissamment servi à remplir les grands desseins de Dieu sur nous. »
Cette page n'est-elle j)as symptomaiique? Et n'y voit-on pas un témoignage de la renaissance du sentiment religieux, qui s'épanouit dix ans plus lard dans le Génie du Chrlstianlsine? En tous cas, l'abbé de Fabry puisa dans sa <( conversion » la résignation et le renoncement ; il cessa d' « ambitionner la fortune », puisque Dieu lui interdisait désormais d'y aspirer. La célébration des Saints mystères devint seule désormais a sa ])lus douce occupation », il retrouva dans la religion « le principe unique du bonlieur de l'homme ou plutôt... la source unique de consolations qu'il ])uisse trouver ». 11 pensa qu'il ne « devait
plus s'inquiéter des événements quels qu'ils pussent être » et qu'en « se résignant à tout ce que Dieu voudroit de lui, il devroit encore moins avoir aucune sollicitude sur la manière dont il le conduiroit et le feroit subsister. » Parvenu à ce degré de sérénité et de paix: de l'àme, il ne changea rien ni au genre de ses travaux, ni à son attitude extérieuie. Ayant vaincu en lui l'orgueil, il ne crut pas devoir bannir de son visage la gaieté et l'enjouement, ni de son esprit les curiosités propres à l'embellir.
Il ne cessa pas davantage de chercher une diversion et un délassement dans les travaux intellectuels et dans les plaisirs de la société. Il refit son grand ouvrage sur l'Artois qui s'était perdu; il écrivit une Adresse aux habllanls des provinees belglques sur les nouvelles atteintes portées à la religion par la philosophie^; tiaduisit, presque dès leur apparition, les Réflexions sur lu Révolution française de Burke-, la traduction qui en avait été faite ne lui ayant pas semblé rendre les
1. Manuscrit apparloiianl à la famille d'Ayrcnx et dont Tabbc ne fait pas mention dans ses Mémoires.
2. Burke (Edmond;, 1730-1797, grand orateur et pamphlétaire anglais né à Dublin, d'abord avocat, puis homme politique, député aux Communes. 11 fonda VAnnual Regisler (17Ô9;. attaqua le gouverneur des^ Indes, Warren Hastings, en 178G, soutint les « insurgents » américains, 11 se montra l'adversaire irréductible de la Révolution française.
« sublimes beautés » de r(3rigiua!, et il fil commuuiquer ses premiers essais par uu ami commun à l'auteur qui l'encouragea à continuer'. C'étaient là deux ouvrages de polémique, écrits au moment où le triomphe des révolution naiies était pour ainsi dire en suspens. Puis, Fabry renonça à la lutte pour reprendre les études religieuses abandonnées : il liaduisit de l'anglais, avec des notes et des rétlexions, les Eléinenls de morale et de polUiqae de AVilliam Paley -. Par cet ouvrage s'annonçait déjà le goût du vicaire général de Saint-Omer pour les sources théologi- ((ues protestantes, où il recherchait des ai'gunients communs contre Timpiélé ; dans le même esprit, nous le verrons, à Yilna, rédiger à son usage personnel un résumé de V Encyclopédie d'Yverdon '. Enfin, il commença un grand ^'o//imenlalre sur les Psaumes^ «pour s'ouvvir une source abondante de consolations ». Ce travail, il